En moins de six minutes hier, le Premier ministre et leader du Parti travailliste Navin Ramgoolam a administré un sévère ultimatum au président de la République sir Anerood Jugnauth, à la suite du vote secret du comité central du MMM sur le Remake 2000, selon le MSM/MMM, ou sur l’accord électoral MedPoint II, expression utilisée par l’hôtel du gouvernement. Il a acculé le chef de l’État en lui demandant de soit renier cet accord électoral avec l’opposition, soit soumettre sa démission.
L’escalade entre la Government House et la State House se poursuit ce matin avec le ministre des Administrations régionales Hervé Aimée s’affichant aux côtés des maires des cinq villes lors d’un point de presse pour contester la convocation servie par le président de la République dans le cadre de la révision du redécoupage électoral des arrondissements urbains. Pour sa part, le principal concerné, sir Anerood Jugnauth, s’est réfugié dans un mutisme conjoncturel dans cette guerre des nerfs à la veille de la visite d’État du président des Seychelles James Michel.
À la fin de sa déclaration, hier après-midi, à la Treaty Room du Prime Minister’s Office, Navin Ramgoolam a sommé le président de la république de sortir de son silence quant à ses projets politiques suite au vote 33/10 de samedi dernier. « Prezidan de la Repiblik pa kapav gard le silans, li bizin swazir ek si li pa inn donn so konsantman, li bizin denons bann azisman politik », a-t-il fait ressortir en s’appesantissant sur le fait que « notre régime constitutionnel prévoit un président de la République. Li bizin indepandan e rest o-desu de bann parti politik e an-deor politik partizann. He must not only be above politics but he must be seen to be above politics ».
« L’accord électoral MedPoint II et l’annonce de la candidature de sir Anerood Jugnauth au poste de Premier ministre entraînent incontestablement des conséquences graves pour les institutions et le pays », a ajouté le Premier ministre. Il a soutenu que « nous nous retrouvons avec deux possibilités, soit il a donné son feu vert à l’accord électoral MedPoint II soit il ne l’a pas fait. Le président de la République ne peut se complaire dans le silence. Il est de son devoir de dire s’il n’a pas donné son consentement et dénoncer ainsi les agissements politiques. Ou s’il est partie prenante des tractations, il n’a d’autre choix que de soumettre sa démission de la présidence de la République. C’est ce que souhaitent les Mauriciens ».
« Vous ne pouvez être président de la République et candidat de l’opposition pour le poste de Premier ministre. C’est totalement inacceptable car le président de la République est le garant de la Constitution. C’est une perversion de la fonction de président de la République et de nos institutions. Une telle démarche peut causer un tort immense à l’image du pays. Au nom du respect de la Constitution et des institutions, dont il est le garant et au nom de l’éthique et de la moralité politique, il doit démissionner s’il est partie prenante de l’accord électoral MedPoint II, il doit soumettre sa démission pour protéger l’image des institutions », a-t-il conclu.
L’une des premières réactions a été enregistrée lors des délibérations du bureau politique du MMM hier après-midi. « Prezidan kone ki li ena pou fer », aurait déclaré en substance le leader du MMM dans le sillage de la déclaration de Navin Ramgoolam. Les membres de cette instance du MMM ont pris note d’une reprise des contacts entre le MMM et le MSM pour aborder des aspects du Remake 2000.
Une réunion des dirigeants des deux formations politiques est prévue pour demain. En repoussant la balle politique dans les pieds du président de la République, le MMM ne compte pas faire d’autres commentaires jusqu’à vendredi prochain, quand le leader de l’opposition animera son point de presse hebdomadaire vu les manifestations de samedi pour marquer la Journée Internationale de la Femme.
De son côté, l’entourage de sir Anerood Jugnauth affirmait hier qu’il ne fallait pas s’attendre à être en présence de commentaires du président de la République dans l’immédiat. À la résidence du président, l’on répondait au téléphone que celui-ci n’était pas disponible, n’étant pas encore rentré chez lui.