Petite balade dans les rues de Boston, États-Unis. Où le promeneur mauricien voit, ébahi, quelques personnes en train d’acheter du gandia, en toute décontraction, à quelques mètres d’un groupe de policiers en patrouille. Rien de bien étonnant à cela apparemment: à partir du 1er juillet prochain, l’Etat de Massachusetts, où se trouve Boston, mettra en application sa décision de légaliser la marijuana sur son territoire. Et cela ne peut manquer de nous interpeller, alors que le Kolektif 420 a organisé hier, à Port-Louis, la Global Marijuana March, pour demander que le cannabis soit enlevé de la Dangerous Drugs Act. Gandia, cannabis, marijuana: autant de mots pour désigner la substance extraite de cette plante classifi ée comme drogue douce.

A la base de réalités en pleine mutation à travers le monde. En ce qui concerne Maurice, l’association Prévention Information et Lutte contre le Sida (PILS) rappelle, dans un communiqué émis cette semaine, que depuis 2013, avec son partenaire le Collectif Urgence Toxida (CUT), ils n’ont eu de cesse de dénoncer l’échec des politiques répressives à travers la campagne «Support don’t punish». Car la stratégie répressive qui s’est intensifiée chez nous depuis les années 80 a eu pour conséquences, selon ces deux associations, une criminalité en hausse, une augmentation d’overdoses et de contamination par le VIH et le VHC, une augmentation de la pauvreté chez les personnes qui ont fait de la prison. «Plus de 40 ans après la promulgation de ces lois répressives, ni la consommation ni le trafic n’ont diminué à Maurice.

La répression a par ailleurs marginalisé et discriminé une partie non-négligeable de la population», dénonce le communiqué de PILS. Dans son argumentaire, l’association cite notamment le cas du Portugal. Pays qui était le plus touché par la consommation d’héroïne en Europe et qui battait des records de transmission du VIH par voie intraveineuse. En 2001, le Portugal a décidé une décriminalisation de la possession et de la consommation de toutes les drogues. Le résultat aura été non une augmentation mais une baisse de la consommation problématique des drogues, une baisse du nombre de crimes et d’arrestations liées aux drogues, moins de cas d’overdose, et une réduction de 90% des nouveaux cas de VIH et des hépatites virales.

On pourrait aussi citer le cas des Pays Bas qui ont, depuis 1976, mis en place des cafés proposant des drogues douces en vente libre, ce pour casser les réseaux clandestins et réinsérer les jeunes qui en étaient la proie. Aujourd’hui, un nombreux tourisme va voir de près les fameux coffee shops d’Amsterdam. Ville qui affi cherait un taux de criminalité inférieur à celui de la majorité des grandes villes européennes. Alors que selon les études offi cielles, les Néerlandais consommeraient moins de drogues que leurs voisins européens. La question de la légalisation du cannabis se pose aujourd’hui comme une vraie question d’actualité. A partir du 1er juillet prochain, le Canada mettra en place une régulation totale du marché du cannabis (production, vente et consommation) au même titre que l’alcool. Aux États-Unis, neuf États ont récemment autorisé la vente du cannabis récréatif. Parmi, la Californie, qui en a totalement légalisé l’usage récréatif depuis le 1er janvier dernier, après en avoir autorisé l’utilisation médicale depuis 1996. Pas moins de 37 autres États américains autorisent la marijuana médicale à des degrés divers.

Il y a de plus en plus d’études et d’arguments allant dans le sens de la reconnaissance des vertus thérapeutiques du cannabis, mettant en avant ses vertus inégalées dans le traitement d’un certain nombre de maladies et pathologies. Pourtant, chez nous par exemple, l’opposition à sa légalisation reste forte. Sans doute parce que beaucoup estiment que le cannabis serait un «gateway drug», menant à l’usage de drogues plus dures. Alors même que les tenants de la légalisation mettent en avant des études montrant que le cannabis serait au contraire davantage un stoppeur de drogues dures. Mais il faudra bien qu’à un moment ou à un autre, nous acceptions de faire face à notre grande hypocrisie sur la question du gandia. Cette hypocrisie qui refuse par exemple de reconnaître qu’à «usage médical» et «usage récréatif», il faudrait aussi peut-être rajouter «à usage religieux». Comme le raconte de façon si expressive le livre «Misyon Garson» de Lindsey Collen paru en 1996. Cette hypocrisie qui refuse de voir la criminalisation répétée de personnes en situation socio-économique défavorisée. Cette hypocrisie qui refuse de considérer l’enjeu de santé publique qu’est devenue cette question. L’hypocrisie qui joue à faire semblant de ne pas considérer l’aspect économique d’un trafic qui bénéficie aux plus puissants. En février 1999, Kaya est mort en prison après avoir fumé un joint en public. Près de 20 ans après, et bien d’autres dégâts, sommes-nous à même de cesser de jouer à l’autruche?