Plus d’un an après l’arrestation de douze Somaliens âgés de 20 à 45 ans, poursuivis pour acte de piraterie en haute mer, et après d’importantes dispositions prises pour accueillir les douze hommes, la magistrate Wendy Rangan, qui a présidé ce procès, a rendu son jugement ce matin. Elle a statué que la poursuite n’avait pas fourni suffisamment de preuves pour prouver la culpabilité des accusés, surtout en prenant en considération le chef d’accusation porté contre eux.
Les douze Somaliens étaient accusés d’avoir attaqué le bateau MSC Jasmine, battant pavillon de la République française, avec des armes à feu. Ce matin, la magistrate Wendy Rangan, aux côtés du magistrat Azam Neerooa, devait lire en cour le jugement comportant plusieurs pages, analysant toutes les preuves présentées en cour par les avocats de la poursuite et de la défense. La défense, relève-t-elle, a fait remarquer que selon les preuves présentées par la poursuite, il n’y a pas eu « full act of piracy but an attempt at piracy » ce qui ne concorde pas avec le chef d’accusation. La magistrate affirme sur ce fait, en prenant en compte toutes les preuves avancées lors de ce procès, que la poursuite n’a pu prouver « beyond reasonable doubt » que ces pirates s’étaient engagés dans un acte criminel en haute mer.
Pour rappel, les Somaliens ont débarqué à l’aéroport de plaisance le 25 janvier 2013, à bord d’un appareil militaire. Après avoir été informés de l’accusation portée contre eux, ils avaient été placés au centre de détention d’Alcatraz avant d’être transférés dans une section spécifique à la prison centrale de Beau-Bassin pour le reste de leur séjour forcé à Maurice.
Le procès intenté par le ministère public aux douze hommes a débuté en Cour intermédiaire en octobre 2013. Les dépositions des accusés avaient été lues par l’interprète Said Sheik Abdirahman, posté aux Seychelles comme interprète pour la Counter Piracy Team. Ce qui ressort de ces dépositions est que les accusés ont nié être des pirates, déclarant n’être que de simples pêcheurs. Dans une déposition, l’accusé Shafi Mohamed Osman avait déclaré qu’il travaillait comme pêcheur et qu’il devait se rendre en mer le jour des faits allégués, avec plusieurs autres pêcheurs, pour retrouver un bateau ayant disparu au large. L’accusé avait déclaré qu’il n’y avait pas d’armes offensives sur le bateau, uniquement de la nourriture, de l’eau, de l’essence, du charbon et des équipements de cuisine.
Le Sub-Inspector Dawoojee, qui était en charge de l’enquête, avait soutenu pour sa part que les présumés pirates ont bien attaqué le MSC Jasmine mais que ce dernier avait réussi à s’échapper. Il avait ajouté qu’il avait reçu toutes ses informations des forces navales françaises, qui avaient effectué l’arrestation des présumés pirates. La magistrate devait statuer par ailleurs qu’il n’y avait aucune marque de violence ou de vol à bord du MSC Jasmine, ce qui démontrerait qu’il n’y a pas eu d’intention commune de la part des accusés « pour l’exécution matérielle et physique de l’acte ». La magistrate a ainsi décidé de rayer la charge portée contre les douze accusés.