Vendredi 3 mai 2013. Le virage de Sorèze, au design particulièrement controversé dans le cadre des travaux effectués sur cette partie de l’autoroute, est le théâtre d’un véritable carnage. Dix morts et 44 blessés sont à déplorer après qu’un autobus Blueline de la CNT se renverse à cet endroit, victime de freins défectueux. Flash-back sur l’accident le plus meurtrier enregistré au virage de la mort.
Tout a basculé à 9 h 15 en ce vendredi matin au virage de Sorèze, dont c’est le troisième accident meurtrier depuis 2009 – 16 morts et une centaine de blessés y ont été enregistrés. L’autobus Blueline de la CNT, immatriculé 4263 AG 07, qui se dirigeait vers Port-Louis, se renverse sur son flanc gauche avant de faire des tonneaux à la hauteur de la déviation pour la première phase de la Port-Louis Ring Road. Le chauffeur, Ganesh Deepchand, avait pris la décision de bifurquer dans cette voie de dégagement de la Nationale, presque vis-à-vis de la station service Indian Oil, pour éviter le pire.
Peu auparavant, il avait constaté que les freins de son véhicule, bondé de passagers, ne répondaient plus. Il avait eu la présence d’esprit de dire au receveur, Vishamitr Bundhoo, d’avertir les passagers du danger. « Frein inn perse ! Pena frein ! Dir zot koste derrière ! » Mais ce n’était guère suffisant pour garantir la sécurité des passagers. Les effets conjugués du virage trop abrupt et de la vitesse atteinte par l’autobus ont eu raison de l’expérience de Ganesh Deepchand. Le véhicule s’est déporté sur le terre-plein pour heurter violemment un drain d’évacuation d’eau, se renversant sur le flanc gauche avant de faire une série de tonneaux, jusqu’à se transformer en un amas de ferraille.
Le bilan sera extrêmement lourd après les opérations des plus délicates menées conjointement par la police et les médecins du SAMU. Dix cadavres seront extirpés de la carcasse du véhicule et 44 blessés seront dénombrés, dont sept admis dans un premier temps à l’ICU. Les centres hospitaliers, dont l’hôpital Jeetoo, seront placés en état d’extrême alerte devant le nombre de blessés évacués de toute urgence par la police, le SAMU ou encore des individuels. Le pays sera secoué et sous le choc après cet accident des plus dramatique. Ce carnage devait susciter un véritable traumatisme au sein de la communauté du public voyageur.
Toutefois les survivants souligneront le comportement héroïque du chauffeur Ganesh Deepchand. Dans un entretien accordé en primeur à nos confrères de Week-end, 24 heures après l’accident, le receveur Vishamitr Bundhoo, 52 ans et qui comptait 32 ans de carrière dans le domaine, est l’un des premiers à rendre hommage à son défunt collègue. « Sofer-la inn fer tou so posib pou separ bann pasaze. Mo mari sagrin saki inn arrive li. Enne kout, sofer nek signale mwa ki machine pa pe gagn frein. Li dir mwa pa less personne reste divan. Mett tou dimounn par derier. […] Si sofer ti kontinie desann Pailles, boukou fraka ti pou ena. Ena sa simin kinn aranze la, linn rantr ladan. Letan li fer kontour-la ek pression li pe vini la, pa inn kapav evit sa canal-la. Kan bis-la inn devire, sa kolonn-la inn sap moi. Sofer inn kraze dan kabinn. Mo ti trouv disan pe koule. Li pa inn kapav sorti depi kabinn-la », racontait Vishamitr Bundhoo, alors qu’il était toujours admis au département de High Medical Care de l’hôpital Jeetoo.
La version des faits du receveur sur les circonstances de cet accident sera cruciale sans compter qu’il avait gardé précieusement le carnet de bord de l’autobus, où il a consigné toutes les défaillances enregistrées sur le véhicule avant l’accident. Ce drame placera la CNT dans une position inconfortable avec des critiques venant de toutes parts. Le Premier ministre Navin Ramgoolam a opté pour une expertise étrangère avec deux consultants indiens d’Ashok Leyland faisant le saut à Maurice pour un examen du Blueline accidenté. Les observations de ces experts auraient déjà été soumises au Prime Minister’s Office.