La Private Notice Question (PNQ) du leader de l’Opposition, Paul Bérenger, était aujourd’hui consacrée à l’accord signé récemment avec le gouvernement indien sur le développement d’Agalega. Initialement adressée au Premier ministre, la question a été répondue au grand dam de Paul Bérenger, par le ministre de l’Économie océanique, Prem Koonjoo. Cependant, « l’incapacité » du ministre à répondre à la question autour de la sécurité en lien avec cet accord a plus qu’irrité le leader de l’Opposition.
Paul Bérenger : Au regard de l’accord sur le développement d’Agalega qui a été récemment signé entre Maurice et l’Inde, le Premier ministre donnera-t-il a) des détails y relatifs, indiquant s’il inclut i) toute forme de Lease Agreement et ii) la création d’une Coastal Surveillance Radar Station à Agalega et si l’accord exigerait que Maurice rejoigne l’India’s Regional Radar Network ou encore la Trilateral India-Sri Lanka-Maldives Regional Security Cooperation? et b) soumettra-t-il une copie de cet accord ?
Prem Koonjoo (répondant à la place du Premier ministre en sa présence) : Agalega a été trop longtemps négligé sur le plan du développement socio-économique et particulièrement en termes d’infrastructures. La jetée existante mesure seulement 60 mètres de long et date de 1985. « La jetée est en très mauvais état et il est plus qu’impératif qu’un quai approprié soit construit. Des réparations ont été faites à la jetée en 1992, 2003 et 2013 après le passage du cyclone Dumele. C’est la seule facilité disponible pour l’embarquement et le débarquement des marchandises et des passagers. Le MV Mauritius Trochetia se positionne à quelque 400 mètres de la jetée. Durant certains voyages dans le passé, à cause du mauvais temps, le MV Mauritius Pride et le Mauritius Trochetia ne pouvaient jeter l’ancre et ont dû continuer à naviguer pour débarquer et embarquer les marchandises et les passagers en haute mer. Autre désavantage majeur à Agalega : la piste d’atterrissage qui a cruellement besoin de rénovation. Actuellement, seuls des petits avions comme Le Dornier peuvent atterrir à Agaléga.
Il est bien de noter que dans le contexte des longues relations entre l’Inde et Maurice, l’Inde a bienveillament signé un accord avec Maurice durant la visite du Premier ministre indien.
L’accord fait mention de problèmes infrastructurels confrontés par les Agaléens. Le contenu de l’accord est comme suit : 1) la construction d’une jetée, b) la rénovation et le repavage de la piste sur une longueur maximale de 4 000 pieds, qui pourra accueillir deux avions de type Atr 42, l’installation d’un générateur d’environ 300kw, la création d’un Water Desalination Plant d’une capacité approximative de 60 tonnes par jour, la construction d’un National Coast Guard Post comprenant des facilités de réparation basique.
Sous cet accord, le gouvernement indien financera le projet à hauteur de US $ 18 millions et offrira de même un personnel approprié avec les expertises et expériences nécessaires pour aider dans la mise en oeuvre des projets.
Je voudrais faire ressortir que l’accord entre Maurice et l’Inde ne comprend aucun bail sous une quelconque forme. Concernant la deuxième partie de la question (la création d’une Coastal Surveillance Radar Station à Agalega), la réponse est non.
Après sa réponse liminaire, le ministre soumet une copie de l’accord à l’Assemblée nationale.
Se montrant a priori satisfait du fait qu’à ce stade il n’y a aucun bail prévu dans l’accord, Paul Bérenger revient tout de suite à la charge en demandant pourquoi le ministre n’a pas répondu à l’autre partie de sa question autour de la sécurité alors que le ministre a déjà réagi par la négative. Le ministre Koonjoo soulignera que l’accord apportera des bénéfices mutuels aux deux pays et que ce sera fait en parfait accord avec l’intégrité territoriale.
Le leader de l’Opposition demandera ensuite s’il y a eu un accord séparé qui a été signé, à quoi le ministre répondra par la négative. Paul Bérenger de demander alors au ministre s’il a vérifié auprès du Premier ministre concernant la question de Coastal Surveillance Radar Station. Le ministre de répondre : « Je répète, la réponse est non ». Bérenger de clarifier le propos de sa question : « Nous avons d’excellentes relations avec l’Inde. Tout le propos est de donner l’occasion au Premier ministre de clarifier la situation : où nous situons-nous ? Puis-je demander au ministre d’être plus précis ? Est-ce que la partie indienne a suggéré une telle chose ? ». Prem Koonjoo, de reprendre : « Aussi longtemps que je sache, il n’y a pas eu de requête en ce sens. Aussi longtemps qu’il s’agisse de questions autour de la sécurité, j’en laisse le soin au Bureau du Premier ministre ». Le leader de l’Opposition s’emporte : « Voilà pourquoi la question était adressée au Premier ministre ! Je pose la question clairement : y a-t-il un accord quelconque proposant un système de radar à Agalega ? ». Ne sachant plus quoi répondre face au martèlement de cette question du leader de l’Opposition, le ministre finit par être confus : « J’ai dit que je ne sais pas. J’ai dit qu’il n’y a pas de proposition de système de radar. Je ne sais pas ». Le député mauve, Veda Baloomoody, de commenter : « Asize, si pa kone ». Et Bérenger de fustiger par là même : « Nous sommes en train de parler de sécurité ». La speaker, Maya Hanoomanjee, finit par tenter de trancher demandant au leader de l’Opposition : « D’après ce que j’ai compris, vous n’avez plus d’autres questions. Pouvez-vous vous tenir debout et me dire si vous avez une autre question ». Le leader du MMM, très remonté, répond : « J’ai déjà dit que je ne gaspillerai pas de mon temps en posant une autre question. Le ministre ne peut répondre à ma question ».