Une fois la période de deuil observée, des proches de victimes comptent consigner au poste de police de Pailles des dépositions à charge engageant directement la responsabilité de la Corporation Nationale de Transport (CNT) dans l’accident meurtrier du virage de Sorèze le vendredi 3 mai. Cette initiative ne devrait pas seulement concerner les 10 victimes tuées sur le coup mais également les 44 autres passagers, blessés à divers degrés.
Des procès au civil avec des réclamations portant sur des dizaines de millions de roupies contre la CNT sont également à prévoir dans les jours à venir. La situation pourrait devenir encore plus compromettante si les enquêtes de la police et des deux experts d’Ashok Leyland mettent en cause la direction générale de la CNT dans cet accident aux conséquences extrêmement graves.
À ce stade, l’initiative est revenue à Yannick Pokhun, dont la compagne Delphine Pokhun, âgée de 22 ans, a été tuée dans cet accident. N’ayant visiblement pas digéré la négligence criminelle alléguée dont a fait preuve la CNT, il s’est rendu, dès lundi après-midi, au QG du Central CID. Il fut dirigé vers le poste de police de Pailles où il a réclamé une enquête contre la CNT. Il a souhaité voir des proches d’autres victimes de même que des survivants de l’accident lui emboîter le pas. « L’objectif est de provoquer une prise de conscience pour éviter d’autres accidents de ce genre », fait-il comprendre en substance.
De con côté, Natalia G. Romenko, 20 ans, d’origine ukrainienne et amie de la ressortissante chinoise Hu Jiang tuée dans l’accident de Soreze, a consigné, vendredi, une déposition au poste de police de Pailles. Elle était accompagnée de ses conseils légaux, Mes Poonam Sookun et Vikash Teeluckdharry. Elle voyageait à bord de la BlueLine immatriculée 4263 AG 07 en compagnie de sa défunte camarade.
Dans sa déposition, l’étudiante ukrainienne met en cause directement la CNT, à travers le receveur du bus Vishamitr Bundhoo. Elle affirme qu’à aucun moment, le préposé ne leur a déclaré qu’il n’y avait pas de place assise disponible. Les deux jeunes filles sont alors restées debout dans l’autobus jusqu’à Ébène. Elle explique que sa défunte amie Hu Jiang Chuna a insisté qu’elles prennent le BlueLine en raison de la qualité des services comme l’air conditionné, en dépit du fait que d’autres bus se rendent à moins cher à Port-Louis.
Natalia G. Romenko soutient que Hu Jiang est demeurée debout, faute de place, et précise qu’elle ne serait jamais rentrée dans le bus si elle avait été avertie que le bus n’avait pas de « standing accommodation. » Sortie indemne de cet accident meurtrier, Natalia G. Romenko soutient qu’elle veut savoir pourquoi les freins ont lâché et s’il y a eu des vérifications après que le chauffeur se soit plaint de l’état de son autobus.
La jeune Ukrainienne attribue la gravité de la catastrophe au nombre supplémentaire de passagers transportés par le bus. « Fort de ces raisons, j’estime que cet accident a eu lieu en raison de la grosse négligence de la CNT. Je considère la mort de mon amie Hu Jiang Chuna comme un meurtre et je veux que la police identifie les responsables de cet accident », exige-t-elle dans sa déposition.
Les funérailles d’Eluyn Hu Jiang se sont déroulées, mardi dernier, au Kit Lock de Bell-Village lors d’une émouvante cérémonie. Des proches, dont son père, avaient fait le déplacement à cette occasion.