GIOVANNY COTTE

Les images parlent d’elles-mêmes. Maisons inondées, rues impraticables, cours gorgées d’eau. Le spectacle est désolant et les souvenirs des inondations du 30 mars 2013 redeviennent vivaces. Le passage du dernier cyclone, Berguitta, est venu de nouveau nous rappeler à quel point notre statut d’homme est infiniment fragile face à la déferlante d’une nature lorsque celle-ci décide de devenir hostile. Plusieurs raisons, dont le changement climatique, sont avancées pour expliquer ce phénomène. D’un point de vue strictement lambda, on pourrait relever d’autres éléments susceptibles d’avoir contribué au fait qu’aujourd’hui nous subissons des phénomènes que nous n’avons jamais observés des décennies auparavant. Ces phénomènes, parfois prévisibles, émanent d’une construction sauvage, d’une inconscience ou encore d’une insouciance.

Le changement démographique

Il fut un temps où les gens vivaient soit dans les villes soit dans les villages connus. Nous constatons une évolution démographique entre ces deux entités. Les gens vont vivre désormais dans des zones qu’ils considéraient à l’époque comme peu habitables et qui sont aujourd’hui périphériques à celles prisées jadis. Le phénomène des lotissements et l’arrivée de nouvelles routes ont d’ailleurs désenclavé certaines régions, comme Côte D’Or et Cascavelle. C’est ainsi que nous voyons “pousser” des maisons un peu partout et parfois sur des terrains autrefois marécageux (Flic-en-Flac) ou à flanc de montagne (Sorèze, Tamarin, Corps de Garde, etc.). Ce qui fait que nous avons de nos jours, à l’emplacement des nouvelles maisons, des terrains qui ont servi auparavant à drainer ou à absorber le surplus d’eau. Par conséquent, en temps de pluies, certaines maisons se retrouvent inondées surtout lorsque les nappes phréatiques ne parviennent plus à absorber une trop grande quantité d’eau.

Le bétonnage

Depuis le passage de gros cyclones, la population mauricienne a opté pour la structure en béton afin de ne plus revivre les affres du passé. Ceci pour diminuer aussi le coût de la maintenance mais surtout pour avoir une bâtisse plus solide face aux vents que peut subir une île tropicale comme Maurice. Il en va de même pour les murs des cours. Si dans le passé les murs des cours étaient constitués notamment d’une allée de bambous ou de raquettes (Opuntia / Figuier de Barbarie), qui permettait l’excédent d’eau de sortir de la cour en passant en dessous, aujourd’hui avec les murs en béton l’eau stagne, ne pouvant sortir. Dans les rues, l’opposition de deux murs en béton fait parfois office de canal, ce qui fait que l’eau ne se disperse pas mais va en aval où elle provoque un petit lac dans la partie basse d’une région, tout comme l’autoroute à Camp Chapelon.

La topographie

De par la nécessité d’avoir sa propre maison et le prix assez conséquent du marché, on est parfois à la recherche du meilleur rapport prix, superficie et région, et ce sans pour autant prendre, malheureusement, la topographie du terrain en compte. C’est ainsi qu’on voit parfois des maisons construites dans des parties très basses d’une région ou sur des terrains inférieurs au niveau de la chaussée. Ce qui est en partie propice à l’accumulation d’eau.

Une architecture oubliée

Comparativement aux autres cultures, nous avons également une architecture propre à nous qu’on tend à oublier. Celle des maisons créoles. Dans sa genèse, ces maisons avaient une architecture faite pour s’adapter aux conditions climatiques de l’île. Ayant un toit incliné pour l’évacuation de l’eau, elles comportaient également beaucoup d’ouvertures pour la lumière et l’aération mais surtout possédaient une base d’au moins un mètre à hauteur du sol souvent composé de pierres dont l’importance était d’éviter toute montée d’eau. Cette architecture est sans nul doute aussi une des plus écologiques. Or, aujourd’hui dans cette quête d’esthétisme, style faisant parfois preuve d’absence d’architecture tout court, certaines constructions se font sans prendre en considération les risques climatiques potentiels surtout lorsqu’il est question de réduire les coûts. Parmi les maisons inondées, se retrouvent ainsi souvent celles construites sans une base élevée.

Non-suivi des constructions ?

Hormis les constructions soumises à un cahier des charges strict, on se demande si dans bon nombre de cas, il y a eu un suivi des constructions et des normes à respecter de la part des autorités compétentes, notamment pour l’ajout d’une nouvelle pièce à une maison – chose très courante à Maurice.

Non-respect des lois

Suivant les récentes inondations, des doléances ont été émises quant au manque de drains. Il est certain qu’il n’y en a pas assez mais quand il y en a, ils sont souvent obstrués par des immondices relevant de l’incivisme de certains. Pour en avoir, il faut aussi l’espace pour le faire. En zone urbaine comme en région rurale, on peut aussi noter que des constructions sont faites quasiment en bordure de route sans pour autant respecter la distance légale obligatoire entre le mur et la rue (par exemple : Route Hugnin, Rose-Hill, entre autres). Du coup, il y a des endroits où il faut tout casser pour mettre des drains ou des trottoirs.

Une main-d’œuvre 

pas souvent qualifiée

La main-d’œuvre est le poumon de toute construction. Si on a de bons ouvriers en bâtiment, on aura certainement une bonne bâtisse. Une des problématiques que rencontrent bon nombre de personnes construisant une demeure est le changement de maçons au cours des travaux, et ce en raison d’un manque de sérieux ou pour défaut de construction. Cela résulte par la suite en un rattrapage du travail fait ou mal fait d’autant s’il n’existe pas de véritable plan du bâtiment. Et c’est ainsi qu’on a parfois affaire à des ouvriers incompétents. Sans compter les mœurs locales, soit l’appel à un oncle, cousin, voisin, si ce n’est pas un ouvrier étranger du textile à ses heures perdues, à moindre coût, pour une construction avec pour effet les décisions prises et des travaux ressemblant plus à du bricolage. Ce n’est que pendant des jours de pluie qu’on note la qualité du travail.

Chauve-souris, des “envahisseurs” lanceurs d’alerte

Il est connu que ceux qui sentent mieux la nature, ce sont les animaux. Tout comme lors du tsunami en Asie, où on avance que les animaux avaient quitté les lieux bien avant la catastrophe, ici, nous avons le phénomène des chauves-souris qu’on trouve envahissants. Si ces derniers sortent de leurs zones d’habitation pour trouver de la nourriture, cela doit être en quelque sorte des signes d’un manque d’espaces verts. Là où ces bêtes mangeaient, se trouvent désormais des lotissements, des maisons. La réduction de leur espace naturel renvoie aussi à une diminution d’éléments, tels les bois et forêts, pour la rétention d’eau. Mais nous sommes aujourd’hui tellement tournés vers d’autres choses qu’on ne sait plus écouter, voir et sentir les choses qui auparavant nous semblaient instinctives.

En conclusion de cette petite observation, on peut déduire que même s’il existe un effet climatologique, nous ne pouvons plus nous voiler la face et nous cacher derrière cette excuse. Nous avons notre part de responsabilité pour avoir souvent pensé qu’à nous. Les autorités ont leurs parts de responsabilités pour avoir été laxistes par moments et n’avoir pas été assez prévoyantes, notamment en octroyant des permis. Ceux à la tête du pouvoir se sont laissés convaincre par des lobbies économiques. En somme, tant qu’il fera beau, tout ira bien. C’est lorsque l’eau sera à nos chevilles, que le réveil deviendra brutal !