« Si vous êtes pauvres et que vous faites les efforts nécessaires vous avez le droit de réussir », a déclaré hier le Premier ministre Navin Ramgoolam dans son discours prononcé au Morne à l’occasion de la cérémonie officielle marquant le 178e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. La cérémonie officielle a aussi été marquée par les interventions de Xavier Luc Duval et d’Edley Chimon. En raison du mauvais temps, la cérémonie de dépôt de gerbes au monument international de la route des esclaves au pied de la montagne du Morne a été décalée. Le Premier ministre s’est ensuite rendu au village du Morne pour procéder à l’ouverture de la reconstitution du village de Trou Chenille.
Dans son discours, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a évoqué les conditions dans lesquelles les esclaves ont été déracinées de leurs milieux naturels et transportés à Maurice dans des conditions atroces. Pour lui, l’esclavage est un crime contre l’humanité. Il s’est longuement appesanti sur la vie des esclaves et celle des esclaves marrons.
Le Premier ministre a aussi rappelé les supplices prévus par le Code noir à l’intention des esclaves marrons qui avaient décidé de prendre le large. « Les esclaves étaient traités comme des animaux. Heureusement que ce code n’a pas été appliqué dans sa totalité à Maurice », a-t-il dit.
Le Premier ministre a rappelé le caractère symbolique du Morne parce que la montagne servait de refuge aux esclaves marrons. Ces derniers s’abritaient dans des trous, consommaient ce qu’ils avaient. Beaucoup ont préféré se jeter du haut de la montagne plutôt que de retrouver leur vie d’esclave. « Nous sommes différents physiquement mais tous les humais ont quelque chose en commun : la dignité humaine. Il n’y rien de plus humiliant que de lui arracher sa dignité », a affirmé Navin Ramgoolam.
Or, selon une loi en physique toute action donne lieu à une réaction. « Ou fer dominer are li, li pour reazir », a soutenu le Premier ministre dit. Il a rappelé que l’esclavage a duré pendant deux siècles à Maurice. De génération en génération, des familles entières ont été asservies. Ce qui a inévitablement donné lieu à des séquelles psychologiques et développé des complexes d’infériorité. Ces cicatrices profondes durent pendant des années. Tout cela fait partie de l’histoire de Maurice, a déclaré le Premier ministre.
Navin Ramgoolam a rappelé qu’en marge du 250e anniversaire de la bataille de Grand Port, il a eu l’occasion d’allumer une flamme sous l’Arc de Triomphe, à Paris, où la victoire de Napoléon à la bataille de Grand Port est inscrite. « Certains m’ont reproché de célébrer le colonialisme. Je n’ai pas célébré le colonialisme. Cela a fait partie de notre histoire tout comme l’esclavage a fait partie de notre histoire. On ne peut pas faire comme ci cela n’a pas existé. Si l’engagisme n’avait pas existé, je n’aurais pas été là. On ne peut pas le cacher. »
Tout en soulignant qu’il est de son habitude d’accorder du crédit à ceux qui le méritent, il a rappelé que c’est Sylvio Michel qui l’a encouragé à instituer une Commission Justice et Vérité. « Même si Sylvio Michel n’a pas été élu en 2005, je n’ai pas oublié l’engagement pris concernant l’institution de cette commission qui avait pour but d’analyser les conséquences de l’esclavage et des travailleurs engagés sur la vie des Mauriciens aujourd’hui. » Il a rappelé les circonstances dans lesquelles la commission a été instituée. Il a dans ce contexte parlé de la lutte de Nelson Mandela contre l’apartheid. Ce qui ne l’a pas empêché après son arrivée au pouvoir d’instituer une telle commission sous la présidence de Desmond Tutu afin de réconcilier la population sud-africaine.
Insistant sur l’importance de l’intelligence, Navin Ramgoolam a observé que « certaines personnes pensent qu’elles sont fortes parce qu’elles savent lire et écrire. Or, certaines personnes peuvent n’avoir pas été à l’université mais sont intelligentes. L’intelligence c’est savoir utiliser son esprit ». Il a cité Kher Jagatsing qui était un des ministres les plus performants et qui a été au collège jusqu’en SC. Beejadhur a été jusqu’à la sixième mais a été un correspondant régulier d’Advance.
Il a cité le Mahatma Gandhi pour insister sur l’importance de l’engagement politique. « Gandhi a dit qu’il ne suffit pas de s’asseoir dans son coin. Il faut apprendre, lire, écrire et participer dans la prise de décision. Il est important de faire ce qui est écrit dans votre destin. »
Toujours au chapitre de la Commission Justice et Vérité, le Premier ministre a reconnu que des recommandations ont été faites. Cependant toutes ne peuvent être mises en pratique. Des recommandations ont été communiquées aux ministères. Certains éléments ont été mis en pratique. Il a cité le cas de l’Equal Opportunities Commission, l’introduction de la langue créole comme médium d’enseignement, entre autres.
« Nous cherchons un processus de démocratisation de l’économie. Il y a des inégalités à Maurice qui est un pays de droit. Certaines personnes croient que je veux arracher la terre aux riches pour donner aux pauvres. Ce que je veux, c’est qu’un plus grand nombre de personnes participent dans l’économie. C’est pourquoi j’ai créé le ministère de l’Intégration sociale. Il faut donner les moyens à ceux qui le souhaitent de créer des entreprises. Je veux créer une nation d’entrepreneurs », a soutenu Navin Ramgoolam.
Pour le Premier ministre, l’époque où « bef travay souval manze » est révolue. « Je l’ai dit dans mon exécutif. Certains n’ont pas compris même dans l’exécutif du Ptr… Or, je n’ai aucun cadeau à faire. Si vous êtes pauvres et que vous faites les efforts nécessaires, vous avez le droit de réussir. Ici, à Maurice c’est le contraire si vous réussissez et que vous créez de l’emploi bizin fer palab. Sans effort on ne peut rien réussir. C’est vrai pour une nation mais c’est vrai pour chaque personne. Ce n’est pas un péché que de réussir. Fode pa zalou dimoun ki pe reysi. Je veux que plus de personnes deviennent riches dans ce pays. »
Navin Ramgoolam était accompagné de son épouse au Morne hier. Alors qu’il parlait de la pauvreté, il a rappelé que son épouse a fait des études universitaires. Elle a fait sa thèse sur la discrimination de la pauvreté. « Elle n’est pas juste belle, elle a fait des études également. Elle m’a dit une chose, un jour, que je n’ai pas oubliée. Si une personne est pauvre elle est pauvre. Il faut combattre la pauvreté. Elle m’a éclairci. Il faut faire des efforts. » Ramgoolam a conclu son discours en rappelant que le Ptr célébrera bientôt son 45e anniversaire.