Des 23 recommandations faites par les participants au colloque international autour du thème « Yer rezistans, zordi rezilians » qui s’est clos hier à l’Université de Maurice, l’accès immédiat à la montagne du Morne figure parmi les plus proéminentes. Faisant partie de la core zone du paysage culturel du Morne, site classé patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2008, la montagne est, à ce jour, toujours inaccessible au public. Ces recommandations ont été formulées et approuvées en présence du Permanent Secretary du ministère des Arts et de la Culture, Chettandeo Bhugun. Après étude, elles seront transmises au gouvernement pour une décision finale.
Pendant quatre jours, les participants à ce colloque international dans le cadre des commémorations du 180e anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Maurice ont présenté une quarantaine de communications ayant trait à l’histoire de l’esclavage et du marronnage à Maurice et dans d’autres pays. La question de la relation entre maîtres et esclaves — hommes et femmes —, la situation des descendants d’esclaves et la reconnaissance des identités ont été abordées, avec parfois des témoignages poignants.
Outre le litige concernant l’accès à la montagne, les terres autour de la core zone étant sur un terrain privé, le village du Morne a aussi intéressé les chercheurs. Faisant part du site du patrimoine mondial, celui-ci est présenté comme un des villages les plus pauvres de Maurice. Ainsi, les participants ont émis le souhait que des terrains soient alloués aux habitants du village et des alentours pour la construction de logements sociaux et que les terres ne soient pas uniquement utilisées pour des projets touristiques. Certaines recommandations figurant déjà à l’agenda des autorités concernées, les intervenants ont suggéré la mise en place d’un tribunal des terres présidé par un juge de la Cour suprême, d’une Land and Research Unit, d’une banque des terres pour Maurice, Rodrigues et Agalega, et d’un centre national de généalogie. Des recherches sur « les pratiques ancestrales », un accès simplifié aux archives nationales et un mécanisme pour les préserver, avec un budget adéquat, sont fortement souhaités. Ces archives devraient également concerner Rodrigues, avec notamment des copies de documents disponibles sur place.
Concernant la question du genre et le rapport maîtres/esclaves, il a été recommandé « that gender research be conducted during the slavery, post-abolition and contemporary period, along with the African Union and the United Nations policies ». Cette question du genre « should be reflected in pedagogical and cultural activities ». Les intervenants ont souhaité qu’il y ait plus de recherches, de publications et de dissémination des informations sur l’histoire orale et que le kreol soit utilisé comme médium d’enseignement au primaire et comme langue usuelle à l’Assemblée nationale. Dans un autre ordre d’idées, il a été suggéré que les esclaves marrons soient reconnus comme des « freedom fighters ».
Des recherches scientifiques sont souhaitées sur les bancs fréquentés par les pêcheurs. Les autorités gouvernementales devraient aussi « empower bank fisherman to become boat owners or self-employed on maritim territories within the pradigm of a sustainable blue-economy project » et mettre en place un programme de « literacy and numeracy » adapté à leurs besoins, avec une attention spéciale pour leurs enfants. Un « specific work placement » en période hivernale et « an appropriate communication channel used by the fishermen community » figurent également sur la liste des recommandations. À noter que ce colloque international était accessible aux élèves du secondaire, du tertiaire et au public en général.