Le chauffeur du camion immatriculé 35 75 NV 93, Bunjunsingh Beeharry, âgé de 58 ans, habitant Lesur, Sébastopol, a déjà donné sa version des faits à la police de Montagne-Blanche concernant l’accident d’hier matin à Bel-Étang en présence de son homme de loi, Me Vedakur Rampoortab. Déjà, les enquêteurs de la police sont en présence de détails de fond contradictoires. Le chauffeur du camion, inculpé d’homicide involontaire par imprudence et maintenu en détention policière, affirme que la voiture, immatriculée FD 38, aurait surgi subitement d’un des sentiers latéraux des champs de cannes et qu’il n’a pu l’éviter. Les occupants de la voiture écrabouillée ayant survécu à cet accident ayant fait quatre victimes, eux, maintiennent que la voiture était en panne et immobilisée depuis au moins 2 heures du matin.
À la suite des résultats de l’alcootest avec un taux d’alcool de 34 mg dans le sang alors que la limite permise, selon des spécialistes, est de 23 mg, Bunjunsingh Beeharry n’a pas caché qu’il avait consommé de l’alcool la veille, soit lundi soir. « Mo ti bwar la vey me mo pa ti saoul kan mo ti pe kondwir mo kamion mardi matin », devait-il faire comprendre à la police lors de son interrogatoire après sa comparution en cour hier.
Bunjunsingh Beeharry maintient qu’il ne roulait pas à vive allure, soit 60 kilomètres par heure, en se rendant à Camp-de-Masque pour aller récupérer des ouvriers. « Enn kout, mo trouv enn loto blan sorti dan enn simin karo kann a drwat. Li inn vire divan moi e mo inn sey evit sa loto la me mo pa inn kapav ; loto la pa ti ena la limier nanyen », a-t-il ajouté.
Cette thèse est contestée par les passagers retirés de la voiture FD 38 peu après l’accident. Sharon Dubijnon, 27 ans, habitant Sébastopol, est catégorique à l’effet que la voiture ne roulait pas en raison d’une panne. Elle ajoute que  les neuf occupants étaient en plein sommeil quand le camion immatriculé 3575 NV 93 a percuté violemment de l’arrière la voiture en stationnement sur le bas-côté de la route. « Mo ti dan somey kan finn fer aksidan-la. Mo pann konpran nanyen kinn finn arrivé. Kouma inn tape monn tonb san konesans. Letan mo leve monn retrouv mwa dan lopital Flacq », a fait comprendre la rescapée aux membres de sa famille.
Des recoupements d’informations effectués par Le mauricien indiquent que ces neuf personnes, dont le père de Sharon Dubijnon, la victime Cyril Madone, 58 ans, rentraient chez elles après une fête chez une connaissance à Camp-de-Masque. « Bann kamarad ki ress Camp-de-Masque ti dir zot reste pou dormi ek repran larout landimin. Me zot pa ti pe kapav reste akoz ena de dimounn ki ti ar zot ti bizin rantr zot lakaz aswar lamem. Zot finn pran loto zot finn ale… » a fait comprendre Sharon Dubijnon à ses proches après l’accident.
Sur la route de Bel-Étang, après avoir quitté Camp-de-Masque, la voiture a cependant eu des problèmes de batterie. « Kan bateri finn feb, zot finn sey redemar loto-la me zot pa finn resi. Zot inn dir ki zot pa ti ena okenn lezot swa. Zot finn deside pou atann ek espere ki enn lot transpor pase dan sa ler la pou zot kapav gagn enn lift pou rantr kot zot ou gagn enn led. Me zot finn ress atann mem. Vers 4 h di matin zot tou ti pe asize dan loto ek zot finn koumans gagn somey… », poursuit-elle.
Les traces de freinage sur l’asphalte sont un autre facteur qui ne devrait pas jouer en faveur du chauffeur du camion. Les enquêteurs n’écartent pas la possibilité que Bunjunsingh Beeharry ait été victime d’un coup de fatigue ou de somnolence sur cette route de Bel-Étang en ligne droite au moment fatidique. Ce qui expliquerait qu’il n’aurait pas remarqué la voiture en stationnement.
Le camion 3575 NV 93, dont la partie avant n’a été que très légèrement endommagée, a littéralement embouti l’arrière de la voiture FD 38 en la projetant sur une distance d’au moins 40 mètres. L’enquête de la police tentera également d’établir si la voiture était en règle au niveau des assurances et si le chauffeur Jean-Noël Bègue, encore admis à l’hôpital de Flacq, avait pris les mesures de précaution nécessaires pour le stationnement le long de la route pendant une partie de la nuit.
Dans la matinée, les funérailles des trois premières victimes, Nicole Botte, Michaël Philippe et Dylan Botte, tous membres de la même famille, se sont déroulées en la chapelle Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus d’Olivia. L’émotion était à son comble avec des proches encore sous l’effet du choc (voir plus loin).
De son côté, la police prévoit un important déploiement demain en vue de la reconstitution des faits avec la présence du chauffeur du camion sur la route de Bel-Étang. Les enquêteurs craignent une manifestation trop virulente de la colère des proches des victimes devant la cruauté de cet accident.