Yeildy Venkaya a perdu sa mère, Stella son petit frère, Gilberte s’est retrouvée veuve, Mervyn a été amputé d’une jambe et Jason a du mal à se déplacer. Victimes directes ou indirectes d’accidents de la route, leur vie a basculé en une fraction de seconde. Depuis, ils survivent dans la douleur…
“J’étais un jeune très actif. Maintenant je suis presque immobile, je me déplace avec beaucoup de difficultés”, confie Jason, sept mois après son accident. “En une fraction de seconde, ma vie a basculé”, dit Mervyn, qui a été amputé du pied droit. Yeildy Venkaya, qui a perdu sa mère en janvier 2010, confie que sa peine est immense et que la douleur qu’elle éprouve est indicible. Gilberte, dont le premier mari est mort il y a 16 ans, confie : “L’espace d’un instant, je me suis retrouvée veuve après cinq années de mariage, avec deux jeunes enfants en bas âge.” Stella, dont le frère est décédé en juillet de l’année dernière, est inconsolable : “C’est l’horreur et une douleur atroce d’avoir perdu mon petit frère dans de telles circonstances.”
Voilà ce que vivent encore, des mois et des années après, ceux qui ont été touchés d’une manière ou d’une autre par un accident de la route. La douleur qu’ils éprouvent est encore vive. À tel point que lors de leurs témoignages, certains intervenants n’ont pu retenir leurs larmes.
Vie chamboulée.
D’une voix nouée, Yeildy raconte comment sa mère, Margaret, est décédée à bord du taxi qu’elle prenait d’habitude, alors qu’elle revenait d’une soirée dansante. Le chauffeur du véhicule est mort également, mais pas celui qui serait à l’origine de la tragédie. Au fur et à mesure, sa voix devient de plus en plus saccadée et les larmes, qu’elle retenait jusque-là, commencent à perler sur ses joues. “Cela me rend triste et malade de devoir parler ainsi de ma mère. Le plus dur, c’est d’apprendre à vivre avec cela”, lâche-t-elle finalement. Cet accident est venu bouleverser sa vie à un moment où elle avait le plus besoin de sa mère, qui prenait soin de la fille de Yeildy lorsque cette dernière exerçait comme hôtesse de l’air.
C’est de manière tout aussi inattendue que Gilberte a perdu Patrick, son premier mari. Seize ans après le drame, elle en parle toujours avec la même peine. “Cela reste comme un poids sur mon coeur. Ma gorge se noue lorsque j’évoque ces souvenirs. Je regrette qu’il ne soit pas là pour élever ses deux enfants et être présent aux différentes étapes de leur vie.” Patrice et Anaïs n’ont pas eu la chance de vraiment connaître leur père, car ils étaient alors âgés de 2 ans et 10 mois respectivement.
Sarah pleure encore son jeune frère, dont elle était proche. Ce dernier est parti trop tôt alors qu’il croquait la vie à pleines dents. “Sa mort, c’est comme si j’avais perdu un de mes membres. On dit que le temps va estomper la douleur. Dans mon cas, ce n’est pas vrai.” Quand la famille a appris la nouvelle, c’est le monde qui s’est écroulé. La vie heureuse, chamboulée à jamais.
Lavi mat.
“Mo lavi mat. Pena rol, mem routinn toulezour”, confie Jason, d’un air triste. Depuis son accident, il se morfond chez lui. Mais le jeune homme, qui a eu le tibia fracturé, reconnaît avoir la chance d’être encore en vie. Plusieurs mois après, il peine encore à marcher correctement. Cela l’afflige de ne plus faire du sport comme avant. “Avant, j’étais toujours d’humeur joyeuse.”
Comme le jour où il a quitté la maison, ce matin du 13 février 2011. Il avait échangé une plaisanterie avec sa mère en cherchant une chemise et une paire de chaussures avant de sortir. Il est ensuite parti retrouver sa copine pour lui remettre une rose. On était la veille de la St-Valentin. Jason a eu son accident après avoir déposé sa bien-aimée à son travail. “Malgré toute la souffrance que j’éprouve, je remercie Dieu parce qu’elle n’était pas avec moi à ce moment-là.”
Mervyn a eu moins de chance. Il conduisait lui aussi une motocyclette lorsqu’il s’est retrouvé coincé sous un van. Il a eu une fracture en dessous du genou mais son pied n’a pu être sauvé. “Quand je suis tombé, je n’ai pas réalisé tout de suite la gravité de la blessure. J’étais sous le choc. C’est lorsque j’ai voulu me relever que j’ai compris que j’étais incapable de bouger.”
Pénible.
Mervyn a alors vu sa vie défiler. Il devait se marier quelques semaines après l’accident. “Je me suis vu marcher vers l’autel avec mon pied plâtré.” Ce sera avec une partie de ses membres en moins. “À aucun moment, je n’ai pensé qu’on allait m’amputer. Je suis révolté qu’on n’ait pas pu sauver mon pied mais je remercie les médecins qui m’ont soigné. Je suis encore en vie; c’est cela l’essentiel.”
Yeildy, Margaret et Sarah ne peuvent contenir leurs larmes lorsqu’elles se rappellent les séquences douloureuses qu’elles ont vécues. Yeildy ne va plus retrouver la joie de vivre de sa maman : depuis qu’elle n’est plus là, les choses ne sont plus comme avant. “Elle était le pilier de la famille. C’est très difficile pour mes soeurs et moi ainsi que pour ma fille, qui passait beaucoup de temps avec sa grand-mère.”
Après avoir pris un mouchoir pour s’essuyer les yeux, Yeildy évoque un instant les bons souvenirs qu’elle a vécus avec sa mère. “Pour moi, elle est toujours là. Parfois, lorsque je pense à quelque chose et que j’ai envie de le confier à ma maman, je prends le téléphone pour l’appeler…” Elle a du mal à accepter cette mort subite. “Apprendre à vivre sans elle est pénible. Mais j’ai besoin d’avancer, pour ma fille. Toutes les fêtes sont des moments difficiles à vivre. Il y a des jours où ça va mais il y en a d’autres où c’est insupportable.”
Prudence et courtoisie.
Même si Gilberte a refait sa vie avec un autre homme, les souvenirs du tragique accident de son premier mari sont encore frais dans sa mémoire. “Je ne l’ai pas oublié même si je me suis remariée.” Elle a dû se montrer forte pour ses enfants. Le 6 août, le jour de la naissance de son premier époux, ils se sont rendus au cimetière pour déposer des fleurs sur sa tombe. “Je rêvais d’une vie heureuse avec ma famille, mais je n’ai pas pu jouir pleinement de cela la première fois. Nous n’avons pas passé beaucoup de temps ensemble. Les enfants n’ont pas vraiment connu leur père et ce dernier n’a pas pu profiter de ses enfants. Ma vie de couple et ma vie de famille ont été bouleversées de façon subite.”
Tous ceux qui ont témoigné s’accordent à dire qu’il faut savoir profiter pleinement de chaque seconde de notre vie avec les personnes qu’on aime pour ne pas avoir de regrets. C’est ce qu’a fait Sarah, mais les sentiments qu’elle éprouve après la disparition de son frère sont malgré tout douloureux. En tant qu’aînée, elle a essayé de se montrer forte pour la famille. Mais elle a toujours du mal à accepter que quelqu’un d’aussi jeune et rayonnant de vie puisse mourir de cette façon. Et même si la souffrance ne peut être mesurée, elle sent que pour ses parents, cela doit être encore plus dur d’avoir eu à enterrer un de leurs enfants.
Derrière chaque témoignage, il y a un drame. Une souffrance qui se vit au quotidien. Cela peut arriver à n’importe qui d’entre nous. D’où l’appel de celles et ceux que nous avons rencontrés pour plus de prudence et de courtoisie sur nos routes. Pour empêcher que la vie d’autres familles bascule en une fraction de seconde…