Siddick Chady et Prakash Maunthrooa en cour intermédiaire

Des certificats de la Royal Bank of Scotland montrent qu’à 12 reprises, des sommes importantes ont été versées du compte de Boskalis au nom de plusieurs boîtes cinématographiques où la compagnie de Siddick Chady achetait des films

Le procès intenté à Siddick Chady et Prakash Maunthrooa, ex-hauts cadres de la Mauritius Ports Authority (MPA), accusés respectivement de corruption et d’entente délictueuse dans l’affaire Boskalis, a repris hier avec l’audition du Chief Inspector de la Central CID Chundun Rughoonundun, qui avait enregistré trois dépositions de l’accusé No 1, Siddick Chady. Les enquêteurs avaient confronté l’ancien directeur de la MPA au fait qu’à 12 reprises, d’importantes sommes d’argent, en dollars américains et en euros, avaient été versées au nom de Blockbuster Video Network Ltd, compagnie familiale dans lequel il était directeur et actionnaire. Ces transferts avaient été effectués par la compagnie Boskalis. Siddick Chady, tout au long de son interrogatoire, avait nié être au courant de ces virements bancaires et avait déclaré n’avoir jamais eu de contact avec le représentant légal de Boskalis, Jan Cornelius Haak.

Siddick Chady avait donné trois dépositions à la police, soit le 12 juin, le 14 juin et le 25 décembre 2012. Au début de son interrogatoire, il avait fait ressortir qu’il avait déjà donné une déposition à l’ICAC dans cette affaire et n’avait rien de plus à ajouter dans l’enquête du CCID. Le CI Rughoonundun a lu et produit ses dépositions en cour. Siddick Chady a concédé qu’à un certain moment, il était directeur de Blockbuster Video Network Ltd, un “entertainment business” engagé dans la cinématographie. « It was a family business. My wife and son were directors », a-t-il dit aux enquêteurs. Sa compagnie travaillait avec plusieurs boîtes internationales, notamment Adlab et Yashraj Films. Blockbuster Video Network Ltd effectuait des virements bancaires pour acheter des films avec ces compagnies.

Au chapitre du contrat pour le dragage du port, Siddick Chady, face aux questions des enquêteurs, devait dire « ne pas être au courant » de plusieurs choses. L’ancien directeur du port se souvient cependant du fait que le contrat avait été alloué à Boskalis après avoir reçu le feu vert du Central Tender Board. « I do not recollect details of the decision of the board. The contrat was awarded following approval of the Central Tender Board », dit-il.

« Not aware »

Les enquêteurs avaient aussi interrogé Siddick Chady sur ses relations avec l’autre accusé, Prakash Maunthrooa. Il avait déclaré ne pas être au courant des interventions de ce dernier dans l’affaire Boskalis ni du fait qu’il avait été mandaté comme consultant de la firme étrangère. « Were you aware that Prakash Maunthrooa was furnishing updates to Boskalis and was negociating commission ? » lui avait demandé l’inspecteur Rughoonundun. « No, I was not aware ! » avait répondu Siddick Chady. Confronté à des copies d’échanges d’e-mails entre Prakash Maunthrooa et Peter Boer, de la compagnie Boskalis, sur les demandes pour l’obtention d’une commission, Siddick Chady devait encore répondre : « I am not aware. I do not know anything about the content of these mails. » L’ancien directeur du port avait aussi nié avoir rencontré Peter Boer à plusieurs reprises à son domicile et à l’hôtel Labourdonnais pour discuter du contrat de Boskalis. « I have never dined with these people and there have been no such meetings at my place », avait-il soutenu.

Dans sa déposition du 13 juin 2012, Siddick Chady avait été confronté à des certificats provenant de la Royal Bank of Scotland au sujet des virements bancaires effectués à 12 reprises sous les instructions du Dr Chady via Blockbuster Video Network Ltd. Différents virements bancaires avaient été réclamés, notamment portant sur des sommes totalisant 50 300 euros ou encore USD 149 650. Ces sommes avaient été versées sur les comptes de diverses compagnies engagées dans l’industrie cinématographique et avec lesquelles la compagnie de Siddick Chady faisait affaires. Il s’agit de Yashraj Films, Shemaroo, Charles Maurifilm Réunion et UTV. Confronté au fait que le témoin néerlandais Jan Cornelius Haak avait déclaré que les virements avaient été effectués sur les instructions du Dr Chady, l’accusé avait une fois de plus dit aux enquêteurs : « I do not know anything and to which Dr chady he is refering. » Siddick Chady avait formellement nié être au courant de ces transactions bancaires et d’avoir donné des instructions à ses employés, dont un certain Bashir Ahmed Bhugeloo, pour ces tranferts d’argent. « I am not aware of any of these transactions. This is the first time I am seeing these documents. Why Haak made these allegations ? I am not aware. These charges are not justified », a déclaré l’ancien directeur du port.

Après la production des trois dépositions de l’accusé, l’assistant du Directeur des poursuites publiques, Me Rashid Ahmine, avait voulu produire les dépositions que Siddick Chady avait données à l’ICAC. Mais l’avocat de la défense, Me Said Toorbuth, a objecté, insistant pour que ce soit l’enquêteur de l’ICAC qui produise lui-même ce document. L’audience a été renvoyée à cet après-midi.

Siddick Chady et Prakash Maunthrooa sont poursuivis en Cour intermédiaire dans une affaire de pots-de-vin pour l’allocation d’un contrat à la firme Boskalis International pour le dragage du Canal Anglais dans le port en 2006. Prakash Maunthrooa, actuellement Senior Advisor au Prime Minister’s Office, et qui était directeur général de la MPA, est accusé de complicité dans cette affaire. Il lui est reproché d’avoir organisé une rencontre entre Siddick Chady et un représentant de la firme hollandaise, Pieter Boer, pour l’obtention du  contrat par la compagnie entre le 1er août 2006 et le 12 avril 2007 pour les travaux de dragage dans le port.