Le petit Grégory, que tous surnommaient Gory, est décédé lundi dernier au petit matin.

Son rire ne résonnera plus dans la maison. Finis les parties de foot avec les autres gamins du quartier chaque après-midi devant l’entrée de sa demeure. Envolés ses rêves de travailler pour donner une meilleure vie à ses parents Le petit Grégory, que tous surnommaient Gory, est décédé lundi dernier au petit matin. Il avait été admis en soins intensifs à l’hôpital de Flacq dans la soirée de dimanche. Ses parents, Vinay et Angelina, et sa petite soeur Amisha sont inconsolables. Mais au-delà de la douleur, ils sont surtout en colère contre les autorités médicales. « Comment notre fils, qui respirait la vie et qui n’avait aucun problème de santé majeur, est mort subitement entre les mains du personnel médical ? » se demandent-ils. Comment avec un problème de « boutons » il s’est retrouvé en soins intensifs le lendemain avec des problèmes respiratoires ? s’interrogent ses proches qui crient à la négligence médicale. Hier, ils ont été porté plainte contre le service hospitalier pour négligence médicale. « Nou pa kapav accepté l’explication lopital. Nou zanfan ti bien. Enn bouton pa kapav avoy li dan trou. Enn pikir zot inn fer, zot inn touye nou zanfan », disent Angelina Botte et son époux.

Grégory Botte, 12 ans, est mort à 4h35 lundi dernier, selon le certificat de décès. Ses parents ont été prévenus à 6h. Soit 12h après son admission en soins intensifs la veille. Que s’est-il passé ? Ses parents sont dans le flou total. Surtout que leur enfant ne souffrait d’aucune maladie particulière. C’est par mesure de précaution qu’ils l’ont emmené au dispensaire le samedi 2 mai. « Grégory avait un bouton sur son bras. Comme si un moustique l’avait piqué. Mais comme il n’arrêtait pas de se gratter, j’ai préféré l’emmener au dispensaire par précaution », raconte Angelina Botte aux côtés de son époux Vinay Gaonjur. Au dispensaire, après une auscultation, le médecin de service indique que « zanfan-la so disan sal. » Et on lui administre « enn pikir la veine » avant de le renvoyer chez lui. Mais quelques heures plus tard, ses parents remarquent une éruption cutanée chez Gregory. « Li pa ti pé zwé. Li ti trist dan so plas. So lékor net ti ranpli ar bouton », disent ses parents.

Un enfant « costaud et en bonne santé »

Le samedi après-midi, Grégory n’est pas comme les autres jours. D’habitude très bavard et taquin avec sa petite sœur, il est très affaibli. « Li’nn dire moi li anvi manz lasoup. Monn fer so lasoup, li’nn manzé. Mé apré li finn zet lekor net », dit sa mère. Inquiets, Angelina et son époux appellent le SAMU pour emmener l’enfant à l’hôpital. En vain. « Zot dir tou lanbilans okipé. Nou finn bizin rod enn transpor par nou mem », disent-ils. Il est 20h lorsque Grégory est transporté à l’hôpital de Flacq. Il est ausculté rapidement et cette fois, on lui administre trois piqûres et du sérum. « Pa’nn dire nou ki li gagné. Zot inn fer trois pikir ar li ek zot inn dir nou al lakaz. Pa finn dir nou naryé ki Gory pé gagné », raconte sa mère.

De retour chez eux à Camp de Masque Pavé, Grégory se sent toujours mal. Durant toute la journée de dimanche, outre des éruptions cutanées, l’enfant présente des signes d’affaiblissement et des difficultés respiratoires. « Nou pa ti pé konpran ki li pé gagné. Li pa ti pé kapav respiré. So leker ti pé bat extra for », disent ses parents. C’était la première fois qu’ils voyaient leur fils dans un état pareil. « Zamé nou Gory inn malade dépi linn né. Lafiev mem zamé li’nn gagné. Li ti enn zanfan bien for. Li ti kosto. Li ti en bonne santé. Nou pa ti pé konpran kifer so leker ti pé bat for koumsa », dit Vinay Gaonjur.

Une nouvelle fois, Grégory est transporté à l’hôpital de Flacq. Il est 20h ce dimanche 3 mai lorsque le petit est admis aux soins intensifs après que le personnel médical a fait faire une radiographie de ses poumons. « Ils nous ont dit que Grégory avait un problème de poumons. Zot dir so poumon ti infekté dapré film la », poursuit sa mère. Une explication que les parents de Grégory ne comprennent pas, car « notre enfant était en parfaite santé 24h auparavant. C’était un sportif. Comment se fait-il qu’il ait développé subitement une infection aux poumons », demandent-ils. Leur enfant placé en ICU, les parents de Grégory rentrent chez eux, non sans avoir eu un rendez-vous pour le lendemain matin avec le médecin de service, pour 9h.

Des problèmes respiratoires

Mais à 6h , lundi matin, alors que Vinay se prépare à se rendre à l’hôpital pour voir son fils, un coup de fil du service hospitalier lui apprend que Grégory est décédé. « Monn santi enn vid net. Pa gagn konpran naryé. Vendredi mo zanfan ti bien. Lindi gramatin zot dir moi li’nn mort », dit-il. Aussitôt la nouvelle apprise, il se rend à l’hôpital où il demande à voir le médecin qui lui avait donné rendez-vous. La direction de l’hôpital lui dira que le médecin ne travaille pas ce jour-là. Ce n’est qu’en fin d’après-midi, à 18h, que la famille récupérera la dépouille du petit Grégory.

« Zot dir bizin fer test post-mortem. Zot inn fer test Covid avek li », dit sa mère. Test qui, selon les informations données aux parents par l’hôpital, à 16h, s’est révélé négatif au Covid. « Si ti éna Covid, zot pa ti pou donn nou lékor », explique Angelina Botte (voir encadré). Cependant, si la famille a obtenu un certificat de décès, elle n’a jusqu’ici aucun document prouvant que le petit Grégory n’était pas atteint de Covid. De même, ils ne disposent pas des résultats de l’autopsie. Sur le certificat de décès de Grégory Botte, il est simplement écrit que l’enfant de 12 ans est décédé d’une septicémie provoquée par une infection pulmonaire. « Kouma arivé sa ? Ki savédir ? » demandent ses parents dans l’incompréhension et le flou total.

« Nou pé senti enn défo lor dokter »

Pour les parents de Grégory, « finn éna néglizans médikal. » « Pa kapav enn pikir fer li mort. Zot pa koné ki pikir zot fer ? Zot pa démandé naryé zot fer pikir ? Zot pa fer test allergie avan ? Nou pé senti enn defo lor dokter. Pa kapav mett enn pikir dan enn zanfan, li malad ziska li mort. Kouma zot inn tret nou zanfan ? » demandent-ils, désemparés par la perte de leur enfant. Grégory était studieux et avait plein de rêves. Il adorait bricoler et voulait entreprendre à l’âge adulte un métier relatif à l’électricité.  » Li ti anvi travay pou met nou dans pli bon pozision », disent ses parents. Son décès laisse un profond vide parmi ses proches. « Enn parti mo lékor inn alé. Nou pa kapav aksepté l’explication lopital. Nou zanfan ti bien. Enn bouton pa kapav avoy li dans trou », avancent ses parents.

Au-delà de la tristesse, ils ont du mal à accepter les explications ou plutôt le manque d’explications de l’hôpital. Eux crient à la négligence et à l’incompétence médicales. D’où leurs démarches hier pour entamer des poursuites contre l’hôpital et les médecins qui ont ausculté le petit Grégory. Outre une plainte déposée à l’hôpital de Flacq, les parents ont aussi porté plainte à la police de leur localité. « Enn docteur pa kapav tir la vie enn zanfan en bonne santé. Li pa ti enn zanfan maltraité ni ki viv dan néglizans. Nou ti kontan li. Li ti plein de vie. Ti ti enn lazoi pou nou fami. Enn pikir zot inn fer, zot inn touye nou zanfan », disent-ils. Il faudra que les autorités répondent de ce décès subit.

Le personnel médical sur  le contact tracing

Si aucun membre de la famille Botte n’a été soumis au test Covid, selon nos informations, le personnel médical qui a été en contact avec le petit ont été soumis au contact tracing. Toutefois, jusqu’ici, aucun staff de l’hôpital ou du dispensaire n’a encore subi de test PCR suivant ce décès. Il nous revient que face aux interrogations du personnel soignant mais aussi des parents, au niveau de l’hôpital on répond que « c’est le Dr Gujadhur qui s’occupera de ce cas. » Contacté, le ministère de la Santé souligne qu’il n’y a rien d’anormal dans le contact tracing, car tout le personnel médical subit actuellement un test PCR dans le cadre du protocole de vigilance.