Les forces vives de Trou-aux-Biches, regroupées au sein de la Plateform pou Sov Laplaz, ont manifesté hier à Trou-aux-Biches. Objet de leur colère : le projet de construction d’une cafétéria sur l’ancienne aire de stationnement de la plage publique. Déplorant « l’accaparement » des plages, les protestataires ont ensuite assisté à un meeting. Ils « déclarent la guerre » à l’État et réclament l’abandon dudit projet.
Loin de vouloir céder à la provocation, les habitants de Trou-aux-Biches et d’autres citoyens – venus des quatre coins du pays – ont souhaité, dans une marche « sans violence » organisée hier, déplorer « l’attitude des autorités » qui, disent-ils, « ont cédé une partie des terres de l’État à Subash Sungkur », un habitant de cette région. Cette manifestation a permis aux protestataires, lors d’un arrêt sur la plage publique de Trou-aux-Biches, de constater l’avancée des travaux entrepris par le promoteur. Leur initiative aura cependant donné lieu à quelques anicroches du fait que l’accès à la plage publique leur aura été dans un premier temps refusé. Ce n’est qu’avec de vives protestations que la police a finalement accédé à leur requête, leur autorisant l’accès à une partie de la plage. Les contestataires se sont ensuite dirigés vers le supermarché Koko, où divers orateurs ont pris la parole. L’occasion pour eux d’exprimer leur « colère » face au projet.
Revenant sur la manifestation de 1975, les leaders du mouvement de contestation ont appelé « à la solidarité de la population » pour dénoncer « la dilapidation des terres et des plages publiques ». Le meeting avait débuté par l’hymne national avant d’être marqué par une minute de silence en hommage au combat mené par le père  Souchon. « Karant-sink an apre lindepandans, popilasion ankor pe bizin desan lor sime pou anpes bradri nou pei », a lancé Georges Ah Yan, leader du Forum Citoyen Libre (FCL). Pour ce dernier, c’est la Beach Authority (BA) qui est à blâmer dans la « dilapidation » des plages du pays. « Subhas Seeruttun (directeur de la BA) pe dir ki li pe donn dis nouvo laplaz a bann morisiens. Ou bizin get sa dis laplaz ki li pe koze la. Li telman sal ki ou kapav gagn lagratel », a-t-il martelé. Et de s’indigner du sort réservé aux Mauriciens, invités à utiliser « des plages de seconde zone » alors, poursuit-il, que « les étrangers et les touristes ont la possibilité de profiter des plus belles plages du pays ». Aux protestataires cependant de préciser qu’ils ne souhaitent pas « communaliser » le problème.
Jacky Alexandre, membre du Conseil du Village et du Mouvement Solidarité de Trou-aux-Biches, a pour sa part dénoncé « l’opacité » entourant la livraison du permis pour ce projet. « Lorsque nous avons eu vent d’un projet de construction sur la plage de Trou-aux-Biches, les habitants ont souhaité avoir plus de détails sur la question. Mais ni le District Council ni le Conseil du Village ne détenait des informations à ce sujet », a-t-il expliqué. Et de s’interroger : « Si bann-la pa o kouran sa proze-la, alor kot permi sorti ? Travo ine koumanse san ki mem ena ene Notice Board pou fer dimounn kone ki pou ena developman isi. » Revenant sur le récent discours de Navin Ramgoolam, défendant le promoteur, il fait comprendre que ce dernier a des comptes à rendre à la population. « Nous défendons un projet pour toute la population mauricienne. Le Premier ministre, lui, préfère défendre le promoteur ! ». Dev Ramano, avocat de profession, demande à Subash Sungkur de « faire la part des  choses » avant de réclamer au public présent un « rapport de force » pour que le promoteur abandonne son projet. Et d’espérer dans la foulée que « cette action ait un effet boule de neige sur les autres plages ». Le syndicaliste Jack Bizlall a aussi déploré l’attitude de Navin Ramgoolam, mais aussi de l’opposition, « absente », dit-il, dans sa prise de position face à de tels projets. « Kan ou krwar dan ene batay, ou rant ladan avek ou leker ! Bann politisiens bizin vini ek ene program ek aret zoue sa zoue ‘Pa moi sa, li sa !’. » Pour les habitants de Trou-aux-Biches, seul Navin Ramgoolam a la capacité « de cesser ce massacre ».
Le meeting s’est achevé vers 13h30. Bien que la demande d’injonction ait été rejetée vendredi par la Cour suprême, les habitants ne compte pas baisser les bras pour autant. Ils envisagent notamment de faire appel en début de semaine et tentent de trouver d’autres alternatives à ce projet de construction, qui réduira une fois de plus l’espace public sur cette plage.