Alors que l’on célèbre aujourd’hui le World Teacher’s Day, les Head Masters livrent une analyse très critique de la structure de l’administration des écoles. Une organisation qui selon leur constat n’a guère évolué depuis 40 ans alors que les tâches administratives des responsables des écoles ont pris le dessus aujourd’hui sur le travail pédagogique. « Tout est resté figé alors qu’il y a beaucoup d’attentes sur l’école », dit Moonsamy Sunnassee, le président de la Mauritius Head Masters Association, en soutenant que l’administration est un aspect négligé dans les projets de réforme.
Si les chefs d’établissements du primaire – connus depuis la publication du dernier rapport du PRB sous l’appellation “Head Masters” – ont choisi d’élever la voix en ce jour où l’on rend hommage à la profession d’éducateur, c’est parce que leurs nombreuses tentatives pour transmettre leurs doléances à l’administration centrale lors des réunions qu’ils ont régulièrement avec les inspecteurs et avec les responsables des zones directorates ont été vaines. « C’est vrai que nous avons des réunions tout au long de l’année, mais elles n’ont pour but que de transmettre des messages du ministère. Bann dimoun dan zone directorate dir zot mem ki zot pena power pou sanz bann zafer dann lekol. Ils ne sont en fait que des messagers du ministère », constatent des head masters.
De part leur statut de chef d’établissement, les head masters devraient être heureux car ils représentent un maillon important dans la mise en pratique de la politique du ministère de l’Éducation. Or, c’est un sentiment de frustration qui les anime depuis plusieurs années. « Le ministère ne nous considère pas comme un partenaire essentiel. Nous sommes bien placés pour leur dire ce qui se passe exactement dans les écoles, mais il n’y a aucune communication. Nous sommes agacés », affirment des représentants de la Mauritius Head Masters Association lors d’une rencontre avec Le Mauricien en début de semaine.
Ce qui mécontente en premier lieu les head masters est une surcharge de tâches administratives, qui a pour conséquence le délaissement du travail pédagogique qu’ils sont supposés accomplir à un moment de la journée. « Nous constatons que le rôle du Head Master aujourd’hui se cantonne à la paperasse et à répondre au téléphone. Pédagogie zéro », dit avec colère Moonsamy Sunassee.
Selon les head masters, il y a un manque aigu du personnel administratif. Ils font état par exemple de l’absence de school clerks dans beaucoup d’écoles avec plus de 500 élèves. S’il est certes vrai que des assistant head masters, selon leur scheme of duties, donnent un coup de main dans l’administration, ils sont aussi obligés de faire des classes et doivent remplacer en cas d’absence de profs. « C’est catastrophique quand il n’y a pas de clerk et quand l’assistant teachers se trouve en classe », soutiennent nos interlocuteurs.
Quelles sont ces tâches administratives qui empiètent sur le travail pédagogique ? Ces représentants de head masters mentionnent entre autres : l’enregistrement des demandes d’admission pour le préscolaire et le primaire, la distribution et la collecte des formulaires d’admission en Form 1, l’inscription des demandes pour les enfants autrement capables, le contrôle du “store” et de tous les équipements et la distribution des formulaires au public pour le compte d’autres ministères et des organisations qui n’ont rien à faire avec la vie scolaire, la distribution des manuels scolaires en début d’année. Ils doivent aussi veiller à l’organisation des activités extra-curriculaires.
« De plus, à longueur de journée nous devons répondre aux coups de téléphone du ministère et des parents. Le ministère nous envoie aussi des paperasses que nous devons remplir tout au long de l’année. Nous devons également être disponibles pour les parents qui débarquent à l’école à n’importe quelle heure de la journée. Nous sommes accountables pour une chaise qui est cassée ou qui a été volée et même, quand les toilettes ne fonctionnent pas. Nous sommes responsables pour tout à l’école sauf pour la pédagogie qui aurait dû être notre principale fonction », s’indignent ces quatre head masters.
La Mauritius Head Masters Association insiste sur l’urgence aujourd’hui de revoir complètement l’organigramme de l’administration à l’intérieur de l’école car la structure actuelle ne répond plus aux nouvelles réalités de l’éducation. « Il y a beaucoup d’expectations sur l’école, mais l’administration est restée figée depuis plus de 40 ans. Si le ministère continue à négliger cet aspect, la situation sera critique à l’avenir », prévient le président de ce syndicat.
Les head masters veulent reprendre en main le travail pédagogique qu’ils ont délaissé malgré eux. « Le head master doit pouvoir se consacrer seulement à la pédagogie », réclament leurs quatre représentants. Ils sont conscients qu’ils ne verront pas de sitôt une structure nouvelle pour la gestion des écoles, mais pour l’immédiat ils font une demande pour un personnel administratif additionnel. Ils insistent sur la présence de school clerks dans toutes les écoles indistinctement, quelque soit la taille de l’établissement. Ils revendiquent aussi une augmentation du nombre d’assistant head masters dans toutes les écoles de manière à ce que certains d’entre eux soient attachés uniquement à l’administration.
Les chefs d’établissements font remarquer que la source de beaucoup de problèmes à la base est tout simplement le manque de communication avec l’administration centrale et demande au ministère d’y remédier.