Depuis hier matin, l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam a maintenu le suspense quant à son arrivée au QG du Central CID en vue de son interrogatoire Under Warning dans l’enquête sur l’affaire Betamax, avec un contrat jackpot de Rs 10 milliards au groupe Bhunjun. Finalement, après des échanges entre ses conseils légaux et les responsables de ce dossier au Central CID, il devait fixer l’heure du rendez-vous aux Casernes centrales à 13 h. Tout semble indiquer que le leader du Parti travailliste deviendra le quatrième suspect, après l’ancien VPM Anil Bachoo, l’ancien secrétaire permanent au ministère du Commerce Rechad Hosany et l’ancien directeur général de la State Trading Corporation Ranjitsing Soomarooah, à être inculpé provisoirement dans le contrat alloué au groupe Bhunjun pour le fret pétrolier au nom de la STC.
Selon des informations disponibles à la mi-journée, les limiers du Central CID se préparaient à confronter l’ancien chef du gouvernement à pas moins de 80 questions axées sur les témoignages d’anciens membres du gouvernement, dont l’ancien Deputy Prime Minister Rashid Beebeejaun et l’ancien ministre du Commerce Mahen Gowressoo, qui a rejoint les rangs des vire mam aux dernières élections. Lors de son interrogatoire, ce dernier n’a pas hésité à se décrire « kuma enn poupet dans dosye Betamax-la ». L’une des preuves, considérée comme étant « Damning Evidence » concerne le contenu de trois enveloppes saisies dans les coffres-forts de River Walk lors de la perquisition du vendredi 6 février dernier. Ces enveloppes, qui portent l’inscription du nom de Vikram Bhunjun, contiendraient au moins 9 700 dollars américains en coupures de 100 dollars et environ Rs 500 000 en billets de Rs 1 000 et Rs 2 000.
Navin Ramgoolam, qui pourra échapper à une nouvelle nuit en cellule policière comme ce fut le cas lors de sa dernière inculpation provisoire, écopera probablement de deux nouvelles accusations provisoires de « Public Official using his office for his gratification and the gratification of others » sous les dispositions de la Prevention of Corruption Act et de « Influencing Public Official » notamment pour contourner la Public Procurement Act. Ce contrat pour le fret pétrolier d’une valeur de Rs 10 milliards aurait dû faire l’objet de procédures d’appel d’offres sur le plan international au lieu du choix du groupe Bhunjun par le gouvernement.
Sanction
L’ancien Premier ministre, qui devrait fait l’objet d’une interpellation lors de son arrivée aux Casernes centrales, devrait faire valoir son droit constitutionnel au silence avec des entrées en série de No Answer dans le Statement Pad du Central CID. L’interrogatoire de Navin Ramgoolam devrait déborder sur les délibérations du conseil des ministres du gouvernement de l’Alliance sociale, notamment en 2008.
Pour justifier qu’il n’était pas partie prenante de la décision visant à favoriser le groupe Bhunjun pour le contrat d’acquisition du pétrolier Red Eagle, l’ancien Deputy Prime Minister Rashid Beebeejaun a sorti un événement politique vérifié et vérifiable. Il a confié aux hommes de l’assistant commissaire de police Jangi que le remaniement ministériel du 14 septembre 2008 avait été décidé « pour le punir ». Lors de cet exercice, qui est la prérogative du Premier ministre, Rashid Beebeejaun s’était vu retirer le portefeuille des Infrastructures publiques pour prendre celui des Énergies renouvelables.
La raison est qu’il avait soutenu lors des discussions au conseil des ministres que l’allocation de ce contrat devait se faire par le truchement d’appel d’offres international. « J’ai été sanctionné par un remaniement ministériel en 2008 pour avoir défendu la nécessité d’un International Tender pour le contrat Betamax (Rs 10 milliards) », devait-il faire comprendre en substance lors de son audition au Central CID.
Outre que l’ancien Premier ministre soit interrogé au sujet de la coïncidence entre l’opposition de Rashid Beebeejaun au choix unilatéral du groupe Bhunjun, alors qu’il avait initialement la responsabilité de piloter de projet stratégique et le remaniement-sanction de septembre 2008, un autre volet de l’enquête Betamax, qui pourrait s’avérer accablant pour Navin Ramgoolam, concerne le contenu des enveloppes avec le nom de Vikram Bhunjun inscrit et retrouvé dans les coffres de River Walk. Une des enveloppes contient une somme de 9 700 dollars américains (Rs 340 000 au taux de change du jour) et les autres quelque Rs 500 000 en coupures mauriciennes. Des dates sont également inscrites sur ces enveloppes. Le Central CID pourrait attendre en vain des explications de Navin Ramgoolam à ce sujet.
Par ailleurs, toujours en ce qui concerne les enveloppes dans les coffres-forts, l’expert-comptable Robert Konfortion, accompagné de Me Iqbal Rajahballee, a été entendu au sujet d’une enveloppe contenant Rs 500 000. Il a concédé que cette enveloppe était de lui et avait été remise à Navin Ramgoolam avant les dernières élections générales. « J’ai voulu faire un don en guise de récompense au Premier ministre pour la façon dont il a géré l’économie mauricienne face à la crise internationale », devait tout simplement soutenir Robert Konfortion, qui est rentré chez lui après le passage d’hier au Central CID.