Les trois différentes enquêtes instituées à la suite de l’électrocution fatale de l’ingénieur du Central Electricity Board (CEB), Ashwin Jootun, âgé de 33 ans, sont tributaires de la version des faits de l’ingénieur Dikshin Sukhoo, seul témoin oculaire du drame. Que ce soit les limiers de la CID de Port-Louis Sud, menés par le surintendant Mannaram, de l’Occupational Health and Safety Division du ministère du Travail et des Relations industrielles, ou encore les membres du comité disciplinaire du CEB, la séquence des événements de ce mercredi après-midi au 1er étage de la sous-station du CEB, à Rue Orléans et jouxtant les Casernes centrales, est plus que déterminante en vue de déterminer les circonstances et de répartir les responsabilités dans cette affaire. Entre-temps, le ministère du Travail et des Relations industrielles a enregistré un autre cas d’accident fatal sur des lieux de travail en moins de 24 heures. Un aide chauffeur, Shariff Elybux, a été tué, à la mi-journée d’hier, lors d’une fausse manoeuvre d’un conteneur sur un camion à Pailles.
Il ressort des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès des sources proches des enquêteurs de la CID de Port-Louis, que la piste d’un ultime appel téléphonique reçu par l’ingénieur Jootun alors qu’il se trouvait devant le Panel portant la matricule b 1703 de cette Sub-Station attend d’être explorée dans le cadre de ces enquêtes. La première source de confirmation ne serait autre que le collègue de la victime, l’ingénieur Sukhoo, qui se tenait à quelques mètres de lui à cet instant fatidique.
Jusqu’à hier après-midi, les enquêteurs de la police étaient dans l’attente du feu vert des médecins traitants à la clinique Darné pour pouvoir procéder à l’audition de cet ingénieur. L’un des éléments cruciaux à confirmer avec ce témoin et victime collatérale de cet accident de travail demeure si peu avant le drame, le téléphone cellulaire de la victime aurait sonné enchaînant des réactions en chaîne du principal concerné. Ce qui expliquerait la Squatting Position dans la quelle se trouvait l’ingénieur Jootun, avec ses vêtements carbonisés et ayant reçu de plein fouet cette forte décharge électrique de 22 000 volts.
Autre moyen à la disposition des enquêteurs de la CID de Port-Louis pour confirmer l’éventualité d’un ultime appel téléphonique fatidique concerne les relevés téléphoniques à partir du téléphone cellulaire enregistré au nom de cet ancien ingénieur du CEB. Dans cette perspective, des procédures devront être enclenchées pour l’obtention d’un Judge’s Order autorisant l’accès du répertoire de ce téléphone par les enquêteurs en vue de la confirmation ou non de cet appel téléphonique.
Dans les milieux des enquêteurs, l’on évitait d’aborder les orientations de l’exercice en cours. « Nous allons procéder à l’audition de tous ceux qui sont susceptibles d’aider à faire la lumière sur ce grave accident de travail et aucune piste ne sera écartée, même s’il y a lieu d’aller solliciter des Judge’s Orders », fait-on comprendre aux Casernes centrales sans apporter de précisions quant à la pertinence de cet appel téléphonique dans la séquence du drame.
Dans l’immédiat, l’accet est mis sur les directives à l’ingénieur Jootun et à son collègue pour se rendre à la sous-station d’Orléans pour des travaux de maintenance et également la nature de ces travaux. Les responsables de la station de Fort-Victoria doivent être entendus par le CID de Port-Louis Sud à cet effet pour démarrer cette enquête.
La crémation de l’ingénieur Ashwin Jootun, victime d’électrocution dans l’exercice de ses fonctions, a eu lieu hier après-midi à Chebel. De nombreux collègues et employés du CEB ont tenu à rendre un dernier hommage à la victime. Les parents de l’ingénieur s’interrogent encore sur cette électrocution cruelle.
En parallèle, la direction du CEB s’est réunie sous la présidence du Chairman, Balraj Narroo, pour faire un état des lieux de la situation après le drame de la sous-station d’Orléans et décider de la marche à suivre. Un comité de trois membres de la direction du CEB a été mis sur pied en vue de mener une enquête interne et faire des recommandations en matière de mesures de sécurité pour éviter toute répétition de ce genre d’incidents à l’avenir.
De par les dispositions de la loi sur la sécurité sur les lieux de travail, le ministère du Travail et des Relations industrielles est tenu à mener sa propre enquête dans tout accident de travail et surtout quand il y a mort d’homme.