« Nou bizin azir en patriot ek pa fer politik avek tou zafer. Sinon pa pou avanse. Nou bizin kas baryer ki ekziste ek azir dan linite. Se koume sa ki enn nasyon modern fonktione… », a hier déclaré le Premier ministre Navin Ramgoolam à l’occasion de la commémoration du 177e anniversaire de l’abolition de l’esclavage au Morne. Évoquant les débats sur la réforme électorale, le PM a soutenu qu’il ne trouve aucune logique de devoir dévoiler son appartenance communautaire ou religieuse pour devenir candidat aux élections législatives. Il a aussi dit la fierté du gouvernement d’avoir introduit la langue kreol à l’école.
Navin Ramgoolam affirme que tous les Mauriciens ont leur place dans le pays indépendamment de son lieu de naissance. Selon lui, il faut continuer à construire la nation mauricienne et à empêcher que quiconque se replie sur sa communauté. « Se lerla ki trouv divizion. » Dans le cadre des débats qui ont lieu actuellement sur la réforme électorale, le PM rejette catégoriquement le fait qu’une personne, se portant candidat, doit dévoiler son appartenance communautaire. « Kouma oule enn nation vinn enn nation kan enn kandida bizin dir ki kominote li apartenir. » Pour lui, « 44 ans apre lindepandans pena okenn sans, okenn lozik ladan ». D’autant qu’il n’existe que trois groupes, notamment les Hindous, les Musulmans et les Sino-mauriciens selon la constitution, qui est « la loi suprême du pays ». Et poursuit-il, ceux qui ne se trouvent pas dans une de ces groupes sont de la Population générale. « Ou aksepte sa ou ? », « Croyez-vous qu’un jeune, qui se porte candidat ou votera en 2015, trouvera cela normal ? » Selon lui, si les Hindous et les Musulmans viennent de l’Inde — le Pakistan n’existait pas encore à l’époque — et que les Sino-mauriciens sont d’origine chinoise, « d’où vient la population générale ? » Pour réussir toute réforme dans le but de construire la nation mauricienne, il estime qu’il convient d’être uni. Cela aurait dû être le cas sur des questions comme les Chagos ou l’indépendance. Heureusement, laisse-t-il entendre, que même tardivement, il y a eu compromis entre les leaders de l’époque et qu’ils ont trouvé une solution surtout dans une configuration où les Britanniques appliquaient leur politique de diviser pour mieux régner.
Le PM indique que durant 44 ans, le pays a fait preuve de maturité avec quatre Premiers ministres élus démocratiquement, dont lui-même, et qui à un moment donné, ont perdu les élections. Selon lui, le pays évolue et il y a la prospérité. Il note que la proposition de Paul Bérenger, leader de l’opposition est « incompatible. Pas capave faire li. Bizin enn package. »
Esclavage : « Plé-la ankor ouver »
Le PM s’est longuement appesanti sur la souffrance qu’auraient connue les esclaves et les marrons ; il a parlé « de la force intérieure et de la dignité d’avoir résisté à la domination ». Selon lui, il faut que chacun ait la force de ses convictions. Et il affirme que ce n’est pas la couleur de la peau qui fait une personne. Selon lui, il faut que chacun sache où il veut aller et se positionner en fonction de cela.
Il rappelle s’être exprimé contre l’introduction de la langue orientale tout simplement parce qu’il ne voulait pas que des enfants, surtout ceux issus de la communauté créole, soient défavorisés dès le départ en entrant à l’école. « Mo dir mo pa pou aksepté fer enn politik diskriminatwar enver bann zanfan Morisien. » Et de lancer : « Pa bizin per lord etabli, se sa leadership. »
Commentant l’abolition de l’esclavage, Navin Ramgoolam a affirmé que le pays entamait une nouvelle étape de son développement. La période post-esclavagiste ayant été cependant difficile pour les affranchis. Selon lui, la blessure psychologique n’est pas encore cicatrisée. « Plé-la ankor ouver ek li inportan pou ferm li », souligne-t-il, d’où la décision du gouvernement de mettre en place la Commission Justice et Vérité avec le soutien de l’Afrique du Sud, notamment de Desmond Tutu. Selon le PM, l’objectif n’était pas de trouver des coupables mais de « savoir ce qui s’est passé afin de faire face à notre histoire ». Il invite tous les Mauriciens à lire le rapport disponible sur Internet. Il est important, dit-il, qu’« on continue à expliquer l’histoire. Il ne faut pas l’oublier mais se réconcilier avec ».
Selon le PM, tous ceux qui sont venus à Maurice ont connu des moments difficiles. « De différentes provenances, nous sommes aujourd’hui dans le même bateau avec une identité commune, notre identité créole : la langue, la culture et la cuisine. » Il parle aussi des mariages intercommunautaires et interreligieux, qui sont de plus en plus courants de nos jours. Dans ce sillage, le PM a exprimé sa fierté que le gouvernement ait introduit le créole à l’école. Si au départ, il n’était pas convaincu que c’était une bonne idée, il a affirmé que Dev Virahsawmy lui a expliqué en quoi ce serait important.
La vice-présidente de la République, Monique Oshan-Bellepeau, s’est aussi adressée à l’auditoire. Comme pour les années précédentes, le leader de l’opposition, Paul Bérenger, est parti après la cérémonie de dépôt de gerbes au pied du monument de l’esclave inconnu. Le leader adjoint du MMM, Alan Ganoo a assisté, lui, à l’intégralité de la cérémonie.