À la suite de l’affaire de “complot pour déstabiliser le gouvernement” dont ont été inculpés Showkutally Soodhun et le Dr Zouberr Joomaye dans le cadre de l’enquête du CCID sur les allégations de Paul Bérenger contre le Premier ministre, l’organisation non gouvernementale Think Mauritius (TM) attire l’attention sur le conflit d’intérêt qui existe dans cette enquête du fait qu’une des personnes concernées se retrouve être à la fois juge et partie.
Dans une déclaration au Mauricien, Kumara Venkatasamy, porte-parole de TM, observe que « dans cette affaire il y a deux déclarations contradictoires : celle de M. Soodhun qui dit que le Premier ministre aurait rencontré le Dr Krishan Malhotra, et celle de Navin Ramgoolam qui affirme que c’est faux. A priori, on ne peut pas dire qui dit vrai. La police a décidé que c’est le Premier ministre qui dit la vérité et que Soodhun a inventé des false facts. Il y a donc parti-pris. » Think Mauritius estime qu’« étant donné qu’une des parties concernées, à savoir le Premier ministre, est également le ministre de l’Intérieur, donc responsable de la police, la police ne peut logiquement être responsable de l’enquête ! » À un moment où l’indépendance des institutions est fortement remise en question et qu’une crise de confiance se fait sentir dans leur capacité à résister à d’éventuelles tentatives d’ingérences, le porte-parole de TM estime qu’il est impératif de garantir la transparence. Dans cette optique, Think Mauritius propose que ce dossier ne soit plus sous la responsabilité de la police et qu’une nouvelle enquête soit ouverte dans un souci de justice pour toutes les parties impliquées dans cette affaire. « Que l’enquête soit confiée à un juge en exercice ou à un magistrat ! » demande TM.
Par ailleurs, l’ONG dit « noter avec regret que le manque de sérénité de la classe politique déstabilise la société mauricienne. Le peuple a élu un Parlement pour s’occuper des affaires du pays ; on s’attend à ce que les élus travaillent à l’amélioration de la vie des citoyens. Or, nous constatons que les considérations personnelles priment sur les intérêts de la nation. Nous souhaitons que les citoyens en prennent conscience. »
Parlant en son nom personnel, Kumara Venkatasawmy, qui a vécu les années de braise syndicale et politique du pays, se dit « inquiet » de la tournure des événements et des changements notés dans la manière de pratiquer la politique à Maurice. « Je crains une escalade entre les deux blocs », dit-il, ajoutant qu’il appréhende d’éventuelles dérives qui mettraient en danger notre démocratie, déjà mise à mal par une série de scandales. L’ancien syndicaliste – qui compte également une carrière longue de quarante-deux ans dans la fonction publique, dont huit à côtoyer des dirigeants gouvernementaux en tant qu’ancien conseiller au ministère des Finances –, conclut : « L’exercice du pouvoir demande beaucoup de maturité et l’on peut facilement perdre le sens de la mesure. Il est temps de se resaisir et de considérer la situation objectivement. »