Avec le dramatique accident vendredi dernier au virage de Sorèze, la Corporation Nationale de Transport (CNT) est sur la sellette. Ainsi, à la mi-journée, le compagnon de l’une des victimes, Yannick Pokhun, s’est rendu au QG du Central CID en vue de consigner une déposition à charge contre la CNT et engageant la responsabilité de cette dernière dans la mort de dix des passagers de l’autobus Blueline immatriculé 4263 AG 07.
« Je confirme que je rendrai au Central CID cet après-midi pour enregistrer une déposition réclamant une enquête sur la CNT, notamment l’entretien et la maintenance de la flotte d’autobus. Cette enquête aura également pour attribution de situer la responsabilité de la CNT dans la mort des dix passagers », a déclaré au Mauricien, ce matin, Yannick Pokhun, encore sous le choc de la mort de sa compagne Delphine Pokhun, 21 ans.
« Je souhaite que les proches des autres victimes en fassent de même car il est important que toute la lumière soit faite de manière transparente sur les circonstances de cet accident de la route », a ajouté Yannick Pokhun. Il a laissé entendre que dans un premier temps des proches d’une autre victime auraient signifié leur intention de se rendre à la police à cet effet.
À son arrivée aux Casernes centrales vers 13 h, les responsables du Central CID lui ont conseillé de se rendre au poste de police de Pailles pour la déposition.
De son côté, dans un commentaire transmis à la presse ce matin, Suttyhudeo Tengur, président de l’Association for The Protection of the Environment and Consumers (APEC), a cloué au pilori la gestion de la CNT en évoquant des ingérences politiques des plus flagrantes. « La CNT a toujours été gérée par l’incompétence à cause de la politique. Il y a trop d’interventions politiques dans les opérations de cette compagnie. Elle est une compagnie d’État dirigée comme la grande majorité d’autres compagnies publiques par des politiciens, dont le ministre de tutelle », écrit Suttyhudeo Tengur dans sa communication à la presse.
Le président de l’APEC, qui salue l’acte de bravoure du chauffeur du bus 4263 AG 07, Ganesh Deepchand, soutient que « les autobus de la CNT sont devenus, au fil des ans, des cercueils à la recherche de cadavres qui roulent sur nos routes. Il n’y a qu’à voir leur état pour le constater. Les Mauriciens habitant les régions desservies par cette compagnie n’ont pas le choix. Ils doivent obligatoirement voyager par ces autobus. Qu’importent les doléances depuis des années, rien ne change à la CNT – ni le service, ni la qualité des autobus. On fait rouler, comme on dit, en blessant et tuant des voyageurs, en écrabouillant des véhicules et en endommageant les infrastructures publiques ».