Et si Nitesh Ramdharry n’était qu’un fabulateur patenté…Voilà la question qui se pose dans plusieurs milieux dont celui de la profession légale après que des sources émanant tant de la police que du bureau du Directeur des Poursuites Publiques (DPP) indiquent que le calendrier des dénonciations de l’activiste travailliste — qui a eu des démêles sur fond d’extorsion alléguée d’argent avec un autre de ses collègues de parti Heman Bangaleea — est pour le moins intriguant dans la mesure où ce n’est que quelques jours après qu’il aurait dû être arrêté et inculpé pour « false and malicious denunciation in writing » et qu’il ne l’a mystérieusement pas été qu’il a décidé de porter plainte contre son avocat Me Roshi Bhadain.
Troc, machination politique? Autant d’interrogations que suscite cette affaire qui met en exergue le comportement très particulier de certains agents travaillistes surtout ceux venant de la circonscription du Premier ministre, Pamplemousses/Triolet.
L’affaire Nitesh Ramdharry/Bibi Sameera Jumun révèle en tous cas le modus operandi de ceux qui croient qu’ils peuvent pratiquement tout se permettre. C’est le 16 mai 2012 que l’activiste travailliste qui s’est présenté comme le directeur de Rocks Crafts et de l’Argonaute Ltd porte plainte à la police de Triolet pour un vol allégué qui aurait été commis deux ans plus tôt, soit en août 2010.
Selon sa déposition, c’est au mois de juillet 2010 qu’il avait embauché Bibi Sameera Jumun comme storekeeper de ses magasins et, qu’en août de la même année, il s’était rendu à Singapour, le même pays où Hemant Bangaleea détient des comptes alimentés à hauteur de Rs 25 millions, selon les documents déposés à l’Assemblée nationale par le leader du MSM, Pravind Jugnauth.
A son retour, en septembre 2010, lors de son inventaire mensuel, il a dit à la police avoir constaté que les articles suivants avaient disparu: un congélateur, deux téléphones portables, un climatiseur, une télévision LCD, une centaine de cartons de carreaux céramiques, deux tableaux, deux tapis, un miroir, douze bracelets de fantaisie et des colliers du même genre, le tout pour une valeur de Rs 265,633.
C’est dans la même déposition que Nitesh Ramdharry a porté des allégations contre Bibi Sameera Jumun qui aurait quitté son entreprise déjà en septembre 2010 et aurait affirmé s’être rendu chez elle pour constater que tous les articles se trouvaient à son domicile à Pointe-aux-Piments et qu’il aurait eu une conversation avec la mère de son ex-employée, Mme Afshana Jumun.
Selon sa version, la mère aurait reconnu que les articles se trouvant chez elle avaient été volés et qu’elle aurait même réclamé un délai pour restituer l’équivalent en argent des objets concernés. Il a aussi avancé avoir plusieurs fois visité la famille mais ne pas avoir récupéré ses articles ou leur montant correspondant en roupies sonnantes et trébuchantes.
Le dévolu jeté sur la soeur
Agissant avec promptitude, comme on pouvait s’y attendre, la police procèdera cinq jours après la déposition de Nitesh Ramdharry, soit le 20 mai 2012, à l’interrogatoire et à l’arrestation de Bibi Sameera Jumun, relâchée le même jour d’autant qu’elle n’avait aucun antécédent judiciaire. Dans sa version des faits, la prévenue devait préciser ne pas avoir travaillé à Triolet où le prétendu vol aurait été commis mais à la boutique de Port-Louis et, plus important est que « all those articles were gifted to her sister Miss Noorshin Jumun as complainant was in love with her ».
Cette version sera corroborée par Noorshin Jumun qui révélera à la police le 29 juin 2012 que « the complainant was in love with her and that those articles
were gifted to her » et elle apporte un détail capital : « She added that complainant himself brought an electrician at her place and caused the aircon and LCD TV to be installed in her room. » Également interrogée, la mère des deux jeunes filles, Afshana Jumun, confirmera leurs dires, dans sa déposition du 29 juillet 2012, tout en rejetant en bloc les propos qui lui auraient été attribués par Nitesh Ramdharry.
Confronté à la version de Bibi Sameera Jumun, il maintiendra dans une nouvelle déposition en date du 10 septembre 2012 que tout ce qu’il avait dénoncé dans celle du 16 mai de la même année. La police attendra la deuxième déposition de Nitesh Ramdharry, faite deux mois plus tard, le 10 septembre et après les révélations de Noorshin Jumun qui avait cité l’implication de l’électricien déjà depuis le 29 juin 2012 pour s’intéresser enfin à lui.
C’est le 11 septembre 2012 que la police interroge Chandraduth Bissessur, lequel « has stated that his services was sought by Mr Nitesh Ramdharry to fix the aircon and TV set at the Jumun’s residence and after the work was completed he was paid by the latter ». Et le technicien va non seulement identifier les articles concernés, le 11 mars 2013, mais précisera que les installations qu’il a effectués l’ont été « upon the request, instruction and supervision of Mr Nitesh Ramdharry ».
« He lied in a high propensity »
La police a, dans son dossier transmis au bureau du Directeur des Poursuites Publiques le 9 mai 2013, écrit ceci: « In the light of evidence on record, the case appears doubtful, taking into consideration the version of Mr Chadraduth Bissessur, the electrician, who stated having installed those appliances under the instruction and supervision of Nitesh Ramdharry. It is crystal clear that latter has made a climsy attempt to consel the truth and lied in a high propensity. Thus he has rendered himself liable for prosecution for the offence of ‘false and malicious denunciation’ in writing in breach of section 297 of the Criminal Code before the District Court of Pamplemousses. » La police suggère aussi que les accusations provisoires logées contre Bibi Sameera Jumun « be struck out ».
Le 23 juillet 2013, le bureau du DPP suggère à la police de Triolet to « record statement from Mr Ramdharry under caution where version of Mr Chadraduth Bissessur is put to him ». Ce que fait la police avec une nouvelle note au bureau du DPP indiquant que l’agent politique a nié les faits. Le 13 novembre, le bureau du DPP recommande à la police « to put charge of giving false statement to the police to the accused ».
Rien depuis ça, si ce n’est que Nitesh Ramdharry a ouvert un autre front, une croisade contre l’avocat Roshi Bhadain et qu’il s’est réconcilié avec Heman Bangaleea. Avec ce nouveau feuilleton, ce n’est plus qu’amour, gloire et beauté pour les activistes rouges du No 5, mais aussi affairisme, terres, et rixes comme en témoignent les plus sombres heures de la rivalité entre Nitesh Ramdharry et Hemant Bangaleea. Lorsqu’on sait le sort réservé à Rajeswur Indur, il est urgent que la police redouble de vigilance autour de l’électricien qui a rétabli les faits dans l’affaire des fausses dénonciations du marchand d’objets artisanaux.