Le choc ressenti dans les familles des victimes est à la mesure de la violence inouïe de cette collision frontale entre un minibus et un autobus, à la tête de la montée Lapeyre, plus précisément au chassé Le Petit Constantin, à 16e Mile, Nouvelle-France. Il est 8 h 50 ce jeudi 13 octobre, quand Amben Chinapen, au volant du van immatriculé 1471 MR 11, entame la dernière partie de sa tournée qui avait démarré vers 7 h 30 à Coromandel, où se trouvent les bureaux du centre d’appel d’Axa Customer Service. Auparavant, il avait déposé des employés de l’entreprise à Phoenix, à Castel et à Vacoas. Un voyage sans retour pour Amben Chinapen, qui ne pourra jamais expliquer pourquoi il n’est pas arrivé à destination.
Des cinq personnes se trouvant à bord du minibus, il n’y aura que deux rescapés : l’un littéralement indemne, et l’autre admis dans une clinique privée, avec deux côtes fracturées. Quatre autres blessés se trouvaient dans le bus : le chauffeur, Sachin Ramessur, 32 ans, le receveur Mahesh Dhalivadoo, 31 ans, et deux passagers, Saleem Bhagalee, 49 ans, et Jaysree Joypaul, 28 ans. Ils ont dû recevoir des soins à l’hôpital Nehru pour des blessures essuyées lors de cet accident traumatisant.
En prélude à la version des faits des deux principaux concernés par l’accident, en l’occurrence le chauffeur et le receveur de l’autobus, les premières analyses effectuées par les experts de la police sont accablantes. L’aiguille du compteur de vitesse du van est restée bloquée à 130 km/h au moment de l’impact fatal, donnant une indication de la vitesse du véhicule. Mais l’aspect le plus intriguant pour les policiers aguerris à ces accidents de la route, demeure l’absence de toute trace de freinage du van sur l’asphalte. Impossible de confirmer si Amben Chinapen était sous le coup d’une fatigue momentanée après son service de nuit pour Camel Tours, pour justifier l’absence de toute réaction devant le danger imminent de la collision.
Pour les experts de la police, il ne faut pas aller chercher loin. Le chauffeur du bus, qui a obtenu sa décharge de l’hôpital de Rose-Belle, hier à la mi-journée, a été entendu par les enquêteurs en présence de son homme de loi, Me Hassamal, des Glover Chambers. Sa version corrobore celle consignée formellement dès jeudi après-midi par le receveur, Mahesh Dhilavadoo. Le bus, qui avait quitté Mahebourg pour se diriger vers Curepipe, venait de s’arrêter sur le bus stop de Nouvelle-France. Une quinzaine de passagers se trouvaient à bord de celui-ci.
« Lor enn distans a pe pre 100 met, mo trouv vann-la pe vini en fas de mo bis. Li ti pe roul dan mo direksyon e li ti pe vinn dan mo kote. Mo inn ser dan gos tan ki mo kapav. Me ti ena enn kanal. Pa ti kapav ser plis. Mo inn pez frin e bis-la tinn preske arete », aurait déclaré Sachin Ramessur aux enquêteurs du poste de police de Nouvelle-France, hier.
Le chauffeur du bus Aero Queen avouera que le minibus a continué sa course folle. « Vann-la, ki ti pe fons lor nou, inn tap avek point drwat bis. Parbriz inn eklate e finn tom lor mo latet. Mo inn gayn enn sok. Apre sa mo pa kone ki finn arive. Kan mo ti regayn konesans, mo ti dan lopital », poursuit-il. Sachin Ramessur, qui a été remis en liberté sur parole, devra se présenter devant le tribunal de Mahebourg demain pour son inculpation provisoire pour homicide involontaire.
De son côté, le receveur du bus, qui avait été projeté hors du véhicule pour se retrouver sur l’asphalte, à côté des trois victimes, a confirmé la thèse du minibus fonçant à vive allure à contresens. Il affirme n’avoir eu que l’occasion de dire au chauffeur : « He ! Ena enn vann pe fons lor nou. Ralenti. »
Quelques instants plus tard, les premiers secouristes arrivant sur les lieux sont témoins d’une scène des plus stupéfiantes : un minibus complètement éventré et méconnaissable, trois cadavres étendus sur l’asphalte, du côté droit du véhicule, et de véritables mares de sang. La partie avant-droit de l’autobus avait été complètement endommagée, la lunette avant avait volé en éclats, et le côté droit éraflé. Le van a quant à lui terminé sa course par un tête-à-queue.
Même parmi les sapeurs-pompiers présents, ceux habitués à ce genre de scènes reconnaissent que l’accident survenu à Montée Lapeyre, ce jeudi, est hors du commun, en attendant les conclusions de l’enquête de la police…