À la requête du ministère public, la magistrate Véronique Kwok Yin Siong Yen, présidente de l’instance criminelle de la Cour intermédiaire, a rayé ce matin les charges contre sir Harry Tirvengadum. Ce, après avoir pris connaissance du rapport médical du panel de médecins, qui a évalué le principal suspect de l’affaire de la caisse noire d’Air Mauritius comme « physically unfit » et ayant des « cognitive problems ».
On ne reprochera plus à sir Harry Tirvengadum de briller par son absence dans l’affaire au criminel intentée par le Directeur des poursuites publiques (DPP) devant la Cour intermédiaire. Ce matin, la poursuite, menée par le State Counsel Me Madeven Armoogum, a appelé à la barre des témoins le chairman du panel de médecins désignés par le ministère de la Santé pour évaluer la santé mentale et les capacités physiques de sir Harry Tirvengadum. Le Dr Jaggernath, psychiatre de formation, a déposé le rapport médical devant la magistrate Véronique Kwok Yin Siong Yen. Le rapport explique « the inability of sir Harry Tirvengadum to be present in Court today » et affirme qu’il est « unfit to stand charge before a court of trial ».
Le panel comportait notamment un psychiatre, un cardiologue et un praticien de la médecine générale. Les examens de sir Harry Tirvengadum ont été faits le samedi 14 janvier. Les cinq membres du panel ont ensuite signé le rapport avant de le communiquer au State Law Office. Ils en ont conclu que l’ancien PDG d’Air Mauritius n’est pas apte à se présenter devant la cour. Selon les médecins, il souffre de « anxiety, depression, severe cognity problems » ainsi que d’un « high risk of acute coronary syndrome ». Ses artères coronaires (NdlR : des artères recouvrant la surface du coeur) seraient affectées.
« It is unlikely that his conditions will improve », déclare le Dr Jaggernath. Selon le médecin, la santé de sir Harry Tirvengadum se détériore à cause d’une « stressful condition ». Le chairman du panel soutient que « he has a poor eyesight and a poor hearing ». Et d’ajouter que « his condition seems to be worst than last time ». Sir Harry Tirvengadum a des « very severe memory problems, desoriented in time and space and cannot concentrate ». Il soutient toutefois que le contact avec le patient était « very poor » et qu’il était difficile à examiner parce qu’il ne parlait pas.
Mise sous tutelle
L’avocat de sir Harry Tirvengadum, le Senior Counsel Me Yousuf Mohamed, a ensuite brièvement contre-interrogé le médecin.
Me Mohamed : Can we say that Sir Harry Tirvengadum is a vegetable ?
Dr Jaggernath : Yes.
Me Madeven Armoogum a alors demandé à la présidente de l’instance criminelle de la cour intermédiaire que « the present proceedings be discontinued ». La magistrate Véronique Kwok Yin Siong Yen a alors rayé la charge qui pesait sur sir Harry Tirvengadum.
S’agissant de l’affaire au civil devant la cour suprême entre Air Mauritius et sir Harry Tirvengadum, le ministère public pourrait entrer une demande devant un judge in chambers pour demander que le défendeur soit mis sous tutelle, cela pour pouvoir continuer l’action en réclamation.
À noter que ce n’est pas la première fois que sir Harry s’est fait examiner. Un premier examen a été fait le 15 juin 2011, suivi d’un autre le 9 août de la même année. En août dernier, le rapport disait que sir Harry Tirvengadum « stands a very high risk of acute coronary syndrome with sudden death ».
L’affaire de la caisse noire remonte à septembre 2001. Une enquête approfondie devait révéler que quelque Rs 85 millions avaient été détournées au profit de la société Rogers au préjudice d’Air Mauritius. Ces fonds devaient ensuite être conservés dans une caisse noire pour être utilisés à travers un mécanisme de paiement de commissions. L’argent aurait été distribué à plusieurs hauts cadres et utilisé pour corrompre plusieurs personnalités dans divers secteurs.
Sir Harry Tirvengadum était accusé d’entente délictueuse devant l’instance criminelle de la Cour intermédiaire. Le Directeur des Poursuites publiques lui avait intenté un procès pour avoir détourné des fonds alors qu’il était le PDG d’Air Mauritius. Gérard Tyack, ancien directeur financier d’Air Mauritius, Robert Rivalland et Joseph Yip Tong (décédé depuis), deux anciens cadres de la compagnie Rogers, et l’ancien directeur général de Rogers Derek Taylor ont également été impliqués dans cette affaire.
Rappelons que la compagnie d’aviation nationale réclame Rs 97 millions à la compagnie Rogers et aux autres parties impliquées. Ils ont la semaine dernière fait une demande en Cour suprême devant le juge Hajee Abdoula pour régler l’affaire en médiation. C’est toutefois au Chef juge Bernard Sik Yuen se prononcer sur cette affaire.