Du 4 au 8 novembre dernier, l’organisation non-gouvernementale Pédostop a organisé une formation à l’audition des enfants victimes d’abus sexuel. Elle a été animée par Martine Nisse, thérapeute familiale, éducatrice spécialisée, directrice et cofondatrice du centre des Buttes Chaumont, centre spécialisé dans la prise en charge thérapeutique des victimes et auteurs de violences familiales et extra-familiales depuis plus de 20 ans. Une occasion pour mieux connaître Pédostop.
« Pédostop est une organisation non-gouvernementale qui lutte contre la pédophilie et l’inceste à Maurice. Elle est enregistrée auprès du Registrar of Association et est accréditée auprès du National Corporate Social Responsibility (CSR) Committee, donc éligible pour bénéficier des fonds CSR des entreprises », explique sa présidente, Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, psychosociologue.
Pédostop a cinq objectifs spécifiques, indique notre interlocutrice : informer et sensibiliser les Mauriciens sur la pédophilie et l’inceste ; donner la parole aux victimes et aux ex-victimes d’abus sexuels ; informer la population et les victimes des possibilités de démarches (accompagnement psychologique, médical, légal) et les orienter vers cet accompagnement selon les besoins et les désirs ; faire des propositions aux institutions gouvernementales et non-gouvernementales ; et enfin, offrir une aide financière pour les accompagnements psychologiques, médicaux et légaux parce que la Legal Aid de l’État ne s’applique qu’aux personnes touchant un salaire mensuel inférieur à Rs 10 000.
Citant le Dictionnaire de Psychologie Larousse 2000, la psychosociologue explique que la pédophilie est un trouble présenté par des adultes (hommes et femmes) qui cherchent à obtenir une excitation sexuelle en ayant des relations ou actes sexuels avec des enfants, ou en s’imaginant ces relations.
À Maurice, le nombre d’enfants victimes d’abus sexuels rapporté à la Child Development Unit (du ministère de l’Égalité des Genres, du Développement de l’Enfant et du Bien-être de la Famille) s’élevait de janvier à avril 2013 à 136. Sur 853 élèves du secondaire interrogés en 2012, 9 % disaient avoir été confrontés à la violence sexuelle. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, en 2010, environ 20 % des femmes et 5 à 10 % des hommes disaient avoir subi des violences sexuelles dans leur enfance. Quelque 80 % étaient des victimes d’inceste. Et le mythe de la maison en tant que « best/safest place » vole en éclat.
« Un attouchement n’est jamais banal et sans conséquence. C’est très grave. C’est une intrusion inacceptable dans le développement d’un enfant. Une agression sexuelle sur un enfant est “une tentative d’assassinat psychique”, selon Martine Nisse », précise Mélanie Vigier de Latour-Bérenger. Elle ajoute que, malgré l’absence de violence physique dans plusieurs cas, tout abus sexuel est une forme de violence psychologique et émotionnelle grave. Car les enfants ne peuvent offrir leur consentement à une activité sexuelle en connaissance de cause parce qu’ils ne peuvent saisir la portée des rapports sexuels entre adulte et enfant ou en prédire les conséquences.
Or, les conséquences d’un abus sexuel sur un/e enfant sont très graves, affirme notre interlocutrice. Ces conséquences s’observent sur le plan psychologique (dévalorisation de soi, dépression, culpabilité, honte etc.), sur le plan physique (blessures aux zones génitales, fibromyalgie, automutilation et rituels de lavage etc.), sur le plan social (repli social, agressivité, difficulté à faire confiance, désinvestissement ou surinvestissement scolaire etc.). Elles ont également un impact sur la vie sexuelle (masturbation compulsive chez l’enfant, agression sexuelle d’autres enfants, mimes d’actes sexuels, entre autres) et peuvent être à court et long terme, que les victimes soient conscientes ou non d’avoir subi un abus sexuel. « C’est comme cela qu’on détecte le mieux un enfant victime d’abus », commente la psychosociologue.
Conséquences
Ces terribles conséquences sont variables selon la validation de la parole de l’enfant (c’est-à-dire, si l’on croit la victime ou pas), la précocité de l’abus, la durée de l’abus, le plaisir qu’a pu ressentir la victime, indique la psychosociologue.
L’agression du prédateur ou de la prédatrice sur l’enfant est d’autant plus odieux que le pédophile choisit en toute connaissance de cause le moment de passer à l’acte, insiste Mélanie Vigier de Latour-Bérenger. Évoquant Roland Coutanceau, psychiatre et psychanalyste français spécialisé en victimologie et en agressologie, elle affirme que le pédophile est responsable de ses actes et qu’il choisit de passer à l’acte… « Il/elle est manipulateur/trice et a peu, voire pas d’empathie. Même quand il/elle dit qu’il/elle va changer ou arrêter, il n’y croit pas, car il/elle regrette rarement ses actes pour lesquels il/elle a ressenti du plaisir sexuel », martèle notre interlocutrice.
Face au danger de l’abus sexuel, la prévention est importante, estime la psychosociologue. Mais il reste très difficile pour un enfant de dire non à l’agresseur et de se protéger. Il est primordial qu’on soit conscient que tous les enfants sont susceptibles d’être victimes à tout moment d’agression sexuelle. Aucun enfant n’est à l’abri. Aucune couche socio-économique ou communauté n’est épargnée. Les agresseurs ne sortent pas du bois, tels de méchants loups, mais sont des personnes, dans 99 % des cas selon Martine Nisse, issues du cercle de confiance de l’enfant. Il est vraiment capital de croire l’enfant même si comme disent Goddard et Mudaly en 2006 « these words are too painful to absorb », élabore Mélanie Vigier de Latour-Bérenger.
Instaurer, dès le plus jeune âge, avec les enfants, un lien de confiance pour qu’ils se sentent à l’aise pour parler à leurs parents, bénéficier d’une éducation sexuelle, savoir poser des interdits à la maison et en classe, l’éducation parentale, apprendre à l’enfant de distinguer les gestes acceptables et les gestes déplacés, les “bons secrets” des “mauvais secrets”, apprendre aux enfants à distinguer les comportements manipulateurs, s’informer sur les abus sexuels, et surtout apprendre aux parents à prendre le temps d’observer et d’écouter sont, entre autres, les éléments d’une bonne stratégie de prévention, indique notre interlocutrice.
Pour contacter Pédostop : email : pedostop@gmail.com ; page Facebook :  https://www.facebook.com/PedostopContreLaPedophilieAMaurice.