Le MMM a compris que fixer à 2030 la concrétisation de son projet de parité hommes/femmes est rétrograde. D’où l’adhésion de Sheila Bunwaree et Danielle Selvon, celles sur qui pleuvent certaines critiques et des jugements de valeur. Mais les clivages tenaces ne devraient pas interdire l’appréciation des nuances.
Ainsi, l’on ne devrait pas occulter la probité de Sheila Bunwaree, ses fortes convictions politiques, sa détermination. Nous nous rappelons des idéaux qu’elle avait insufflés à l’Institute of Social Development and Peace (ISDP), qui regroupait ces demoiselles martelant la nécessité de placer l’humain au centre du développement. Incarnant l’espoir d’une Ile Maurice meilleure, tandis que les roder bout nourrissaient la déliquescence de l’ère ramgoolamienne. C’était en 2013. Nous avions mis en garde: il ne s’agit pas d’un sprint, il est question d’une course de fond…
Puis, vint le passage éclair au Muvman Liberater. Récusant la stratégie du parti, elle tient tête à Ivan Collendavelloo, claque la porte, s’en va créer le Parti de la Justice qui se fera décimer lors des législatives de 2014. Elle y gagnera néanmoins en stature. Avec quelques amies universitaires, elle mettra ensuite sur pied le Mauritius Society Renewal (MSR), ‘Think Tank’ qui suscitera très rapidement un légitime intérêt. Mais la présence massive des partis politiques mainstream aux premières loges lors du lancement du groupe de réflexion était de mauvais augure, disions-nous: « Cette proximité est non seulement malvenue, elle est dangereuse car en sus d’être potentiellement démobilisatrice, elle porte le germe du danger d’instrumentalisation du MSR. Ce dernier représente en effet un vivier idéal pour le braconnage. Les partis politiques ne s’en priveront certainement pas, 2019 étant derrière la porte ! Le MSR laisserait alors filer ce joyau à portée de main: l’honneur d’être modèle. Une extrême vigilance est donc de mise. »
Vigilance trompée? Silence radio du côté du MSR! Mais paradoxalement, la démarche de Sheila Bunwaree pourrait constituer une chance pour notre démocratie. Forte d’un atout inestimable, notamment la rectitude morale doublée d’une opiniâtreté incontestable et d’un caractère bien trempé, nous la voyons mal ne pas se battre pour faire prévaloir ses idées dans un parti qui, qu’on le veuille ou non, occupe une place non-négligeable de l’espace démocratique du pays. Elle sera jugée sur pièce, non pas en fonction des différents partis qu’elle aura rejoints mais eu égard à la constance des combats qu’elle y aura menés.
L’autre adhésion, celle de Danielle Selvon, appelle une lecture différente. Lorsqu’elle démissionna du gouvernement en 2015, certains évoquèrent une inspiration d’Antigone, la pièce de Jean Anouilh: «…Une envie d’honneur un beau matin…une question de trop qu’on se pose un soir…» Et l’on peut ainsi mesurer le mépris qu’elle pourrait éprouver pour les propos indécents de Bashir Jahangeer qui, dans un hebdomadaire, soutient: «…En septembre 2017 et mars 2018, le mercato politique est ouvert… » Et, à la question « Et vous, dans tout ça? », il répond : « Qui sait, dépendant de l’offre. Pour le moment, je reste au MSM, même étant perçu comme un bad boy. Mais, je le répète, c’est l’occasion de sauter du gouvernement vers l’opposition ou vice-versa, it’s political mercato time. » Voilà ce qu’un élu peut balancer à ses mandats. On en reste bouche bée d’indignation.
Toutefois, les premières justifications de Danielle Selvon font froncer les sourcils: le concept du lider maximo ravivé, le scénario sover lepep relançant l’économie mauricienne en… 1982 rejoué, la création de vingt mille emplois sous le Prime Ministership du même messie, en 2003, mise en exergue. Bref toute cette lassante litanie que nous servent sans broncher d’autres dirigeants du MMM qui se battent pour prouver qu’ils ont maitrisé l’art de la soumission au leader. Danielle Selvon verra-t-elle son intégration au parti facilitée ? En revanche, un véritable défi attend Sheila Bunwaree.