Agnieszka Duvergé, Jacqueline leblanc, Joanne Henrisson

Fondée en 1963 par Mgr Jean Margéot, l’Action Familiale est active dans le pays depuis 55 ans. Cette ONG travaille dans le domaine de l’éducation et de la sensibilisation pour le contrôle des naissances et l’éducation sexuelle. Tout en restant attachée à ses valeurs, elle a évolué et continue son travail auprès des adultes et des enfants.

Pour nous en parler, Jacqueline Leblanc, Agnieszka Duvergé et Joanne Henrisson. Des femmes de trois générations qui ont rejoint l’Action Familiale (AF) à différents moments au cours de ses 55 dernières années. “Le service de planification familiale concerne les couples. Par conséquent, il est toujours d’actualité et a sa raison d’être. C’est un mouvement qui prend de l’ampleur, surtout pour son côté écologique”, confie Jacqueline Leblanc, ex-directrice de l’ONG, qui a beaucoup œuvré à l’amélioration de la méthode. “Nous essayons de promouvoir un style de vie qui se reflète dans les relations conjugales au quotidien et non seulement une technique”, ajoute Agnieszka Duvergé, la directrice actuelle de l’AF.

Par le passé, la méthode Ogino était utilisée. Elle consistait à compter les jours

Espacer les naissances.

Au début des années 60, face à la croissance démographique, il y avait urgence d’avoir un contrôle sur les naissances. “À cette époque, la seule méthode connue était la méthode Ogino, qui consistait à compter les jours. Sa fiabilité a été remise en question car elle était basée sur la probabilité de la date d’ovulation”, précise Jacqueline Leblanc. En 1963, la méthode de planification familiale fait un virage à 360 degrés quand le père de Lestapis, auteur d’un livre sur la limitation des naissances, vient à Maurice. Il rencontre Mgr Margéot et des médecins et leur expose la méthode de la température. “Une méthode scientifique et fiable qui ne se base pas sur la probabilité mais l’indicateur de l’ovulation.”

L’Action Familiale voit le jour en avril 1963. “Le but étant, selon Mgr Margéot, d’espacer les naissances sans détruire la valeur de la fécondité.” En 1965, une subvention est accordée à l’organisme par le gouvernement, qui reconnaît son appui dans le contrôle des naissances. La méthode naturelle est renforcée, développée et structurée avec le passage des Drs François et Michèle Guy.

Jusqu’aux années 1970, c’est la méthode de la température qui permet aux femmes de détecter la période infertile post-ovulatoire. Puis, au début des années 70, la méthode Billings est apparue. Ce procédé permet de cerner les jours infertiles avant l’ovulation. La méthode sympto-thermique était née. “Suivre la méthode naturelle aujourd’hui est beaucoup plus facile qu’au début, grâce à cet apport”, explique la directrice de l’AF. “Le Planning Familial Naturel (PFN) est toujours aussi pertinent car de plus en plus de personnes en Europe l’adoptent. Jacqueline Leblanc précise : “Il y a un mouvement vers cette méthode pour son côté écologique, indépendamment de la religion ou la communauté.”

Le planning Familial Naturel a évolué depuis ses début, avec l’ajout de la méthode Bilings à celle de la méthode de la température.

Valeurs familiales.

L’Action Familiale est souvent considérée comme une ONG de l’Église catholique. Jacqueline Leblanc tient à réfuter cette impression. “Étant donné que l’AF a été fondée par une figure de l’Église catholique, Mgr Margéot, elle est ainsi perçue. Mais il faut savoir que l’AF a été un organisme indépendant dès le départ.” Agnieszka Duvergé ajoute que “la méthode que nous préconisons ne relève pas d’une idéologie catholique. Nous suivons des rythmes biologiques et scientifiques”.

L’Action Familiale compte deux services : “Couples et familles” et “Jeunes”. Le premier compte un réseau d’une soixantaine d’éducatrices et de superviseurs qui enseignent les méthodes PFN, tout en développant les valeurs familiales. Le second département opère avec sept éducatrices et touche les écoles d’État, privées et confessionnelles, avec une moyenne de 13,000 élèves par an, incluant Rodrigues.

“Dès 1965, l’AF a compris qu’il fallait qu’elle s’intéresse aussi aux jeunes”, souligne Jacqueline Leblanc. “Dès la fin des années 60, nous étions dans les écoles avec une éducation à la sexualité”, confie Agnieszka Duvergé. La doyenne explique que c’était pour aider les jeunes à intégrer les valeurs fondamentales, à travers des programmes d’éducation à l’affectivité, la sexualité et la dignité. “L’éducation aux jeunes va au-delà de la formation; elle vise leur développement intégral.” Les formations commencent à la fin du cycle primaire et s’étendent au secondaire. L’enjeu est de préparer les jeunes aux développements du corps et de développer leur estime de soi.

Évoquer la sexualité.

Parlant de son constat sur le terrain, Joanne Henrisson, membre du comité de l’Action Familiale, souligne que certains parents estiment qu’il faut évoquer la sexualité et les valeurs avec les enfants dès le Grade 3. “Ils pensent qu’il faut attaquer les questions liées à la sexualité et les valeurs plus tôt, car en Grade 5 et 6, ils savent déjà tout.” Agnieszka Duvergé souligne que les jeunes sont “victimes de l’image dérivée de la sexualité et de l’amour”. Dans les collèges, “nous constatons que le désir profond des jeunes n’est pas assez reconnu. Notre message est celui de l’abstinence, qui conduit à l’amour vrai et durable”. Bien entendu, “si, malgré tout, des comportements à risques continuent, le comportement responsable est le préservatif”.

L’un des projets actuels de l’ONG est la “prévention à la violence domestique”, en collaboration avec le ministère de l’Égalité du Genre. Un projet de 18 mois qui prend fin en mai 2018, dont la mission concerne la prévention à la violence domestique et l’accompagnement des victimes. Un volet plus éducatif concerne les jeunes, “car la violence domestique commence dès l’adolescence”. Un autre projet vise la promotion du développement harmonieux de l’enfant et de l’adolescent et la prévention des grossesses précoces.