Credit photo : Warren Lamport

L’ébauche d’un accord d’ouverture de notre Zone Economique Exclusive (ZEE) au Japon a été annoncée par le ministre des Affaires étrangères. Or, le pays du Soleil-Levant perpétue la pêche à la baleine, qui sillonne les eaux mauriciennes et dont plusieurs espèces sont menacées d’extinction. Les citoyens contestent unanimement ce projet. Un sit-in se tiendra, en ce sens, jeudi.

L’accord de pêche annoncé entre Maurice et le Japon offusque plus d’un. Le projet a été évoqué par le ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, lors de sa rencontre avec son homologue japonais, Masahisa Sato, le mardi 21 août.

Pour essayer de convaincre, l’argument d’une aide économique du Japon est brandi par les autorités. Mais au revers de la médaille, plusieurs questions sont soulevées, dont celles de surpêche et de pollution dans notre ZEE de 2,3 millions kilomètres carrés. Et, surtout celle concernant la pêche à la baleine, une pratique à laquelle s’adonnent les Japonais, bien que de nombreuses espèces de cétacés soient en danger d’extinction.

Crédit photo : Warren Lamport.

Dans divers milieux du Japon, la chasse à la baleine constitue une tradition qui se doit d’être préservée. Entre 200 et 1 200 baleines sont pêchées chaque année par les marins japonais. Pas plus tard que vers fin août, un convoi de navires japonais a rapporté 177 baleines au port de Tokyo, capitale du Japon.

Afin de contrer les normes internationales, le Japon justifie que la pêche à la baleine se fait « pour des raisons scientifiques ».

La Cour internationale de Justice, organe judiciaire de l’Union européenne, avait sommé le Japon en 2014 de mettre fin à ses campagnes de chasse régulières de baleines. La raison : ces campagnes ne correspondent pas aux critères scientifiques. « La science est claire : on n’a pas besoin de tuer des baleines pour les étudier ! », peut-on lire sur 20 minutes.fr.

A Maurice, la crainte que cette ouverture ne cause des dommages à l’écosystème marin de notre ZEE est largement éprouvée. « Notre territoire marin est menacé », avertit Judex Ramphul, président du syndicat des pêcheurs. « Le gouvernement se doit de protéger notre industrie locale avant d’octroyer des permis aux pêcheurs étrangers ».

Les baleines à bosses sillonnent nos eaux de juillet à octobre, en migrant vers le Sud du globe. Ici, une photo prise par Tony Ah Yu à Albion.

Depuis 1986, le Japon est signataire du moratoire sur la chasse de la Commission Baleinière Internationale (CBI), dont le but consiste à réguler la pêche à la baleine afin de la protéger. Cependant, le Japon plaide depuis de nombreuses années pour un assouplissement de ces lois.

D’ailleurs, la partie japonaise devrait présenter une demande de reprise partielle de la chasse commerciale à la baleine lors d’une réunion de la CIB, tenue en ce moment au Brésil. La décision est attendue pour cette semaine.

Comment les autorités mauriciennes parviendront-elles à réglementer la pêche si la motion du Japon et l’accord de pêche sont entérinés?

Pour Oliver Thomas, les autorités mauriciennes n’auront « aucun contrôle » sur les bateaux nippons. « Je suis totalement contre » cet accord, confie ce jeune engagé dans la protection de l’environnement et des animaux.

« Les pêcheurs locaux souffrent d’un manque d’outil primaire et du soutien nécessaire du gouvernement. L’Etat, de son côté, offre des contrats aux pêcheurs étrangers pour exercer dans nos lagons ; en plus à un pays comme le Japon, qui continue à tuer des cétacés malgré les nombreuses interdictions internationales », ajoute Oliver Thomas.

La chair de baleine constitue un met particulièrement apprécié dans au Japon. En mars de cette année, 333 cétacés avaient été ramenés au port de Tokyo. Source photo : internet.

Dans cette lutte, un collectif a vu le jour : Lavwa Losean. On y retrouve plusieurs associations, telles que le Syndicat des Pêcheurs, la coalition Arek Kokin Nou Laplaz, le parti de gauche Rezistans ek Alternativ et la Hotels and Restaurant Employees Union. S’y sont aussi regroupés des ONG, des plaisanciers et des écologistes de tout bord.

« Nous constatons qu’il y a une série de problèmes dans la manière dont le gouvernement gère nos océans », fait ressortir Stephan Gua, porte-parole de Lavwa Losean. « Ce collectif vise à dire non [à cet accord]. Jeudi nous déposerons une lettre au ministère de la Pêche pour faire part de notre recommandation de ne pas aller de l’avant avec ».

Judex Ramphul nous apprend qu’une réunion est prévue aujourd’hui, mardi 11 septembre, avec le ministre de la Pêche, Prem Koonjoo. L’un des objectifs : obtenir des éclaircissements sur cet accord avec le Japon. « Nous nous battons parce qu’il y à une pression qui règne sur notre ZEE », indique le président du Syndicat des Pêcheurs.

Des partis politiques ont, eux aussi, réagi à cette affaire. « Un accord de ce type devrait être scrupuleusement analysé, pour éviter tout dérapage comme la pêche baleinière », a déclaré Alan Ganoo, président du MP, lors de sa conférence de presse du samedi 8 septembre. Pour Paul Bérenger, leader du MMM, cet accord est « loin d’être signé » car, dit-il, « il n’ y a pas eu d’ébauche jusqu’à présent ».

Interrogé sur l’avancement des négociations auprès des autorités japonaises, le ministère des Affaires étrangères nous a précisé que cette question était « trop prématurée pour le moment ».

Malgré tout, la riposte citoyenne s’organise contre les prévisions du gouvernement « Lepep ». Sur les réseaux sociaux, une pétition circule en ce moment pour contrer cet accord – plus de 21 000 signatures ont été récoltées. D’autre part, un sit-in devrait se tenir ce jeudi 13 septembre au Jardin de la Compagnie pour tenter de décourager l’Etat d’emprunter cette voie.

L’affaire devrait causer d’importantes vagues qui atteindront certainement les cotes nippones.