L’histoire se passe en Admirabland, au coeur de l’Océan Pas-Civique. Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Admirabland est une minuscule parcelle de terre dirigée par d’insatiables freluquets aussi appelés minus. Ce sont des hommes sans envergure, minables et incapables, mais mégalos. Ils parlent d’eux-mêmes avec une grandiloquence démesurée. Ils rêvent de faire de ce pays leur propriété privée et de son peuple leurs serviteurs. Leur gloutonnerie n’a d’égal que cette fabuleuse image d’eux qu’ils projettent sur écran géant à la moindre occasion. A l’instar des cafards fous d’avant la bourrasque, ces minus volent, en ce moment, très bas, à ailes (ou Elles) déployées et de manière frénétique. Ils ont, sur le visage, la frayeur des pilotes survolant le Triangle des Bermudes. Comme les cafards, ils sentent mauvais et donnent de la nausée. Comme les cafards, ils portent de longues vestes sombres, ils ont des antennes paradiaboliques, ils sont improductifs et corrompent tout ce qu’ils touchent. Ils ont prouvé qu’en un rien de temps ils peuvent transformer le paradis en un enfer. En Admirabland, l’innocence d’un enfant compte pour moins que l’Honneur (avec une grande Hache) d’un Pervers (avec une grand’… é… Pée).
Comme le coup de vent est pour bientôt, les minus du gouvernement d’Admirabland paniquent. Ils réalisent qu’ils n’ont pas encore mis à l’abri veau, vache, magot, voiture et campement. Pas question de lâcher prise. Experts qu’ils sont en matière de pêche au gros, ils savent qu’il faut, même à contrecoeur, donner du mou à son peuple. Etant excessivement goulus, ils préféreront peut-être le lui prêter, ce mou, pour pouvoir, le moment venu, le reprendre au centuple. Ils commencent déjà à remplacer leurs vestes sombres par des paletots arc-en-ciel. D’insectes volants, ils se muent honteusement en insectes rampants. Ils déguisent leur insolence en innocence : lorsqu’ils cognent sur leurs jeunes sujets, ils versent des larmes scélérates en se faisant passer pour victimes. Sans vergogne, Ils n’hésitent pas à mettre sur le dos de Dieu toutes leurs gabegies et incompétences. Ils punissent sévèrement ceux qui osent dénoncer les travers de leurs acolytes dont ils en sont les âmes damnées. Après avoir déjà donné des tempos et des macaronis à leur peuple, ils lui donneront de quoi les faire cuire : leur feu, ce langage incendiaire dont ils ont l’usage facile et automatique. Pour faire le gentil et rassurer, le chef des minus, enterrera vivant et publiquement certains de ses lieutenants, surtout ceux dont il soupçonne la fidélité, ceux qui changent de montures aussi facilement qu’ils changent de chemises.
En face des minus, il y a un semblant d’opposition, composée d’hommes et de femmes fatigués et résignés et cet encombrant reliquat d’une opposition jadis loyale. Des fervents partisans du « live and let live ». Ce sont des dépités qui n’ont jamais su qui sont leurs vrais ennemis. Leur leader est tellement changeant lorsqu’il s’agit de ses mamours. Il est un « Transformer » : en moins de deux, il vous transforme un frère en crétin, et du crétin, il vous en fait un neveu tout chaud. En Admirabland, le démon d’aujourd’hui peut facilement, demain, devenir l’ange libérateur.
Espérons que le populus admirábile, affamé et assoiffé, d’Admirabland ne perde pas toute sa « bienpensance » lorsqu’il lui faudra utiliser la guillotine.