À ce matin, le standard de la State House affichait invariablement un unique message à la presse après la déclaration officielle du Premier ministre Navin Ramgoolam et le move des maires des cinq villes visant à rejeter la convocation du président de la République pour une séance de travail sur le redécoupage électoral. « Aucune déclaration à faire », nous a répondu ce matin à 10 h  07 un membre du service de la présidence. Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que les deux principaux camps, soit l’hôtel du gouvernement et la State House, sont prêts pour un affrontement total avec la motion de censure annoncée par le leader de l’opposition Paul Bérenger pour la rentrée parlementaire du 20 mars. Entre-temps, l’hôtel du gouvernement est dans l’attente du « next Presidential move » pour décider de la marche à suivre, probablement après les fêtes nationales du 12 mars comme annoncé par le PM lors de sa déclaration de presse d’hier.
Dans le camp du MSM, dont les dirigeants sont en consultations depuis hier après-midi, après l’ultimatum de Navin Ramgoolam à sir Anerood Jugnauth, l’on se refuse dans l’immédiat à faire des commentaires dans la conjoncture politique. « Nous n’allons pas faire de déclarations pour l’instant », a soutenu une des sources autorisées au Sun Trust Building.
De son côté, le président de la République s’est rendu ce matin à la State House comme d’habitude. « Le président de la République est en réunion avec les officiels. Le message officiel est qu’il n’y a aucune déclaration de la présidence à ce stade. Essayez de rappeler dans l’après-midi », a fait comprendre le préposé au standard de la State House.
D’autres sources proches de sir Anerood Jugnauth, approchées par Le Mauricien, avancent qu’il ne faut pas s’attendre à des réactions de la part du premier nommé pour l’instant. « Il ne faut pas s’attendre à voir le président de la République faire de déclarations ou encore démissionner de ses fonctions », devaient-ils rajouter en laissant entendre que l’heure de l’affrontement a déjà sonné.
Au sein de l’opposition, une des analyses du stand du Premier ministre sur le vote secret du comité central du MMM sur le Remake 2000 est que Navin Ramgoolam a voulu anticiper le prochain move parlementaire du leader de l’opposition, qui n’a pas écarté la possibilité d’une motion de blâme contre le gouvernement à la rentrée parlementaire prévue pour le 20 mars. Dans cette perspective, vu la faible majorité numérique du gouvernement, la présence de sir Anerood Jugnauth au Réduit est perçue par l’hôtel du gouvernement « comme un véritable danger ».
Bras de fer
« Imaginons que le gouvernement perde sa mince majorité à l’Assemblée nationale et que sir Anerood Jugnauth soit toujours à la State House. Rien ne pourrait l’empêcher de demander au leader de l’opposition d’essayer de constituer un gouvernement au lieu de dissoudre l’Assemblée nationale, avec Navin Ramgoolam renvoyé dans les rangs de l’opposition. En tentant de pousser sir Anerood vers la porte de sortie avant la reprise des travaux parlementaires, le Premier ministre prend une assurance tous risques contre un tel scénario. Un président autre que sir Anerood pourrait être plus conforme aux dispositions de l’hôtel du gouvernement en cas d’échec lors des débats sur toute éventuelle motion de censure », suppute-t-on dans les rangs de l’opposition, confirmant que le bras de fer entre Navin Ramgoolam et sir Anerood Jugnauth ne fait que commencer.
À la mi-journée, l’hôtel du gouvernement était toujours dans l’attente des premières réactions de sir Anerood Jugnauth. L’urgence tourne autour du programme des célébrations pour les fêtes nationales du 12 mars et la visite d’État du Chief Guest, le président des Seychelles, James Alix Michel. En cas de départ de sir Anerood Jugnauth, le premier rôle devra revenir à la vice-présidente de la République Monique Ohsan-Bellepeau.
Avec les dernières tendances depuis hier après-midi, l’hôtel du gouvernement devra concéder qu’il faudra faire avec sir Anerood Jugnauth toujours en tant que président de la République. Ce dernier maintenant sa position, le Premier ministre ne dispose pas de marge de manoeuvre pour le faire partir avant le 12 mars. « Cette possibilité a été incorporée dans le scénario du gouvernement car il ne faut pas occulter le fait que Navin Ramgoolam évitera à tout prix de commettre de faux pas constitutionnel et qu’à la fin de sa déclaration, il avait dit qu’il pourrait revenir avec d’autres déclarations politiques après le 12 mars », souligne-t-on à l’hôtel du gouvernement.
Toutefois, le premier test avant les sorties officielles du 12 mars pourrait intervenir dès jeudi, avec la séance de tête-à-tête à la State House entre le président de la République et le Premier ministre en vue de la réunion du conseil des ministres de 14 heures, vendredi, en raison des célébrations nationales dans les institutions scolaires vendredi matin.
Deux écoles de pensées coexistent à l’hôtel du gouvernement quant à la tenue de cette réunion hebdomadaire. Les faucons avancent que Navin Ramgoolam ne devrait pas faire le déplacement à Réduit jeudi matin en l’absence de toute déclaration du président de la République. Par contre, l’autre camp trouve que le Premier ministre devra rencontrer sir Anerood Jugnauth pour lui faire part de ses commentaires viva voce et « réitérer son ultimatum au cas où le président de la République aura donné son feu vert à l’accord électoral MedPoint II ».
À la mi-journée, aucune décision n’avait été prise à ce sujet sauf que le mot d’ordre au sein du Parti travailliste était d’accentuer la pression sur le président de la République. Ainsi, le président du Labour est monté au créneau pour souligner ce qu’il considère être une première dans les annales politiques.
« C’est un cas unique au monde. Un président de la République en fonction accepte d’être le Premier ministre fantôme d’une alliance de l’opposition. C’est le plus mauvais signe en politique que l’on puisse donner aux jeunes à la veille des célébrations nationales pour marquer l’anniversaire de l’indépendance. L’hygiène politique demande autre chose de la présidence de la République. Il ne faut pas pour autant oublier que le silence de sir Anerood Jugnauth sur l’accord électoral MedPoint II est davantage embarrassant pour le MMM », s’est appesanti Patrick Assirvaden.