Bassin des Esclaves, Marché des Esclaves, Cimetière des Esclaves à Pamplemousses. Des endroits clés dans l’histoire de l’esclavage mais dont on ne connaît que très peu. C’est ainsi qu’a débuté ce matin un rallye culturel et historique dans le cadre de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Organisé par le Centre Nelson Mandela, le parcours qui est un appel à ne pas oublier le passé afin qu’il ne se répète pas prend fin ce soir au Morne, autre endroit symbolique dans l’histoire de l’esclavage.
« Ce n’est que lorsqu’on assumera et reconnaîtra qu’on a eu tort qu’on ne refera plus la même chose », a soutenu ce matin Danielle Turner, directrice du Centre Nelson Mandela devant l’église de Pamplemousses. Elle faisait précisément référence au barreau qui, autrefois, séparait les esclaves de leurs maîtres à la messe et dont on a « effacé la trace aujourd’hui ».
Au nom du Centre Nelson Mandela, Danielle Turner a lancé un appel à la Cure de l’église de Pamplemousses pour conserver les empreintes de l’esclavage. « Bann esklav ti asiste lames a traver baro. Zordi, finn koul beton kot ti ena baro. Nou deman grat sa siman la pou ki l’Histwar aparet dan so verite. Nou diman les ban tras kot ena nou l’Histwar. Li pa neseser kasiet li. Nous n’en sommes pas fiers mais il ne faut pas effacer le passé », a-t-elle ajouté.
Bassin des Esclaves, Marché des Esclaves, Cimetière des Esclaves à Pamplemousses sont les endroits choisis pour faire partie du rally car selon Danielle Turner « le jour où l’on commémore l’abolition de l’esclavage et où l’on célèbre la liberté, il n’y a pas que Le Morne comme endroit des traces de l’esclavage. Les esclaves ont aidé à construire ce pays dans des conditions difficiles et en dépit de tout, ils ont transcendé leur souffrance pour participer à la construction. C’est un devoir de mémoire envers ceux qui ont construit dans la souffrance. Il nous faut aujourd’hui transcender la souffrance du passé sans toutefois l’oublier. Mais, on va de l’avant, on dit oui, on va construire l’avenir ensemble ».
Bassin des Esclaves. L’endroit même où des esclaves recevaient un bain avant d’être transférés au Marché des Esclaves, non loin, pour y être vendus. Des élèves de l’école primaire de Pamplemousses et de l’école de Sainte-Croix assistent à l’allumage du flambeau de la liberté.
Le père Filip Fanchette tient à préciser qu’en parlant de liberté, nombreux des esclaves à l’époque avaient choisi cette voie. « Cela ne date pas de l’abolition de l’esclavage. Les esclaves marrons avaient déjà dit non. » En allumant la flamme de la liberté, il devait préciser que celle-ci est fragile, que certains « ankor pe gagn kraze ». Une scolaire est invitée à déposer un bouquet au pied de la flamme dans le bassin.
Pour Danielle Turner, ce sont des endroits qu’il importe de ne pas oublier. « On a déjà envoyé le dossier requis au National Heritage pour que ce monument soit classé comme patrimoine national. »
Après le Bassin des Esclaves, les participants sont invités à fouler le sol en pierres du Marché des Esclaves. Des pierres qui ont été taillées des mains des esclaves. « Il y avait là un podium où on les vendait », explique le président du village, Mohamad Shakoor Nuseeb.
Direction ensuite au Cimetière des Esclaves, aussi connu comme le Cimetière des Noirs. « On ignore combien de personnes y ont été enterrées. Il y avait une fosse commune où l’on jetait des esclaves comme des chiens morts », explique le frère Julien Lourdes. Et de poursuivre : « Ici, il y a eu beaucoup d’esclaves noirs qui ont construit l’église de Pamplemousses, qui ont taillé les pierres du Bassin et du Marché des Esclaves. Fode pa kroir ki tousa fin fer avek kares, finn gagn kout fouet ! »
À l’entrée du cimetière, une oeuvre artistique datant de 2006 rappelle l’histoire des esclaves. « Les noirs, même morts, n’avaient pas le droit d’être enterrés dans le même cimetière que leurs maîtres. Aujourd’hui, c’est notre achievement qui importe. Il y a un même cimetière pour tous. Ce n’est pas juste le passé qui importe mais là où nous en sommes ». Dans un geste de réconciliation, les participants ont aussi tenu à se rendre au Cimetière des Blancs, juste à côté de l’église de Pamplemousses. « Il est important que nous ayons cette démarche pour transcender la souffrance. Notre présence ici ne dit aucun ressentiment. Elle est symbolique. Notre coeur est prêt à la réconciliation. Mais, la réconciliation doit être faite dans la vérité. »
Les participants se sont aussi recueillis à Plaine-Verte, à l’endroit où avaient été décapités le prince malgache Ratsitatane, considéré comme un rebelle, et d’autres rebelles de l’époque.