Un peu moins de 57 mois après, les révélations du film des événements dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 dans le bungalow de Roches-Noires appartenant à l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, sont venues confirmer et démasquer un « exercice de contrefaçon de la vérité » au plus haut sommet de l’État. L’auteur de ces développements n’est autre que l’homme d’affaires Rakesh Gooljaury, avec sa déposition au Central CID du 11 janvier 2015. Avant de rétracter la version initiale, concoctée par Navin Ramgoolam avec la complicité du directeur de la National Security Service (NSS), le DCP Dev Jokhoo, et l’ancien patron de la VIPSU, l’ex-DCP Ravine Sooroojebally, le repenti prend le soin de souligner qu’il a pris cette décision “lor zafer kampma Ros Nwar, ex-Premyé Minis, Navin Ramgoolam, akot mo nom aussi fine sité. Azordi dan zournal Week-End, mo finn pran konesans enn lartik lor sa sizé-la kot enn mo foto”. Il était alors 17h50 ce dimanche après-midi et le QG du Central CID était ouvert exceptionnellement pour consigner la déposition qui allait déclencher l’affaire qui est connue comme l’opération Lakaz Lerwa Lion.
D’entrée de jeu, Rakesh Gooljaury a remis en cause la version initiale à l’effet qu’il aurait été victime d’une agression et d’un vol de Rs 20 000 dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 dans le bungalow de Roches-Noires. Cette déposition avait été enregistrée au poste de police de Rivière-du-Rempart dans la matinée du 3 juillet 2011 « parski mo pa ti éna swa », vu sa proximité avec l’ancien chef du gouvernement. « Mo pa ti présan ler ti éna vol la dan kampma ek sé Navin Ramgoolam ki li laba ek Nandanee Soornack ti ousi laba », dit-il en guise de nouveau point de départ.
 À partir de là, le témoin repenti, qui a été interrogé under warning, a procédé à un déballage total de cette « contrefaçon des faits au plus haut de l’État. » Le businessman depuis quelque 18 ans confirme qu’il a été introduit dans le cercle d’amis intimes de Navin Ramgoolam par une tierce personne et également par Nandanee Soornack, qui était une partenaire d’affaires. La soirée du samedi 2 juillet 2011 n’était pas la première où Rakesh Gooljaury avait été invité par le duo Navin Ramgoolam-Nandanee Soornack.
 Pour la fête du 2 juillet 2001, les invités au bungalow de Navin Ramgoolam étaient Nandanee Soornack, Celina Tirvengadum, Dass Chetty, Aya, le chauffeur de Nandanee Soornack, Cathie Thomas, Jeshna Soornack et son fiancé, Aditya Lama, sans oublier deux employées engagées dans la cuisine. Un préposé de la société Brinks était posté à l’entrée du bungalow. « Ti éna diné ek dansé. Sa ti terminé vers 11h30 aswar », ajoute-t-il en faisant comprendre qu’il était en compagnie de son ancienne épouse, Natasha Ruggoo. Jusque-là, rien d’anormal avec les convives quittant le bungalow à la fin de la fête et les hôtes, soit Navin Ramgoolam et Nandanee Soornack, regagnant leur chambre pour le reste de la nuit.
 Un coup de téléphone allait tout changer. Rakesh Gooljaury déclare qu’il était déjà rentré chez lui depuis une vingtaine de minutes quand il a reçu un appel téléphonique de Nandanee Soornack. Il devait être vers 1h30 du matin. « Ti Nandanee Soornack sa ek li ti paret bien bouleversée. Li finn dire mwa vinn kampma Ros Nwar vite », poursuit le témoin, qui s’est exécuté sans broncher.
 Il semblait qu’il y avait urgence et impatience dans l’air. En route, Rakesh Gooljaury, qui arrivera au bungalow vers 2h30, recevra un autre appel de Nandanee Soornack demandant où il se trouvait. À son arrivée, l’entrée du bungalow était bloquée par un véhicule de la société Brinks. « Kan mo finn rantr andan kampma, mo finn trouv Navin Ramgoolam ti pé assisé dans salon lor enn sofa ek so sévé ti bien sifoné ek li ti pé paret bien disturbed », raconte ce témoin, en rappelant que Nandanee Soornack, qui était également présente, était en larmes. « Nandanee Soornack ti pé ploré », révèle-t-il aux limiers du Central CID. Quelques minutes après, ils furent rejoints par les DCP Jokhoo et Sooroojebally.
 Le patron de Fashion Style précise que les faits relatifs aux incidents survenus quelques minutes plus tôt ont été relatés conjointement par Navin Ramgoolam et Nandanee Soornack. Après la fête, la fenêtre de la chambre à coucher au premier étage du bungalow avait été laissée ouverte. « Enn kout, zot fine trouv enn zenes ki éna environ 26 ans et ki ti torse nu et ki ti habillé zis avek enn short ek ki ti énan enn tournevis dans so lamé finn rantr dans zot lasam », fait-il ressortir.
 Attentat à                   la pudeur
 Sur la base de ce témoignage, tout semble indiquer que l’intrus se trouvait à cet endroit précis depuis quelqu temps déjà et aurait assisté aux ébats du couple dans le lit. « Voler-la finn vinn ver zot ek li finn dir madam-la : ou konn fer lamour bien ou », souligne Rakesh Gooljaury. La situation avait dégénéré quand l’agresseur aurait déclaré ses déclarations malveillantes à l’égard de Nandanee Soornack. Il aurait tenté de commettre un attentat à la pudeur et Navin Ramgoolam s’est interposé.
 « Kan Navin Ramgoolam finn rode défann Nandanee Sornack, sa finn toune mal ek touzour saki Nandanee finn dire mwa, sa voler-la finn blesse li (Navin Ramgoolam) dan so lebra ek finn ousi blesse li lors so chest », raconte le témoin sans apporter plus de précisions quant aux parties du corps atteintes. « Mo ti rémark enn blesire lor Navin Ramgoolam so chest ek lor so lebra. Mo ti remark sa bann blesire-la parski so linz ki li ti metté ti entrouver », a-t-il avoué.
 Quand l’agresseur avait pris la fuite, le préposé de Brinks affecté au bungalow de Roches-Noires fut rappelé à l’ordre et réprimandé sévèrement par Nandanee Soornack. Une équipe d’intervention de Brinks, comprenant trois employés, fut déployée après les incidents, Navin Ramgoolam confirmant à l’un d’eux qu’il avait été victime d’une agression. Subséquemment, Navin Ramgoolam, les DCP Jokhoo et Sooroojebally se sont concertés pour décider de la marche à suivre. Le dernier mot est revenu à l’ancien Premier ministre, qui a ordonné que ces incidents soient rapportés à la police.
 Dans un premier temps, celui qui avait été identifié pour assumer ces responsabilités était Dass Chetty, proche de Navin Ramgoolam et employé sous contrat au Prime Minister’s Office. Mais personne ne répondait à son téléphone. « Navin Ramgoolam finn propoz mwa pou rapporte sa case-la », dit Rakesh Gooljaury en faisant comprendre qu’il avait dû céder aux pressions exercées par Navin Ramgoolam.
Multiplication de précautions
 Sur ce, le groupe décide de rentrer, Rakesh Gooljaury raccompagnant Navin Ramgoolam et Nandanee Soornack chez eux à Floréal. Il devait être vers 4h20 ce 3 juillet 2011. Le lendemain, en compagnie de Dass Chetty, celui qui détient le code du système d’alarme du bungalow, il devait revenir à Roches-Noires. Une escouade de limiers du CID, menée par le surintendant Yashdev Callee, fut dépêchée sur les lieux pour les procédures d’enquête. La police avait retrouvé l’arme de l’agression — le tourne-vis —, jetée dans la cour.
 Dans la chambre à coucher, des éléments du Scene of Crime Office (SOCO) effectuaient des prélèvements. Le Security Adviser avait également fait le déplacement. « An mem tan, mo finn trouv enn tras disang lor drap ki ti lor lili kot ti enn insidan », poursuit-il, confirmant l’agression et les blessures de Navin Ramgoolam. La déposition initiale de Rakesh Gooljaury devait être bouclée vers 11h30, le DCP Jokhoo appelant Navin Ramgoolam pour l’informer de l’évolution de la situation.
Néanmoins, les choses ne devaient pas en rester là. Navin Ramgoolam avait voulu prendre une double assurance pour éviter toute contestation du cover-up dans cette affaire. Deux semaines après les incidents, Nandanee Soornack partait à l’étranger. Du lounge du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, elle avait convoqué Rakesh Gooljaury pour exécuter une mission confiée par l’ancien Premier ministre.
 Il fut ordonné au patron de Fashion Style de tirer un chèque au nom de Navin Ramgoolam pour faire croire qu’il avait loué le bungalow de Roches-Noires pour deux mois, soit en juin et juillet 2011. Le montant était de Rs 100 000. Le témoin fut convoqué par le Central CID pour une further statement car, dans un premier temps, il avait parlé de Rs 50 000. Il confirme qu’il avait remis le chèque antidaté au 30 juin 2011 de la Barclays et portant le numéro 11080022 et émis par une de ses sociétés, Goman Ltd, à Navin Ramgoolam au Prime Minister’s Office quelques jours après.
 Avec la multiplication de ces précautions, Navin Ramgoolam avait cru pouvoir prendre toutes ses précautions et se protéger dans l’affaire Roches-Noires. Mais cinq ans après, les événements de la nuit du 2 au 3 juillet 2011 l’ont rattrapé, avec des charges formelles logées contre lui après le prononcé, demain, de la sentence contre Rakesh Gooljaury, qui a plaidé coupable en début de semaine dernière