Prakash Manthrooa et Siddick Chady
  • La charge de «  aiding and abetting the author of crime » prouvée contre l’ex-Senior Advisor du GM, Prakash Maunthrooa
  • L’accusation de « Public Official using office for gratification » retenue contre Siddick Chady
  • La Cour entendra demain les plaidoiries sur la sentence

Siddick Chady et Prakash Maunthrooa ont pris connaissance du verdict cet après-midi dans le procès en Cour intermédiaire qui leur est intenté respectivement pour corruption et entente délictueuse dans l’affaire Boskalis. Sur six chefs d’accusation de « public official using office for gratification », Siddick Chady a été trouvé coupable par la magistrate Wendy Rangan sous une charge de corruption. Prakash Maunthrooa – poursuivi sous trois chefs d’accusation a, lui, été trouvé coupable d’entente délictueuse sous une accusation.

La lecture du jugement dans l’affaire Boskalis a débuté en Cour intermédiaire ce matin à 11h30 et a pris fin vers 13h. La magistrate Wendy Rangan a fait ressortir que « la version des Néerlandais était contradictoire dans la manière dont les courriels ont été enlevés du serveur de Boskalis. Elle estime que leurs témoignages n’étaient pas convaincants, ce qui remet en doute l’authenticité des e-mails. Et la magistrate de souligner que la police aurait dû mener une enquête approfondie sur les documents produits par les Néerlandais : « It is not judicious to attach weight to emails produced ». La magistrate a conclu que les chefs d’accusation 1,3,4,5,6,8 et 9 n’ont pas été prouvés faute de preuve. Siddick Chady était poursuivi sous six charges de « public official using office for gratification » alors que Prakash Maunthrooa répondait, pour sa part, de trois charges de « aiding and abetting ».

Si la magistrate n’a pas trouvé juste d’accorder un poids aux courriels des Néerlandais, elle devait toutefois conclure que « it has been established that Siddick Chady used office for gratification », en raison des transferts sur le compte de Gilbert Philippe et d’autres compagnies. « Prakash Maunthrooa was not involved in the award exercice for dragging at the MPA », fait-elle ressortir par ailleurs. Et de poursuivre : « I can safely infer that accused No 2 (Prakash Maunthrooa) by arranging meetings three times for Accused no 1 (Siddick Chady) with representatives of Boskalis means facilitating Accused No 1 for using office for gratification ».

Toute l’affaire Boskalis entourant ce cas de pot-de-vin allégué pour l’octroi d’un contrat de dragage du port anglais obtenu par la firme internationale Boskalis, mettant en cause l’ex-chairman de la Mauritius Ports Authority, Siddick Chady, et l’ex-directeur général de cette compagnie, Prakash Maunthrooa, a connu son lot de rebondissements et de surprises. Une enquête policière qui a duré plus de six ans et un accord avec les Pays-Bas pour des auditions via visioconférence des cadres de la compagnie – une première dans les annales du judiciaire à Maurice – ont fait de ce procès un des plus médiatisés et un des plus marquants que le judiciaire ait connu.

Siddick Chady est poursuivi pour avoir perçu un pot-de-vin de Rs 3 millions de la firme hollandaise Boskalis International B.V. après que celle-ci a obtenu le contrat de dragage dans le port en 2006. Siddick Chady est représenté par Me Saïd Toorbuth. Prakash Maunthrooa, ex-Senior Advisor au Prime Minister’s Office, est, lui, accusé d’entente délictueuse, soit d’avoir organisé des rendez-vous privés entre Siddick Chady et un représentant de la firme Boskalis, Pieter Boer, après que Boskalis a obtenu le contrat. Il est représenté par Mes Siddartha Hawoldar, Antoine Domingue, Yash Bhadain et Nadeem Allyboccus. Quant à Siddick Chady, il avait été arrêté le 5 septembre 2008 dans le cadre de cette affaire.

Ce procès, qui a débuté le 26 février 2013, a finalement connu son dénouement cette année. Lors de son réquisitoire, Me Rashid Ahmine avait notamment avancé qu’il faut accorder du crédit à la firme Boskalis, « qui a coopéré avec la police et les autorités », ajoutant que « rien n’a été fabriqué ». Me Ahmine avait soutenu que « c’est un cas où les accusés n’ont pas utilisé leurs comptes bancaires personnels ». Raison pour laquelle la défense arbore un point du fait qu’aucun paiement n’a été reçu par Siddick Chady.

Me Saïd Toorbuth, avocat de Siddick Chady, avait, lui, insisté sur le fait que les enquêtes de l’ICAC et du CID, qui ont mené à l’arrestation de Siddick Chady, « are null and void », et ne peuvent être prises en considération par la cour. Pour Me Toorbuth, il existait des zones d’ombre sur les procédures utilisées par les autorités, dont le DPP et l’ICAC, concernant les immunités accordées. L’homme de loi devait démontrer de « nombreuses irrégularités » entourant l’arrestation de Siddick Chady. Et Me Toorbuth par ailleurs d’avancer « qu’il n’y a pas de preuves reliant Siddick Chady aux délits qui lui sont reprochés dans ce procès ».

Concernant Prakash Maunthrooa, le CI Robert Seeruthun, confronté aux questions de Me Nadeem Allyboccus, avocat de Prakash Maunthrooa, avait soutenu « qu’aucune des personnes interrogées lors de l’enquête n’avait impliqué Prakash Maunthrooa pour quelconque maldonne dans cette affaire ». Pour rappel, l’ICAC avait procédé à l’interrogatoire de 28 personnes et que six d’entre elles étaient considérées suspectes, soit Siddick Chady et des proches. Le CI Seeruthun devait indiquer que de 2009 à 2012, soit pendant l’enquête, Siddick Chady était celui qui intéressait le plus la Commission anti-corruption de par les preuves à charge recueillies contre lui.

 

Consultez le jugement dans son intégralité ci-dessous :

Jugement de la cour intermédiaire : Police vs Chady s and Anor 243-13 by Le Mauricien on Scribd