Après plusieurs mois de dialyse, Vinod Caunhye, 54 ans, un Mahébourgeois originaire de Mare-d’Albert, est mort, le 16 février, à la suite d’un accident s’étant produit quatre jours plus tôt. Il était à bord d’une ambulance appartenant au ministère de la Santé. La victime, qui était assise sur une civière par manque de place, a été littéralement éjectée de sa place lorsque le chauffeur a appliqué les freins. Plusieurs autres patients voyageant à bord de l’ambulance ont été projetés de leurs sièges pour atterrir sur Vinod Caunhye. Il a reçu plusieurs coups à la tête, au niveau des côtes et a eu le foie perforé. Face au manque de traitement reçu à l’hôpital de Rose-Belle, sa famille, révoltée, crie à la négligence médicale.
Si sa famille rencontrée au domicile de la grand-mère maternelle à Mahébourg soutient qu’un accident peut se produire, elle n’admet cependant pas l’attitude adoptée par le conducteur de l’ambulance ni le traitement que leur a réservé les membres du personnel de l’hôpital Nehru. En effet, selon les différents témoignages glanés, le chauffeur, un dénommé Danraj Ramchurn, 63 ans, habitant Plaine-Magnien, n’a rien révélé de l’accident aux infirmiers si ce n’est qu’il a eu un décalage horaire. C’est par des patients présents au moment de l’accident que la famille de Vinod Caunhye a été informée vers 8h ce jour-là.
“Nous avons accouru jusqu’à l’hôpital de Rose-Belle. Mon père était conscient et plaisantait. J’ai appris pendant qu’on attendait qu’il soit examiné qu’il avait vomi et saigné du nez, mais rien ne présageait que son cas était critique”, raconte sa fille Anishta, 24 ans, encore toute bouleversée par les récents événements. Après plus de deux heures d’attente, ce n’est que vers 10h que Vinod Caunhye a commencé à se sentir mal. “Li finn koumans zet lékor et dir ki li pa pé bien. Nou finn rod enn civière par nou mem pour fer li alonzé ek informe dokter. A enn moman donné li dir ki li népli senti so lamé ek so lipied. “
Anishta dit se rappeler qu’à un moment donné les infirmiers se seraient disputés, personne ne voulant s’occuper de son père qui s’était considérablement affaibli. Finalement, raconte-t-elle, un infirmier s’est approché de Vinod Caunhye pour l’examiner. Selon notre interlocutrice, en ne voyant pas réagir son père, l’infirmier lui aurait dit qu’il souffrait d’un “saignement interne et qu’il était paralysé. ““Or, malgré sa, okenn dokter pa finn examine li. Zot dir pou ale fer li fer scan mais nou finn res atann mem.”
À 11h30, toujours pas le moindre médecin à l’horizon. Le cas de Vinod Caunhye devait s’empirer d’heure en heure jusqu’à ce qu’il commence à vomir du sang. “Nou finn atann ankor 45 minutes pou ki enfin li ale fer scan. Pas ti éna dokter à sa moman-là. Dan panik ek la per, et devan attitude bann personnel, monn pran renseignement ek enn dokter clinique ki konn nou fami. Li finn dir mwa ki dan enn cas parey bizin admet dan ICU”, explique Anishta, les yeux remplis de larmes.
Or, au lieu d’être admis en soins intensifs, Vinod Caunhye a été transféré dans une salle d’observation. “Pandan tous sa létan la mo ti pé anvi fer li transféré clinique mais bann dokter ek infirmier dir ki si bouz li, li pou mort. Mais nou pas kompran kouma zot finn tir li dépi dan ward 2-4 pou met li dan ward 2-2. Nou finn mem alle guet direkter lopital ki finn assire nou ki li pou donn meyer tretman mais naryé pa finn fer”, renchérit sa benjamine, Anoushka, 19 ans.
Selon les témoignages des deux filles, hormis l’inquiétude qui les rongeait de savoir leur père dans un état critique, elles ont dû gérer la mauvaise humeur des infirmiers qui leur ont fait voir de toutes les couleurs. “Pas mem enn explication ni enn marque de sympathies. Naryé zot pa finn dir !”s’insurgent-t-elles. “Lopital pa finn fer naryé. Monn trouve mo papa sombrer. Linn montré mwa ek so lamé ki li ti népli pé kav respirer”, se révolte Anishta.
Après plusieurs heures d’angoisse, et devant l’inaction du personnel, décision fut prise, à 19h , de le transférer à l’hôpital Appollo Bramwell. Vinod Caunhye est resté quatre jours dans le coma avant de rendre l’âme le 16 janvier. Sa dépouille fut transférée à l’hôpital de Candos pour un examen post-mortem. L’autopsie pratiquée par le médecin-légiste de la police, le Dr Jankee, a été révélé qu’il a succombé à un choc des suites de la rupture du foie. Une nouvelle qui a eu l’effet d’une bombe chez cette famille modeste de Mahébourg, originaire de Mare-d’Albert.
Leur vie a chamboulé depuis la maladie de la victime. L’épouse de Vinod a émigré en Italie pour pouvoir payer les études supérieures de son aîné, Avinash, en Irlande. Toutefois, les trois enfants ont été forcés d’interrompre leur études en raison des dépenses conséquentes liées aux soins du chef de famille. Mais une lueur d’espoir revenait lorsque Vinod reprenait des forces après sa dialyse. “Mais tou finn anéanti avec sa accident-là. Tous nou zéfor, tou nou lespoir finn tombe dan dilo”, se lamente son épouse, qui est revenue de l’étranger, avec son fils, pour organiser les funérailles.
Si cette famille est consciente que rien ni personne ne ramènera le défunt, elle n’en demeure pas moins amère et révoltée. Il a fallu que le beau-frère de Vinod Caunhye, Vikesh Bignah, aille dénoncer l’accident auprès de la police pour que le personnel hospitalier en soit informé. Lors de son interpellation par la police de Blue-Bay, le chauffeur Danraj Ramchurn a été arrêté avant d’être relâché sous caution. Il a expliqué que l’accident s’est produit lorsqu’il a évité un autre véhicule.
Encore sous l’effet du choc, la famille Caunhye n’a toujours pas décidé de la marche à suivre pour réclamer justice. Elle souhaite cependant de tout coeur qu’un tel drame n’arrive à personne d’autre. “Nou fer enn lapel pou plis humanité dans sekter hospitalier.”