« Tous les facteurs sont réunis pour la croissance du marché de l’assurance en Afrique », a déclaré hier après-midi Richard Lowe, président directeur général du groupe Activa, leader du marché de l’assurance-vie et de l’assurance générale au Cameroun. C’était lors d’un forum organisé dans ses locaux par la société Abax, un important opérateur du secteur du Global Business à Maurice. Pour Richard Lowe, le secteur de l’assurance au niveau du continent, qui est de plus en plus intégré et connecté au marché mondial, a un fort potentiel de développement mais a aussi des défis à relever.
S’adressant à un parterre composé de l’ambassadeur itinérant pour l’Afrique Azad Doomun, de banquiers, de représentants du secteur de l’assurance mauricien et de sociétés d’audit et de conseils, Richard Lowe a axé son intervention sur les principales données macroéconomiques qui sous-tendent le secteur de l’assurance en Afrique, la réglementation, la demande et l’offre au sein de l’industrie. Le PDG du groupe Activa a parlé de l’évolution de divers indicateurs économiques, et d’abord, du développement démographique. En 2010, le continent comptait environ un milliard d’habitants sur une population globale de sept milliards. En 2050, estime-t-on, le nombre d’habitants en Afrique passerait à 2,5 milliards sur une population mondiale de 9 milliards. Il est estimé, par ailleurs, que la classe moyenne africaine doublera de 2010 à 2030, passant de 300 millions à 600 millions. On prévoit également une forte croissance de la population urbaine, ce qui nécessiterait une augmentation des capacités en termes de services, de ressources en eau, d’énergie, entre autres.
La croissance économique soutenue du continent africain, avec des variantes selon les pays, a été évoquée par Richard Lowe. Ce dernier a relevé que cette croissance sur la période 2001-2012 a été de 5,6 % par rapport à 2,2 % de 1990 à 2000. Cependant, le secteur de l’assurance, quoi qu’ayant connu un développement progressif ces dernières années, ne représente que 2,6 % du chiffre d’affaires du secteur au plan global. Richard Lowe est d’avis qu’avec une part accrue de l’Afrique dans le commerce mondial, le secteur de l’assurance africain devrait également en tirer profit. La croissance du marché de l’assurance, selon lui, va également emboîter le pas au développement des investissements dans les secteurs de l’infrastructure, des mines, de l’énergie de l’industrie (cimenterie, transformation des déchets, etc.), des services (téléphonie mobile plus particulièrement). Le PDG d’Activa relève une forte progression des investissements en provenance des pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). De plus, les échanges commerciaux entre ce groupe et les pays du continent n’ont cessé de croître et, selon les prévisions, ils passeraient de 150 milliards de dollars en 2010 à US $ 530 milliards en 2015.
Maurice à la 10e place
Également président du conseil d’administration du réseau GLOBUS, premier réseau panafricain multilingue d’assurances avec une présence dans 36 pays, Richard Lowe constate qu’il y a encore du chemin à parcourir pour le secteur de l’assurance africain à en juger par le niveau des primes en pourcentage du Produit intérieur brut. Le taux pour l’Afrique est de 3,3 % contre 7,6 % pour l’Europe, 6,9 % pour les États Unis et 6,1 % pour l’Asie. Le montant des primes par tête d’habitant se situe à 49 dollars pour l’Afrique contre US $ 1 862 pour l’Europe, US $ 1 470 pour les États-Unis et US $ 243 pour l’Asie. Pour ce qui est des marchés, l’Afrique du Sud mène largement le peloton devant le Maroc et l’Égypte alors que Maurice se retrouve à la dixième place.
Richard Lowe a fait ensuite un survol de la réglementation du secteur de l’assurance en Afrique et son évolution ces dernières années. Il a rappelé que l’objectif principal du régulateur est de veiller à une plus grande participation du secteur de l’assurance dans le développement et la croissance économique du continent. Le contrôle du secteur a été renforcé, des règles de bonne gouvernance ont été promulguées, des ratios prudentiels ont été imposés et les exigences en matière de fonds propres des sociétés d’assurance ont été renforcées. L’intervenant a parlé des conditions à respecter en matière de réassurance, des obligations spéciales auxquelles sont soumises les compagnies d’assurance dans certains pays. « Tous les grands du marché de la réassurance sont présents en Afrique », a indiqué Richard Lowe en citant, entre autres, les noms de Munich Re, Swiss Re, de SCOR alors qu’Africa Re a aussi enregistré une progression remarquable.
Multiples défis
« Que ce soit au niveau des indicateurs économiques, de l’investissement, de la croissance démographique, du développement de la classe moyenne, les facteurs sont réunis pour la croissance du marché de l’assurance au niveau du continent », affirme Richard Lowe. Ce dernier reconnaît toutefois que les défis à relever sont aussi nombreux : 1) les activités terroristes ont des incidences sur les coûts d’opération et sapent la confiance des investisseurs ; 2) la bonne gouvernance et la répartition des fruits de la croissance sont une préoccupation majeure ; 3) l’éducation et la formation professionnelle sont des enjeux ; 4) les catastrophes naturelles ; 5) la fragilisation des marchés ; 6) les barrières linguistiques et culturelles ; 7) le durcissement de la réglementation dans certains États.
Parlant de l’offre d’assurance, Richard Lowe a mentionné la place prépondérante occupée par l’Afrique du Sud qui détiendrait 75 % du marché. La deuxième place est occupée par le Maroc devant la Tunisie et l’Algérie. En Afrique francophone subsaharienne, où il y a environ 150 opérateurs, ce sont le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Sénégal qui sont en première ligne alors qu’en Afrique anglophone subsaharienne, l’Angola, le Nigeria, le Kenya et le Ghana sont des marchés qui se développent. Il a conclu son exposé en réaffirmant que le marché de l’assurance au niveau du continent a un gros potentiel, notant au passage l’incursion que fera un groupe mauricien dans le secteur de l’assurance en Afrique de l’est. Il faut ici se rappeler que la Mauritius Union Assurance a annoncé récemment sa décision de racheter la Phoenix Transafrica Holdings Limited, qui à travers sa filiale, la Phoenix of East Africa Assurance Company Limited, est active dans le secteur de l’assurance au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et au Rwanda.