• Parallèlement, le nombre global de kilomètres de routes n’a augmenté que par 31%
  • Déjà, en 1975, le député Raymond Rivet (UDM) prévoyait la pire faute de mesures adéquates

En 20 ans, de 1997 à 2017, le parc automobile mauricien a connu une croissance de 152%. Parallèlement, entre 1996 et 2016, le nombre global de kilomètres de routes à Maurice n’a augmenté que par 31%. Rien qu’en 2016, la facture pour l’importation des carburants automobiles a été de plus de Rs 9 milliards. Congestion routière, accidents en nette hausse, pollution de l’air, facture pétrolière de plus en plus lourde: les conséquences d’une telle hausse fulgurante du nombre de véhicules sur nos routes sont nombreuses. Enquête…

Comme l’atteste le Hansard, Raymond Rivet, alors député UDM de Beau-Bassin / Petite-Rivière ne croyait pas si bien dire à l’Assemblée législative le 27 juin 1975, soit il y a de cela 43 ans. Intervenant sur le projet de Motorway Through Port-Louis, le député de l’opposition avait eu cela à dire : “Il y a un problème qui devient de plus en plus aigu à Maurice et qui va se compliquer avec les années: c’est le problème de la circulation et du parking des voitures. Cela affecte tout particulièrement Port-Louis, et je crois qu’il serait bon qu’on prenne, une fois pour toutes, des mesures pour résoudre le problème de la circulation routière à travers Port-Louis et aussi le problème de parking.”

Plus loin, dans son intervention, le député Rivet dira, toujours de manière tout aussi prophétique, en ces termes: “M. le Président, sur cette question de circulation routière, il faut se rendre compte d’une chose: c’est que la décision qui va être prise aujourd’hui est une décision qui devrait être valable en l’an 2000 et en l’an 2025.” (…) “S’il faut dépenser, qu’on dépense l’argent nécessaire, mais qu’on fasse ce qu’il faut faire, d’autant plus qu’avec les années, les prix vont augmenter et tout va coûter de plus en plus cher”… Rebaptisé Port-Louis Through Road, le fameux Motorway Through Port-Louis ne devait, finalement, être construite qu’en 1987.

Aujourd’hui, 30 ans plus tard, au vu de l’accroissement phénoménal du parc automobile, la fameuse “Route de l’an 2000” traversant la capitale est déjà largement surencombrée, particulièrement aux heures de pointe du matin et de l’après-midi, pour ne pas dire, tout au long de la journée en semaine. La vérité des chiffres permet d’appréhender la hausse conséquente du nombre de véhicules automobiles sur nos routes ces dernières années. Ainsi, selon les statistiques officielles, en 20 ans, de 1997 à 2017, le nombre total de véhicules sur les routes mauriciennes est passé de 210 922 à 531 797, soit un accroissement de l’ordre de 152% (320 875 véhicules de plus en termes absolus).

Pour ne prendre que les seules voitures, 4X4 et autres véhicules utilitaires, et en excluant les poids lourds et les deux-roues, durant la même période de 20 ans, le nombre de véhicules est passé de 75,440, en 1997, à 272,213, en 2017, soit une hausse de 260% (196 773 voitures, 4X4 et véhicules utilitaires de plus). Et ça n’en finit pas: à juin de cette présente année 2018, le parc automobile mauricien comprenait 543 623 véhicules, soit, 11 826 (2,2%) de plus qu’à fin décembre 2017. Bien évidemment, cet accroissement exponentiel du parc automobile en quelques décennies pose, d’abord et avant tout, un sérieux problème d’embouteillage.

Cela est d’autant plus vrai qu’il n’y a eu aucune commune mesure, d’une part, dans l’accroissement du parc automobile, de l’autre, dans l’augmentation du réseau routier à travers l’île. Ainsi, de 1996 à 2016, si le nombre de véhicules sur nos routes s’est accru par 153% (307 356 véhicules de plus), durant la même période, le nombre global de kilomètres de routes à Maurice n’a augmenté que par 31% (seulement 597 km de routes additionnelles durant cette même période de 20 ans). Ce qui fait qu’en matière de densité de trafic, le nombre de véhicules par km de routes est passé de 105 en 1996 à 202 en 2016.

Outre les prix cassés pratiqués par certains revendeurs de véhicules reconditionnés dont la fiabilité est remise en question par certains experts, d’autres facteurs expliquent cet engouement pour les uns et les autres de s’acheter sa propre voiture. Il y a, d’abord, le présent système de transport en commun qui demeure encore très inefficient comme l’illustre l’existence même du système de taxis marrons. Succombant à la dictature du paraître, d’autres résistent difficilement à l’envie de faire comme les autres. Les moutons qui veulent toujours joindre le troupeau ne sont, en effet, souvent pas ceux que l’on croit…

Dans un pays avec pourtant un taux aussi élevé de maladies non transmissibles, il paraît que cela fait plus classe de faire 100 mètres en voiture chaque matin pour aller prendre ses pains à la boutique du coin ! De manière plus sérieuse, avec le Metro Express et sa voie propre qui pointe à l’horizon, les autorités devront, tôt ou tard, trancher le noeud gordien et prendre les mesures qui s’imposent. Il y va de la viabilité même de ce projet. D’ailleurs, dans son projet à lui de métro léger, le précédent gouvernement PTr/PMSD n’avait-il pas prévu d’introduire un droit de péage à l’entrée de Port-Louis ?

DE 1996 À 2016 : 97% d’accidents de plus rapportés

En réponse à la simple logique de la bonne vieille probabilité, qui dit routes de plus — d’autant plus engorgées par un nombre sans cesse accru de véhicules — dit nombre d’accidents en hausse. Ainsi, de 14 845 à 1996, en 20 ans, le nombre d’accidents rapporté sur nos routes est passé à 29 277, en 2016, soit une hausse conséquente de 14 432 accidents (97%). L’an dernier (2017), des 29 627 accidents globalement enregistrés, l’on dénombrait 152 accidents fatals et 461 autres ayant occasionné des blessures sévères. A fin juin, en cette année 2018, 79 accidents fatals avaient déjà été enregistrés.

Même si l’on peut toujours arguer qu’en matière d’accidents mortels, nous ne sommes pas encore parmi les tous derniers de la classe, avec un taux de décès annuel de 11,8 pour chaque 100 000 habitants (statistiques de 2016), Maurice a encore énormément à faire pour atteindre la fourchette de 3,4 à 5,4 pour 100 000 habitants des mieux classés en la matière que sont, notamment les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède.