Comme tous les jeunes de son âge, Brandy Perrine rêve d’aller au collège. En dépit de son handicap moteur, elle a fait de gros efforts pour réussir son Certificate of Primary Education. Cependant, depuis trois ans, elle se bat pour avoir accès à une institution secondaire. Après avoir dû faire face à des obstacles infrastructurels, elle se retrouve cette fois confrontée à des procédures administratives. À 15 ans, elle ne peut plus être admise en Form I…
À la veille du Nouvel An, Brandy Perrine réitère encore une fois le voeu qu’elle prononce depuis trois ans : « Je veux aller au collège comme les autres… ». Le mot qu’elle allait ajouter ne sort pas de sa bouche. Elle s’arrête subitement, un peu gênée…
Pourtant, il y a un mois, la jeune Rose-hillienne a explosé de joie en prenant connaissance de ses résultats du CPE. Elle a décroché 20 unités, dont un A en anglais, alors qu’elle croyait avoir mal travaillé dans cette matière. C’était sa deuxième tentative à ces examens.
En 2009, elle s’en était sortie avec six unités seulement. Même si cela équivaut à un “pass”, Brandy Perrine n’avait pu entrer en collège comme ses camarades de classe, en raison de son handicap. « J’ai entrepris de nombreuses démarches. Les collèges où je me suis rendue m’ont fait comprendre que les classes de Form I étaient situées à l’étage et que ma fille ne pouvait pas monter les escaliers. Je me suis tournée vers le ministère de l’Éducation qui lui a donné le collège de La Gaulette, mais c’était impossible pour moi de l’envoyer aussi loin, surtout qu’elle ne peut prendre le bus », raconte Flora, sa mère.
Entre temps, Brandy doit mettre son rêve d’aller au collège en veilleuse pour s’occuper de sa santé. Avec l’aide de la SACIM, elle se rend en Inde pour une intervention chirurgicale. Elle y passe 10 mois. En retournant à Maurice, elle peut enfin marcher, à l’aide de prothèses et de béquilles.
Par l’intermédiaire d’une proche, la mère de Brandy entreprend des démarches auprès d’Armoogum Parsuramen, président de la Global Rainbow Foundation, pour l’aider à trouver un collège. Ce dernier écrit personnellement au ministre de l’Éducation pour l’informer de la situation. Suite à cela, la jeune fille est admise dans une école spécialisée à Grande-Rivière-Nord-Ouest. « Là, j’ai refait mon CPE. Mon professeur m’a bien encadré, surtout pour l’anglais, que je ne maîtrisais pas bien. Cela a été une surprise d’apprendre que j’avais décroché un A en cette matière. »
Brandy aime apprendre. Pendant la période des examens, elle a travaillé très dur, parfois jusqu’à 21 heures. Elle fait aussi beaucoup de lecture, pour enrichir son vocabulaire. Les 20 unités obtenues au CPE 2013 la poussent à aller plus loin. Malheureusement, elle est une nouvelle fois confrontée à des obstacles. « Dans les collèges où je me suis rendue, on m’a fait comprendre qu’elle avait dépassé l’âge pour être admise en Form I », raconte Flora Perrine.
Faire tomber les barrières
La jeune fille ne cache pas sa tristesse devant une telle situation. « Je veux apprendre, je veux aller au collège, je peux le faire », dit-elle. Elle se remémore les bons moments passés en primaire, à l’école de Camp-Levieux. « J’étais en fauteuil et quand il fallait monter les escaliers, mes amis me prenaient dans leurs bras. Mais aujourd’hui, je peux marcher. S’il y a des rampes dans les collèges, je peux aller en classe, même à l’étage. »
La situation est d’autant plus compliquée que Brandy ne peut prendre le bus pour aller au collège. « C’est pour cela que je voulais trouver une institution à Rose-Hill, car il me faudra payer le van. Malheureusement, ceux que j’ai approché m’ont refusé », poursuit sa mère.
Le cas de Brandy Perrine a été référé cette semaine à l’Equal Opportunities Commission (voir hors texte). Armoogum Parsuramen est d’avis, lui, qu’on peut trouver une solution pour la jeune fille. « Si un directeur de collège veut vraiment l’accepter, il n’a qu’à faire transférer sa classe de Form I au rez-de-chaussée », déclare-t-il.
Un autre officier dans le secteur de l’éducation nous confie aussi qu’une solution peut être trouvée pour Brandy. « L’éducation est obligatoire jusqu’à 16 ans. On ne peut lui refuser l’accès au collège. Il y a des institutions sensibles à ce genre de situation. » Nous n’avons pu cependant avoir une réaction officielle du ministère de l’Éducation.
En espérant que 2014 lui apportera un nouvel espoir, Brandy s’accroche à sa passion : le tennis en fauteuil. Elle a récemment participé à la Coupe des clubs champions handisport de l’océan Indien, aux Comores, et a décroché la médaille d’argent. Elle veut prouver qu’elle peut faire aussi bien pour ses études. Il suffit de lui donner sa chance.