Dans le cadre de la réouverture de l’enquête sur le scandale Boskalis avec des pots-de-vin versés lors de l’octroi de contrats de dragage dans le port, le Central CID a procédé ce matin à l’arrestation de Gilbert Philippe, ancien Chairman du Board de la Mauritius Ports Authority (MPA) et ex-Special Adviser au Prime Minister’s Office. Deux autres suspects, Yuheshwar Teelock et Chietanrao Luximon, impliqués dans cette affaire de fraude et de corruption, étaient recherchés par le Central CID pour être interrogés pour le délit provisoire de complicité de blanchiment de fonds.
Des enquêteurs du Central CID ont poursuivi jusqu’à fort tard hier soir l’audition de l’ancien directeur de la MPA, Prakash Maunthrooa, qui rejette l’accusation d’être le cerveau présumé derrière ce réseau de versement de pots-de-vin allégués. Il maintient n’avoir rien à faire avec la gestion de la MPA en 2006/2007 et que les montants versés par Boskalis représentaient ses fees de consultant. Le Central CID pourrait être ainsi amené à réviser en fin de semaine les détails de l’inculpation provisoire logée contre lui.
L’ancien Special Adviser en matière portuaire du Premier ministre Navin Ramgoolam est arrivé au QG du Central CID peu après 7 heures ce matin à bord d’un véhicule banalisé de la police. Peu de temps après, Me Neel Pillay – dont les services ont été retenus par Gilbert Philippe – s’est présenté aux Casernes centrales en vue d’assister à l’interrogatoire de son client.
« Mon client, Gilbert Philippe, maintient sa version des faits initiale. Il s’est retrouvé impliqué dans cette affaire en voulant venir en aide à un ami (Siddick Chady) en difficultés financières. Il n’a aucune connaissance des dessous de l’affaire Boskalis. Dois-je rappeler que dans l’exercice de ses fonctions à la MPA en 2006, il avait dénoncé l’octroi d’un contrat de dragage du port à Boskalis alors que la soumission était d’un coût plus élevé de Rs 100 millions que le Lowest Bidder ? » a déclaré au Mauricien l’homme de loi avant le début de l’interrogatoire du jour.
Gilbert Philippe, a ajouté Me Pillay, avait tiré la sonnette d’alarme en informant qui de droit au Prime Minister’s Office. L’homme de loi cite le nom d’un des Special Advisers au bureau du Premier ministre comme étant le contact point de l’ancien président du conseil d’administration de la MPA. « Devant ce nouvel exercice, mon client affiche la sérénité car il n’a rien à se reprocher quant à ces allégations de pots-de-vin. Il n’avait aucune notion des dessous de l’affaire Boskalis », conclut-il avant de prendre les escaliers du QG du Central CID.
Deux autres suspects, Yuheshwar Teelock et Chietanrao Luximon, dont les noms sont cités dans les inculpations provisoires logées devant le tribunal de Port-Louis contre Prakash Maunthrooa et Siddick Chady, devaient être appréhendés dans la matinée. Des escouades du Central CID sont sorties depuis ce matin afin de les arrêter pour les besoins d’interrogatoire.
En cours de matinée, très peu d’indications ont filtré quant à la démarche qu’adoptera le Central CID au sujet de l’interrogatoire de Gilbert Philippe. Son nom figure sur un document émanant de la firme Boskalis International en date du 2 février 2007 et portant sur un transfert de 25 000 dollars américains. Les explications de l’ancien président du conseil d’administration de la MPA sur cette transaction bancaire particulière et ses liens d’affaires avec Siddick Chady seront consignées et analysées avant de décider d’une éventuelle inculpation provisoire.
Des rebondissements sont aussi à prévoir après l’inculpation provisoire de Prakash Maunthrooa, qui rejette catégoriquement les accusations d’être le cerveau du racket opérant dans le port lors de l’octroi de contrats pour les travaux de dragage. Le suspect, en compagnie de son homme de loi Me Roshi Bhadain, est revenu dans les locaux du Central CID jusqu’à 23 h hier pour des clarifications quant à son rôle après son départ de la MPA à la fin de 2003 pour se porter candidat du MSM à la succession de sir Anerood Jugnauth dans la circonscription de Piton/Rivière-du-Rempart (N°7).
Face aux preuves formelles des versements effectués par Boskalis International à son compte en 2006/2007 – notamment 30 000 dollars américains, 12 000 euros et 88 525 euros –, Prakash Maunthrooa affirme avec force qu’il agissait en tant que consultant de cette firme spécialiste des travaux portuaires des Pays-Bas non seulement à Maurice mais aussi pour Madagascar et les Philippines. « Ces versements représentent les fees et le remboursement des dépenses effectuées lors de mes déplacements dans ces pays », a affirmé l’ancien directeur général de la MPA aux enquêteurs.
Fax de Boskalis
Prakash Maunthrooa a également été entendu sur ses relations avec l’ancien ministre travailliste Siddick Chady. Il a été longuement entendu sur un fax de Boskalis en 2007 au nom de Siddick Chady sur un versement de 25 000 dollars. Ce message fax a été reçu sur le numéro de téléphone attribué officiellement à un bureau opéré par Prakash Maunthrooa. Il affirme que ses contacts avec l’ancien président de la MPA en 2006/2007 étaient de nature professionnelle et rien d’autre vu qu’il était un consultant de Boskalis.
Prakash Maunthrooa maintient que les inculpations provisoires, telles que libellées par les enquêteurs selon lesquelles « Ramprakash Maunthrooa did award a contract for the dredging of the English Channel of Port-Louis Harbour and obtained a gratification of 30 000 US dollars and 10 525 euros for awarding the said contract and the aforesaid sum of money were obtained by means of an illegal transaction », ne se justifient pas. Pour cause, en 2006/2007, il n’avait plus rien à faire avec la gestion et l’allocation des contrats alloués par la MPA depuis sa démission fin 2003.
Des recoupements d’informations confirment que les enquêteurs du Central CID devront apporter d’ici la fin de la semaine des amendements aux trois charges retenues contre Prakash Maunthrooa, dont l’une porte sur le délit de Money Laundering avec la complicité de Siddick Chady, Yuheshwar Teelock, Chietanrao Luximon, Raymond Lagesse, Gilbert Philippe et Pieter Boer.
Les inculpations provisoires logées contre Siddick Chady indiquent que le black money de Boskalis International assurait le financement des activités de Block Buster Video Network Ltd avec au moins deux versements de 55 450 euros et de 110 000 dollars américains en 2006/2007 en vue de favoriser l’octroi du contrat pour les travaux de dragage du Canal Anglais dans le port.
« Siddick Chady did criminally and fraudulently engage in a transaction that involved property which was in part directly and indirectly represented, the proceeds of a crime, to wit. During the years 2006 and 2007, the said Siddick Chady did engage in the importation of films and effected the payments of those films by means of money obtained as gratification under section 7 (1) of the Prevention of Corruption Act. »
L’enquête du Central CID dans l’affaire Boskalis se poursuit.