Inauguré en grande pompe le 13 février 2014 par l’ex-Premier ministre Navin Ramgoolam, du président de la République Kailash Purryag, et du Chairman emeritus de la British American Investment (BAI), Dawood Rawat, le showroom de Mercedes-Benz à Phoenix Les Halles a perdu de ses attraits. L’emplacement, qui peut contenir une vingtaine de modèles en exposition à la fois, est quasi vide. Et le personnel, inactif. Pour cause : des véhicules bloqués à la douane et de ce fait, aucune transaction possible. Idem pour les marques Peugeot, Mitsubishi, Chrysler, entre autres. Le service vente et le service après-vente tournent au ralenti, voire, est au point mort. Les employés qui vivent des commissions sur la vente des automobiles ont le moral au plus bas. Leur activité professionnelle, depuis une semaine, se résume principalement à « calmer et réconforter les clients qui attendent la livraison de leur véhicule » et à « expliquer aux rares clients qu’il faut attendre encore un peu avant d’acheter leur véhicule ». Si des rumeurs circulent à l’effet que leur compagnie sera rachetée, leur avenir reste incertain, disent-ils, craignant qu’avec la débandade de la BAI, ils se retrouvent, eux aussi, sur le pavé.
Alors que le vendredi 3 avril dernier, les deux gendres de Dawood Rawat se sont entretenus avec le personnel et leur ont assuré que les choses iront mieux d’ici une semaine, jusqu’ici la situation n’a pas changée. Voire, elle a empiré pour le personnel qui vit aujourd’hui dans l’incertitude quant à leur avenir. Dans le showroom d’Iframac – représentant des marques Mercedes, Mitsubishi, Peugeot entres autres – à Phoenix Les Halles, le moral est au plus bas. Le client est devenu un oiseau rare, tout comme les véhicules, qui ne sont plus disponibles. En cause, des véhicules encore bloqués à la douane en raison du fait que Iframac n’a pu honorer ses engagements financiers avec ses fournisseurs.
Une situation qui dure depuis plusieurs mois, soit depuis le début de l’année, apprend-on. Et depuis l’éclatement de l’affaire BAI/Bramer Bank, les employés passent leur temps à répondre aux mêmes questions. Ce, sans pour autant avoir de réponses précises à donner aux clients. « Aujourd’hui, on ne fait plus notre métier. Nous ne savons pas trop quoi dire aux clients, surtout qu’on nous interroge principalement sur l’avenir de la compagnie, s’il y aura un rachat ou pas, par qui, etc. », laisse entendre le personnel qui se dit très inquiet de son futur. D’autant que les vendeurs qui vivent des commissions perçues sur leurs ventes n’ont pas été payés en raison du fait que depuis plusieurs mois Iframac a un problème de cash-flow. « Nous travaillons au jour le jour, et vu qu’il n’y a plus ni enregistrement, ni dédouanement, ni livraison, nous ne savons pas comment nous allons faire à la fin du mois, car lorsque les objectifs mensuels ne sont pas atteints, les commissions baissent », disent-ils. Mais pire, disent-ils, nous ne pouvons travailler, car même pour les requêtes de la clientèle pour faire un test drive, les modèles ne sont pas disponibles, même en week-end. « Si, éventuellement, un client se pointe pour faire l’acquisition d’une voiture, dans le showroom pratiquement vide, avec quatre véhicules, alors que cet espace a été planifié pour une vingtaine, au moins la seule réponse que nous pouvons donner au client est que nous ne savons pas quand son véhicule pourra être livrer », explique un des membres du personnel.
Véhicules bloqués et service après-vente au ralenti
L’explication qui va avec est que « les véhicules d’Iframac se trouvent dans les Bond, sécurisés par la Bramer Bank. On ne peut pas prendre livraison pour l’enregistrement, en raison d’un problème financier. » Les clients ont désormais peur d’acheter un véhicule chez Iframac, notent les vendeurs qui sont toutefois solidaires entre eux face à la situation et face aussi à la frustration des clients insatisfaits, car en attente, pour plusieurs, de la livraison de leur nouvelle voiture depuis deux trois mois, Iframac n’ayant pas honoré ses engagements financiers avec ses fournisseurs.
Environ une vingtaine de véhicules de la marque Mercedes, et d’autres des autres marques commercialisées par Iframac, arrivés à Maurice depuis le début de l’année sont toujours bloqués à la douane. À la MRA on laisse entendre qu' »en raison d’un manque de liquidités, un importateur n’a pas encore payé les frais pour prendre possession de la vingtaine de véhicules entreposée à la douane. » Si, en général, les importateurs s’acquittent de leurs frais dans les deux à trois semaines, dans ce cas, la MRA attend depuis quatre mois déjà. S’il n’a pas de frais supplémentaires à payer, cet importateur, indique la MRA, devra s’acquitter d’une pénalité. Parallèlement à la livraison des véhicules qui est au point mort, le service après-vente d’Iframac tourne aussi au ralenti. Ce département ne fonctionne pratiquement plus, laisse-t-on comprendre, du fait d’un manque de pièces dans le garage étant donné que les livraisons des pièces de rechange ne sont plus assurées depuis quelque temps.
Outre les clients, cette situation financière affecte également les fournisseurs d’Iframac qui sont toujours en attente de leurs dus. Pour certains, l’attente dure depuis 3-4 ans. « On a essayé de négocier avec Iframac pour le paiement. Quelquefois la compagnie règle une partie des frais, et on reprend du service, mais après quelques mois, les dettes s’accumulent encore. Là, nous ne savons pas ce qui va arriver. Il y a des millions de dettes en jeu », explique un fournisseur d’accessoires automobile. Ayant déjà fait l’expérience d’un client mis en receivership et s’étant retrouvé avec des dettes de plusieurs centaines de milliers de roupies impayées, ce fournisseur désespère de récupérer avec Iframac, les millions qui lui sont dus. Qu’il s’agisse de la livraison du café, ou des pièces de rechange, ou autres accessoires, les fournisseurs se disent tous dans l’expectative, attendant que la compagnie soit rachetée, comme le sous-entendent les rumeurs.