L’affaire avait fait grand bruit, suscitant diverses mobilisations ainsi qu’une demande d’injonction rejetée en Cour. La question a même été soulevée au Parlement. Beaucoup de bruit pour finalement aucune action: le pandit Sungkur, proche du Premier ministre, a gagné la mise. Au grand dam de ceux qui militent contre l’accaparement des plages publiques et des droits des citoyens, son restaurant sur la plage publique de Trou aux Biches sera fin prêt d’ici quelques jours. Face à l’avancement rapide des travaux, l’on continue de s’interroger sur l’avenir de nos plages envahies par les bâtiments commerciaux en béton ou en fer, des marchands et des transats, au profit des p’tits copains, au détriment des pique-niqueurs et… avec la bénédiction des autorités qui donnent des permis à tort et à travers.
“Pandit so sans kinn porté”, expliquaient en septembre dernier, à Week-End, les frères du Pandit Sungkur, souhaitant faire la lumière sur la polémique entourant la construction d’un restaurant sur la plage de Trou aux Biches. Trois mois après, le restaurant est presque terminé. Aujourd’hui, le parking de Trou aux Biches a cédé place à un bâtiment comprenant une cuisine, une arrière-cuisine, un store, deux toilettes et une grande terrasse où les clients pourront apprécier leur repas, face à la mer. D’ici Noël, les Sungkur pourront accueillir leur premiers clients.
Pourtant, la construction de cette Cafeteria Eating House, dont l’investissement s’élèverait autour de Rs 1.5 m, sur la plage de Trou aux Biches, avait suscité l’indignation citoyenne. Elle avait mobilisé non seulement les habitants de Trou aux Biches et des autres villages côtiers du Nord, mais aussi des quatre coins de Maurice, des citoyens scandalisés par l’accaparement des plages publiques par des proches du pouvoir. Ce projet, pointé du doigt avec d’autres du même genre, dont la conversion des toilettes publiques en restaurant, avait provoqué la colère de bon nombre de Mauriciens, soucieux de voir se rétrécir comme peau de chagrin, jour après jour, le peu d’espace auquel ont désormais droit les pique-niqueurs sur nos plages, envahies par les transats qui poussent comme des champignons pour permettre à la Beach Authority (BA) de se faire plus d’argent. C’est sans compter les marchands de plages illégaux qui s’installent à leur aise sur nos plages, comme nous l’avions signalé dans notre édition de la semaine dernière.
Si le ministre des Terres et du Logement, Abu Kasenally a manifesté son intention de “fer la grande lessive sur les plages”et de contrer le développement sauvage, les actions tardent à venir. Certes, des Notice to squat ont été servies aux marchands de plages et un projet de conversion de toilettes publiques en restaurant à Mon Choisy a été gelé. Cependant, loin de défendre l’intérêt des Beach Traders, on se demande pourquoi ces commerçants en prennent pour leur grade, alors que les autorités (la BA) leur ont octroyé leur permis, et que dans d’autres cas, des opérateurs – tel le Pandit Sungkur – ont bénéficié d’un bail de l’État pour construire un restaurant sur la plage. Et l’octroi d’une portion de 34 perches, à Trou aux Biches toujours, à l’agent politique Jayraj Woochit, déjà détenteur d’un bail sur l’îlot Gabriel, en vue d’y installer son commerce de bateau de plaisance et une cafétéria, ne peut qu’accentuer l’indignation et la colère du citoyen mauricien.
À quand une politique pour la préservation de    nos plages?
Ainsi, la détermination affichée par Abu Kasenally pour contrer l’accaparement des plages laisse plus d’un sceptique. D’autant qu’en cette période de l’année, la plupart des plages publiques sont peuplées non pas de pique-niqueurs mais de transats, souvent sans aucun occupant. Selon nos informations, les autorités, qui ont elles-mêmes accordé les permis d’opération à ces promoteurs, auraient maintenant à l’oeil (après les Beach Traders) les propriétaires de transats, estimant que nombre d’entre eux ne respectent pas les règles et s’adonnent à des abus. On apprend qu’un comité conjoint, regroupant le ministère du Logement et des Terres, celui des Administrations régionales, la police, la National Coast Guard et la BA, se penche sur ce problème d’occupation des plages publiques.
En attendant qu’une solution soit trouvée, les pique-niqueurs font les frais des décisions des autorités qui octroient des permis à tort et à travers. Aujourd’hui, la superficie des plages publiques est très restreinte. Plus de sable blanc pour se prélasser mais des transats à perte de vue. Plus de filaos pour apprécier l’ombre, mais des marchands de plages installés à leur aise. Les plages mauriciennes, quand elles ne sont pas offertes aux hôtels, se résument au béton ou autres structures en métal, aux transats, quand ce ne sont pas les activités nautiques, tel le kitesurf au Morne, qui prennent la place.
À quand une politique pour la préservation de nos plages? Une question qui suscite d’autres interrogations quand on sait comment le Premier ministre avait lui-même pris la défense du projet Sungkur dans sa circonscription (la no.5), parlant alors de “démocratisation de l’économie” (sic). Avec cette logique, il faut s’attendre au pire pour nos plages…