« À aucun moment je n’ai cédé à une quelconque pression politique ! » a tenu l’ancien Grand Argentier et actuel ministre du Tourisme Xavier-Luc Duval ce matin lors d’un point de presse à l’hôtel du gouvernement. Il réagissait suite à une déclaration récente de l’actuel ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, selon laquelle c’est l’ex-Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui avait préparé les réponses à une PNQ de Paul Bérenger sur la BAI. Or, c’était Xavier-Luc Duval qui avait lu la réponse à l’époque.
Tout en se disant « tout à fait solidaire de Vishnu Lutchmeenaraidoo » et du gouvernement dans leur action initiée dans le cadre de la chute du groupe BAI, Xavier-Luc Duval a cependant jugé nécessaire de faire une déclaration publique sur les « initiatives prises » concernant la BAI alors qu’il était ministre des Finances. « Le but n’est pas de commenter les actions de Vishnu Lutchmeenaraidoo, mais de rappeler ce que j’ai fait pendant les trois ans à ce ministère », dit-il, avant d’ajouter : « Les Mauriciens ont un droit légitime d’en être informé. »
Le ministre du Tourisme a rappelé que la BAI existe depuis 1969 et que les problèmes remontent à une quinzaine d’années lorsque le groupe avait investi dans des related parties, soit des « investissements effectués dans des filiales du même groupe ».Pour l’ex-Grand Argentier, de tels investissements ne sont pas sans comporter de risques, dont celui de conflit d’intérêts. « Lorsqu’on a affaire aux assurances et qu’on investit dans des “related parties”, il faut être prudent et gérer l’argent comme un bon père de famille. »
Conscient de la crise de 2008 et de l’important système financier à Maurice, l’ex-Argentier dit avoir alors, à l’époque, contacté le Fonds monétaire international (FMI) en vue de voir si une réforme au système était de mise. « Nous avons demandé au FMI de vérifier l’efficacité des régulateurs. L’audit a conclu que notre système était fiable mais devait souligner un point : la situation peut devenir sérieuse et il faut initier des actions pour redresser la situation de la BAI, car des investissements dans ce même groupe dépassent les normes. » Suivant le rapport du FMI, selon Xavier-Luc Duval, la Financial Services Commission (FSC), dans son indépendance, a décidé d’imposer un plafond maximal de 10% comme investissements dans les related parties. « Face à cette décision, la BAI ne pouvait, du jour au lendemain, vendre autant d’actifs pour descendre à 10%. C’est pour cela que la FSC lui a donné jusqu’au 31 décembre 2014 pour arriver à 10%. » Selon le rapport trimestriel de la FSC, les investissements dans les related parties du groupe BAI se chiffraient à 84% en 2012 et à 58% en 2014. « C’était plus que la limite, mais le taux avait quand même bien diminué. »
Xavier-Luc Duval a tenu à préciser que, même lors de sa PNQ, en 2013, le leader de l’opposition, Paul Bérenger, avait félicité la FSC. « L’action que nous avions prise faisait l’unanimité mais, entre-temps, alors que les investissements dans les “related parties” diminuaient, la mauvaise gestion du groupe continuait tout autant. L’hôpital Apollo faisait d’énormes pertes, de même que d’autres entités du groupe. C’est le gaspillage et la mauvaise gestion qui ont fait que la situation soit devenue intenable », insiste-t-il.
Selon Xavier-Luc Duval, le dernier rapport de la BAI indique des excédents de Rs 7 milliards sur ses actifs et passifs alors que le BA Holdings avait un excédent de Rs 2 milliards en 2013. Interrogé par la presse quant à son opinion sur le terme “Ponzi” utilisé par le gouvernement dans l’affaire BAI, Xavier-Luc Duval a répondu : « Il nous aurait fallu être toujours prudent. Aucun rapport que j’ai reçu sur la BAI ne parle de “Ponzi” et même Paul Bérenger, dans ses questions, ne mentionne directement ce terme. » Tout en se disant ouvert aux questions de la presse, le ministre a catégoriquement rejeté toute question ayant trait aux déclarations du ministre Lutchmeenaraidoo et a suggéré de renvoyer plutôt la question à celui-ci. Interrogé quant à l’intervention de l’ex-PM dans l’affaire BAI, il devait répondre : « Je ne vais pas dire s’il est intervenu ou pas. Ce que je sais, c’est que je n’ai cédé à aucun moment à une quelconque pression politique. »