Les légumes et fruits ont fait leur apparition, depuis quelques années, dans les supermarchés du pays. Jouant sur le cachet qualité/prix, les grandes surfaces ont boosté leur chiffre d’affaires à travers la vente de produits à valeur ajoutée. Barquette de légumes, salade de fruits locaux, tout y passe… laissant au tapis, ceux qui sont installés sur les tables des marchés.
Les légumes et les fruits sont des aliments incontournables de notre alimentation. Leur achat, autrefois effectué dans les marchés ou les « ti-bazars » se fait aujourd’hui, également, au sein des grandes surfaces. Cet « abandon » des Mauriciens pour les marchés et les foires est ressenti par les maraichers de l’île. Logi, marchand de légumes au forum de Forest-Side depuis plus de vingt ans, dresse un tableau sombre de la situation. Pour lui, jamais la situation n’a été aussi critique. Il accuse une baisse de 50 % dans ses ventes et son chiffre d’affaires. Il affirme d’ailleurs avoir réduit la quantité de légumes qu’il amène au marché pour les vendre. Même son de cloche au marché de Port-Louis, bien que selon Isoop Soobadar, président de la Market Traders Association (MTA), « la qualité des produits est irréprochable ».
Succès
Cet engouement pour l’achat de fruits et légumes dans les supermarchés est dû aux nombreux services dont disposent les grandes surfaces. Winners, dont la chaine de supermarchés écoule des légumes et fruits depuis sa création (depuis 20 ans) a su se positionner par rapport à la demande. Shah-Nawaz Shakhun, Operations Manager pour cette chaine de supermarchés, témoigne. « La section fruits et légumes est une partie incontournable d’un supermarché. Ce n’est pas un choix en particulier, mais plutôt une logique car l’intérêt d’un supermarché est de regrouper tout ce dont une ménagère a besoin sous un seul toit », dit-il. Observant l’évolution de la société mauricienne, ce dernier explique que le Mauricien souhaite économiser du temps. « Le temps c’est de l’argent. En sortant du travail, la ménagère espère gagner du temps en faisant ses courses tout en procédant à l’achat des légumes et fruits », explique notre interlocuteur en évoquant les diverses facilités qu’offre une grande surface (aire de stationnement, entre autres).  
Ainsi, depuis plusieurs années, la vente de légumes et fruits en grande surface a connu une évolution constante. La séduction s’est faite « petit à petit ». D’ailleurs, la majorité des grandes chaines se prêtent au jeu. De la vente des légumes de base aux barquettes de légumes, de fruits ou encore de salades et menus composés, le consommateur a aujourd’hui le choix.
Malini Armoogum, femme au foyer, a changé ses habitudes d’achat. Autrefois elle allait au marché, mais le samedi matin, c’est désormais c’est dans les rayons des supermarchés qu’elle achète ses fruits et légumes. Sen Coopan a adopté la même habitude. Bien que son bureau se trouve dans la capitale, ce cadre d’une quarantaine d’années dit « ne pas avoir de temps à perdre pour aller jusqu’au marché central ». « Avant de quitter la maison le matin, ma femme me fait sa liste de commissions à prendre pour le repas du soir ou pour les menus de la semaine. J’en profite durant ma pause déjeuner pour procéder aux achats. Le supermarché pour moi, ne présente que des facilités. C’est un achat à un meilleur prix, dans le confort et de meilleures conditions », explique-t-il.
Logi est également de cet avis. L’insalubrité des marchés et les conditions de travail des maraichers ne facilitent pas l’achat. « On est abruti par ces cris et les marchands des deux côtés », confirme d’ailleurs M. Coopan. D’où l’appel de détresse de ce maraicher de Curepipe pour le nettoyage du marché et la révision de l’emplacement des étals.
Rapport qualité/prix
L’environnement sain est un élément qui, certes, joue en la faveur des grandes surfaces. Mais, le rapport qualité/ prix est également important. Revenant sur la philosophie de Winners, Shah-Nawaz Shakhun explique que la chaine de supermarchés encourage les petits planteurs à venir livrer leurs produits aux supermarchés. « Ce qui permet aux petits planteurs de travailler. C’est une win-win situation ». Le délai entre la cueillette et la mise en rayon garantit la qualité des produits, ce qui est un atout majeur pour les grandes surfaces. Toutefois, pour les fruits, c’est une autre pratique qui a cours. Le tarif est centralisé et ils sont revendus à meilleur marché sur les rayons. « Cela nous permet d’avoir des produits frais, à un meilleur prix, ce qui attire notre clientèle », soutient notre interlocuteur.
Mais du côté de la Market Traders Association (MTA), c’est un autre son de cloche. Reprenant son poste de président, Isoop Soobadar fustige le prix élevé pratiqué par les supermarchés. Il dit noter une hausse de plus de 35% dans la vente de certains légumes. Défendant son territoire, il nous parle des avantages des achats au marché central. L’abondance des légumes permet d’avoir n’importe quels légumes et fruits. « Ce qui n’est pas le cas dans les supermarchés », dit-il. Isoop Soobadar appelle les consommateurs à être vigilants : « Certains supermarchés, lorsque leurs fournisseurs ne livrent pas à temps, viennent acheter des légumes au marché pour les revendre à un prix plus élevé dans les grandes surfaces ».
Jayen Chelum, secrétaire général de l’Association des Consommateurs de l’Ile Maurice (ACIM), évoque, pour sa part, l’aspect social de tout achat. C’est avec un sentiment partagé entre les marchés et les grandes surfaces qu’il conseille la prudence aux consommateurs. Vantant l’aspect social de tout achat et appelant à la responsabilité sociale, il conseille le « départage » des achats afin que le chômage ne gagne pas du terrain. « Si les consommateurs dépensent tout leur argent sous un seul toit, nous pourrons nous retrouver nez à nez avec une crise sociale. Qu’adviendra-t-il des maraichers, des planteurs et leurs familles s’ils n’arrivent pas à gagner leur vie ? ».