Le Bassin des esclaves, sis à proximité de l’église de Pamplemousses, sera désormais officiellement reconnu par l’État mauricien qui compte y ériger une stèle à l’occasion de la commémoration du 180e anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Maurice. Annonce faite par le ministre des Arts et de la Culture Santaram Baboo, lors d’une conférence de presse à son ministère, hier après-midi.
Le dévoilement de ce monument sur lequel sera inscrite l’histoire orale des lieux aura lieu le 29 janvier, à 10 heures, a annoncé M. Baboo. Le directeur du centre Nelson Mandela pour la culture africaine, Jimmy Harmon, a souligné que ce bassin est connu pour avoir accueilli des esclaves pour leur bain avant qu’ils ne soient envoyés sur les propriétés où ils travailleraient. À une question de la presse, il précise que « ce bassin n’a pas accueilli tous les esclaves qui sont venus à Maurice, mais ceux qui avaient été expédiés à Pamplemousses et la région nord du pays ». Il insiste sur l’importance et la reconnaissance de l’histoire orale. Une histoire qui a une valeur égale à celle écrite, dit-il.
La nécessité de reconnaître ces lieux est une des 290 recommandations du rapport de la Commission Justice et Vérité, souligne Jimmy Harmon. À une question de la presse, il devait indiquer que ce bassin n’est pas encore reconnu et n’a pas le titre de patrimoine national. Les autorités ont l’intention de l’inscrire comme tel prochainement.
Cette rencontre avec la presse était marquée par le dévoilement du calendrier d’activités dans le cadre de cette commémoration. Le point fort de cette commémoration, cette année, est la tenue d’un séminaire international public autour du thème « yer resistans, zordi resilians » qui verra la participation d’une quarantaine de conférenciers dont 23 venus de huit pays.
L’ouverture de ce séminaire aura lieu dans la matinée du samedi 31 janvier 2015 à l’Université de Maurice. L’occasion pour le Morne Heritage Trust Fund (MHTF) de lancer un magazine souvenir, au centre Nelson Mandela, un livret sur l’esclavage, alors que l’historien Benjamin Moutou lancera un livre intitulé « De l’esclavage au marronnage raconté à mon fils et à ma fille ». Une exposition est également prévue. Deux invités ont été conviés à prendre la parole : Jean Moumou de l’EHSS de France présentera une communication intitulée « Métamorphose et discordance de la mémoire et du marronnage chez les descendants de Marrons bushinengue de la vallée du Maroni-Lawa et chez les Antillo-Guyannais » ; et Myriam Cottias, du CNMHE, en France, fera une communication intitulée « Résilience, réparation et régimes mémoriels de l’esclavage : une histoire connectée ».
Les travaux démarreront en fin matinée pour prendre fin dans l’après-midi.
La matinée du dimanche 1er février sera réservée à la cérémonie officielle de la commémoration de l’abolition de l’esclavage au Morne, site mauricien classé patrimoine mondial de l’Unesco. Après l’hymne national prévu pour 11 heures, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, le Premier ministre adjoint, Xavier-Luc Duval, le ministre des Arts et de la Culture, Santaram Baboo, le leader de l’opposition, Paul Bérenger, le chef du corps diplomatique, le chargé de mission de la Fédération russe, Vyacheslav Nikiforov et d’autres dignitaires déposeront des gerbes au pied du monument de l’esclave inconnu. Le PM dévoilera ensuite la dernière sculpture de la route internationale de l’esclave, « Le Phoenix rouge » qui sera réalisée par le sculpteur français Lionel Sabatté. Celui-ci arrive au pays aujourd’hui, nous indique Colette Lechartier, Officer in Charge du Morne Heritage Trust Fund. SAJ prendra la parole à midi. En outre, les ministres Baboo et Duval s’adresseront à l’assistance. La cérémonie sera marquée par une projection de film, un tableau vivant sur l’esclavage et le marronnage, une danse autour du thème « Resiliences-creoles in modern day mauritius » qui a pour objectif de démontrer le chemin parcouru par les descendants d’esclaves et leurs réalisations. Les élèves du conservatoire de musique François Mitterrand chanteront « La Rivière Tanier ».
Les travaux du séminaire reprendront dans l’après-midi à Réduit et se poursuivront lundi. Ce jour-là, est aussi prévu un dépôt de gerbes à Pointe-Canon. Mardi, jour férié, nos compatriotes de foi tamoule célèbreront le Thaipoosam Cavadee, et les participants au séminaire auront une journée de libre. Ils seront de retour à l’Université de Maurice mercredi pour poursuivre le séminaire qui prendra fin dans l’après-midi avec la conférence du manager du programme de sensibilisation contre le trafic humain au Kenya, Jakob Christensen. Son discours, intitulé « Human trafficking : modern slavery that shames us all », aura lieu en présence du directeur du bureau régional de l’Afrique de l’Est de l’Unesco, Mohamed Djelid.