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Alors qu’il est question d’une éventuelle réforme majeure du système éducatif avec le Nine-Year Schooling, des maîtres d’école souhaitent que les concepteurs de ce projet tiennent enfin compte des changements urgents à apporter à l’administration des écoles. La Mauritius Head-Masters Association (MHMA) fustige une structure surannée datant d’avant l’indépendance qui, disent-ils, ne cadre plus avec les nouvelles réalités de l’école. « La vie de l’école a beaucoup changé, mais l’organisation est restée figée depuis les années 60’ », déplore Moonsamy Sunasee, le président de ce syndicat. La question a été longuement discutée lors d’une réunion avec la ministre de l’Éducation Leela Devi Dookun il y a une dizaine de jours.
Il y a 40 ans, le maître d’école pouvait, en une journée, s’occuper des tâches administratives, faire la tournée des classes pour superviser le travail des enseignants et leur prodiguer des conseils, avoir un oeil sur les enfants pendant la récréation, être disponible pour les parents et préparer des activités non académiques. « Mais aujourd’hui, il y a une abondance de nouvelles tâches administratives de toutes sortes sous la responsabilité du maître d’école et, parce que le système administratif est resté le même depuis les années 60’, nous n’arrivons plus à nous occuper de la pédagogie », dit le porte-parole des maîtres d’école du gouvernement. Lors de cette réunion avec la ministre, les dirigeants de ce syndicat ont brossé un tableau de l’administration de l’école en espérant que leurs propositions seront prises en considération. « Dans n’importe quel projet de réforme qui a été présenté ces dernières années, l’aspect administratif a été négligé », avance ce syndicat.
Ce qui agace davantage les maîtres d’école, c’est la profusion de rapports à soumettre pour répondre aux multiples questions du ministère de l’Éducation. Dans la plupart des cas, affirment-ils, les informations demandées sont déjà disponibles au niveau de l’administration centrale. « Trop de paperasserie ! » tonnent les chefs d’établissements. « On nous demande régulièrement de fournir des renseignements par écrit sur la performance académique de l’école alors que les cadres du ministère auraient pu consulter eux-mêmes le dossier de l’école sur leurs ordinateurs », disent les chefs d’établissements. Depuis hier, ils se consacrent entièrement à l’enregistrement des demandes d’admission en Std I et ne sont pas contents que le ministère ne fournisse plus aux écoles d’application forms, qu’ils doivent télécharger sur le site du ministère pour ensuite faire des photocopies. « Dans beaucoup d’écoles, il n’y a pas de “school clerks”, et si l’assistant maître d’école remplace un enseignant absent, le maître d’école doit assurer seul les procédures pour l’enregistrement en Std I. Il doit faire des photocopies du formulaire, enregistrer les demandes et vérifier les documents que doivent soumettre obligatoirement les demandeurs, et ce tout en veillant à la bonne marche de l’école », soutient un maître d’école. Pourquoi ne pas entrer la demande des parents directement sur ordinateur et envoyer les données par internet au ministère de l’Éducation ? « Il faut que le demandeur signe l’application form, auquel sont attachés tous les documents requis par le ministère. Nous sommes encore loin de l’informatisation dans ce ministère… » répond-il.
D’après le “scheme of duties” du maître d’école, celui-ci est aussi responsable du bâtiment et de l’ensemble des équipements de l’école. S’il faut remplacer une vitre cassée, que la poignée d’une porte ne fonctionne plus, qu’un robinet suinte ou qu’il manque du personnel pour le nettoyage des toilettes et de la cour de l’école, il revient au maître d’école de faire le nécessaire. « Nous devons trouver le plombier ou l’ouvrier qui doit remplacer la vitre cassée. Nous nous occupons de l’école de A à Z. Si les responsables du ministère doutent de ce que nous disons, qu’ils viennent passer une journée à l’école ! On ne peut pas tout mettre sur le dos du maître d’école si on veut une administration moderne », déclare Moonsamy Sunassee. La MHMA suggère ainsi le recrutement, dans chaque école, d’une personne qui serait responsable de certaines tâches administratives ainsi que des locaux de l’école. Le Deputy Head Master ne collabore-t-il pas aux tâches administratives ? « C’est sûr que nos assistants sont d’une aide précieuse, mais ils sont souvent en classe pour remplacer les enseignants absents. Et puis, dans certaines écoles, il n’y a même pas de Deputy Head Master », réplique le président du syndicat des maîtres d’école.