Renga (prénom modifié) est un jeune garçon qui a la tête solidement vissée sur les épaules. Ce qui ne l’empêche pas parfois de « disjoncter… Faire l’effronté avec des adultes. Mais jamais avec mes parents. » Raisons invoquées : « Si les adultes se comportent mal avec moi, me parlent sans respect, automatiquement, je vais réagir ! » Mais, soutient-il, « quand je vois les jeunes de mon âge et parfois, ceux qui sont plus jeunes avoir peu d’égards et être grossiers, je suis assez partagé… Certains ont peut-être de bonnes raisons d’agir ainsi. Il faut voir les milieux dans lesquels ils évoluent. » Renga est convaincu que « si, dès la maison, les parents trouvent un espace de dialogue avec leurs enfants, ils noueront une relation de confiance et de compréhension. Et un jeune ainsi bien encadré ne se laissera pas aller à des actes gratuits sans raison… »
La bande à Renga flâne dans les rues. Du haut de ses 16 ans, ce chef de file est écouté et respecté. Mais notre interlocuteur est loin d’être le cliché type du jeune qui déserte les bancs des cours, qui traîne les rues à faire les 400 coups entre potes ou parler à tue-tête, dans un langage surtout fleuri, qui sème la pagaille dans les cours de récré ou qui s’en prend à ses enseignants sur un coup de tête. Sans pour autant être un ange, Renga avoue : « Des fois, des choses me passent par la tête et j’ai envie de déconner… Dans certaines circonstances, je me suis vu parler brutalement à des adultes, enseignants ou des receveurs, par exemple. » Il raconte ainsi comment « enn fwa, monn mett ar controler, mem mo « pass » etudiant ti dan mo poss. Mo ti zis anvi gayn sa nissa mett ar li la, ek guete kouma li reazir… »
Renga est issu d’une famille comme de nombreuses autres à Maurice : son père est un ancien toxicomane, qui a également fait la prison et qui a fini par contracter le sida via l’usage de seringues souillées. Sa mère a connu quelques démêlés avec la loi. « Les deux ont pas mal roulé leurs bosses et connaissent la réalité mieux que quiconque… On ne peut les embobiner ! C’est peut-être pour cette raison que ma mère a toujours eu une relation très franche avec moi. J’ai connu quelques périodes sombres de ma propre vie… » Adolescent ayant grandi un peu plus vite que ses semblables, son existence n’est pas un fleuve tranquille !
Le jeune homme se souvient par exemple de cette fois où « un enseignant avait fait des remarques, en classe, devant tous les élèves, sur mon père. Il a dit : « Twa, to papa seropozitif, non ? » Mon sang n’a fait qu’un tour. Je me suis levé et je lui ai dit : « Kisanela donn twa drwa koz ek ziz mo papa ou mwa ? » Et, sans attendre une réponse de sa part, j’ai mis mon sac sur mes épaules et j’ai quitté la salle de classe. »
Notre interlocuteur souligne que « mais c’est mon père, quoiqu’il ait fait ! Personne n’a le droit de le juger ou de le pointer du doigt… Quand je suis sorti de la classe, ce jour-là, j’ai pris mon téléphone et j’ai appelé mon père. Je lui ai raconté ce qui s’était passé et je lui ai dit que je n’allais plus jamais remettre les pieds au collège… »
Avec sa bande d’amis, le jeune homme admet « vivre plusieurs aventures… Mais nos parents ont confiance en nous. Il existe un réel dialogue, d’une part, entre moi, mon papa et ma maman, et également entre nos familles respectives. On se voit, on fait des sorties ensemble… Chacun téléphone à l’autre quand l’un va chez l’autre… Bref, il y a une entente formidable. » Ce qui réconforte surtout Renga, « c’est le fait que mon père et ma mère savent à quoi s’en tenir avec moi… Je ne suis pas le fils parfait, loin de là. Mais je ne suis pas mauvais non plus ! »
C’est dans cet esprit, explique notre jeune interlocuteur, que « quand j’ai eu ma première relation sexuelle, c’est à ma mère que je me suis confié… On parle de tout très ouvertement et sans hypocrisie. C’est comme cela qu’elle m’a expliqué qu’il faut qu’on se protège, pourquoi et comment, par exemple. »
Renga estime que lui et ses amis « ont été épargnés. Nou ti kapav kouma sa bann zenes ki trene, pena rol, kas poz, zour profeser, koz brite, zoure… Parce que nos parents nous font confiance, ils savent que si par exemple on passe l’après-midi chez moi, ils sont tranquilles. Qu’on ne leur ment pas et que, au lieu de faire ce qu’on a dit qu’on faisait, on allait faire des choses pas correctes et qui auraient des répercussions… » Pour ces jeunes hommes, « parfois, c’est vrai, certains adultes vous poussent à bout… On ne dit pas que tous les enseignants ou tous les receveurs sont pareils. Mais dans certaines circonstances, on a eu affaire à des adultes qui nous parlent mal, qui ne nous respectent pas… »
Ils racontent, par exemple, comment « un enseignant, sans même prendre la peine de demander à cet étudiant s’il a des problèmes à la maison, si ses parents travaillent et ont des moyens, lui a simplement dit « to senti pi, pa asiz devan, la, alle derriere, dan klas… » » Pour Renga et ses amis, « et on s’étonne, ensuite, si ces jeunes se révoltent contre leurs profs ? Il en va de même pour certains receveurs. Nous avons nous-mêmes été témoins de situations où des receveurs ont demandé à des étudiants de descendre de l’autobus, sur un ton avec un total manque de respect. Ce n’est pas une bonne attitude. » Pour nos interlocuteurs, « ce sont de telles situations qui poussent parfois certains jeunes, à mal se comporter en public et en classe. »
Au-delà de tout cela, estiment Renga et ses amis, « s’il y a respect mutuel, tant de la part des adultes — parents, enseignants et autres — et les enfants, ados ou écoliers, on n’aurait pas autant de cas d’indiscipline. » Renga va encore plus loin : « C’est à la maison que tout commence. Si les parents entretiennent un lien de confiance avec leurs enfants, s’ils prennent le temps de les écouter et partagent avec eux leurs moments difficiles, leurs doutes et leurs questions, on n’en serait pas là… »