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Le Vicomte des gueux

Abhimanyu Unnuth n’est plus. Et après Khemraj Ramdeehul, dont je brossais le portrait dans ces mêmes colonnes, disparaît donc un autre géant du village de Triolet. De son vivant, il était considéré comme « l’ambassadeur mauricien en Inde », tellement ses écrits avaient séduit les lecteurs de la Grande Péninsule.

Il est symptomatique qu’Unnuth disparaît au moment même où l’Etat mauricien met la dernière main à la conférence mondiale sur l’hindi, qui se tiendra sur notre sol. Sushma Swaraj, la ministre des Affaires étrangères, était d’ailleurs venue constater de visu où en étaient les préparatifs. Il manquera donc la voix et la présence d’Unnuth à cette conférence. Et nous osons espérer qu’un juste hommage lui sera rendu lors des travaux.

Nous l’avions souvent rencontré, tant pour la presse écrite, au Mahatma Gandhi Institute, où il s’occupait de la revue en hindi éditée par cet organisme, que pour la Mauritius Broadcasting Corporation, où je suis allé chez lui, en compagnie de Jawid Hosany à la caméra, pour un Portrait d’artiste. Je me souviens de sa voix douce et posée, et de sa grande passion pour la littérature mondiale.

Il laisse une œuvre abondante en hindi, et comme le soulignait, en 1997, le président Cassam Uteem, qui préfaçait « Le culte du sol » (Ek bigha pyar en hindi- Editions Le Printemps), traduit par Kessen Budhoo et la regrettée Shakuntala Boolell, « ses livres sont une forme de réponse aux problèmes que se pose celui qui l’écrit et au moment où il l’écrit ».

Unnuth était un peu l’équivalent de Marcel Pagnol, avec ce goût prononcé pour la terre. Surtout cette terre nouvellement conquise par ses ancêtres venus de l’Inde. Dans toute son œuvre, il racontait en fait leur parcours, depuis le Bihar jusqu’aux villages de cette île de l’océan Indien.

Il fut récemment honoré par l’Etat, lors des Awards décernés par le ministère de la Culture, à l’hôtel The Ravenala Attitude, à Balaclava. Si cet hommage était mérité, il survenait un peu tard, et à un moment, où l’écrivain n’avait plus toutes ses facultés. Malade, il n’était d’ailleurs pas venu prendre son prix. En parlant d’Unnuth, nous souhaitions toujours que son œuvre soit traduite, afin d’être accessible au plus grand nombre. Se pose là encore la question : à quoi sert le Mahatma Gandhi Institute et les autres centres « culturels » ? N’est-il pas temps qu’ils financent la traduction des œuvres complètes d’Unnuth (et d’autres auteurs mauriciens, dans d’autres langues) en français et en anglais ? Serait-ce trop demander que de faire œuvre utile ?

Unnuth était admiré en Inde, et Jean-Marie Le Clézio, prix Nobel de littérature, le citait souvent parmi les écrivains mauriciens qu’il appréciait. Kamal Kishore Goyenka, critique indien de renom international, disait ceci de l’écrivain : « Le nom d’Abhimanyu Unnuth a permis à cette perle de l’océan Indien qu’est l’île Maurice de se frayer un chemin dans l’arène de la littérature hindie mondiale et d’ajouter un peu plus d’éclat à sa beauté et à sa splendeur. »

Unnuth, ancien Senior Lecturer au MGI, était l’auteur d’une cinquantaine de romans en langue hindie. Son chef-d’œuvre est « Lal pasina », traduit sous le titre « Sueurs de sang ». On y trouve aussi « Lehron ki beti », « Touti pratima » et « Aur nadi behti rahi ». Au paradis des écrivains, à n’en pas douter, c’est sûrement un arpent d’amour qui sera mis à sa disposition pour services rendus à la culture !