Sir Anerood Jugnauth, ancien président de la République et leader du Remake 2000, a mis en garde hier matin contre toute tentative de cover-up dans l’affaire d’escroquerie alléguée dans l’immobilier dans laquelle des étrangers disent avoir été victimes. Lors d’une conférence de presse du Remake  2000, il devait dire que « ce scandale est susceptible de faire un tort immense au pays. Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, devait pour sa part évoquer l’allocation sans appel d’offres du contrat pour les nouvelles cartes d’identité nationale pour une somme de plus de Rs 1 milliard. Il réitère à ce propos sa demande pour que le contrat liant le Prime Minister’s Office (PMO) et la Singapore Enterprise Corporation soit déposé à l’Assemblée nationale.
Sir Anerood soutient que depuis son installation en 2005, le gouvernement en place « pue les scandales, la fraude, la corruption et les gaspillages ». Selon lui, quand surgit une nouvelle affaire, l’enquête ne vise que certaines personnes alors qu’il y aurait cover-up en ce qui concerne tous ceux proches du pouvoir. Parlant de l’affaire d’escroquerie alléguée dans l’immobilier récemment mis au jour, l’ancien Président estime que ce « scandale » impliquant des centaines de millions de roupies et dans lequel des étrangers disent avoir été escroqués est susceptible de faire beaucoup de tort au pays.
« Leurs plaintes, dit-il, n’ont pas été prises au sérieux et il aura fallu que le leader de l’opposition soulève la question à une conférence de presse pour qu’interviennent de premières arrestations. » Le leader du Remake 2000 se dit « surpris » que des victimes dans cette affaire auraient cité des noms de proches du pouvoir. « J’espère que l’enquête se fera en profondeur et qu’il n’y aura pas de cover-up de zot bann dimoun. » Il rappelle que cette affaire a pris une dimension internationale après que des victimes dont des Britanniques ont choisi de contacter le Foreign Office pour qu’un Travel and Investment Warning soit émis.
« Je me demande, déclare sir Anerood, si Ramgoolam et Xavier Duval réalisent l’incidence que peut avoir un tel scandale sur le pays. Quel étranger voudra bien venir investir chez nous quand de telles nouvelles circulent ? » Et de s’interroger comment le Premier ministre a pu ne pas être au courant de ce qui se passait depuis le début. Pour l’ancien Président, les conséquences de cette affaire se feront certainement sentir à l’avenir.
Paul Bérenger trouve lui aussi que cette affaire d’escroquerie alléguée dans l’immobilier est capable de faire un tort immense à la réputation du pays. Il dit être en présence d’informations laissant comprendre qu’une demi-douzaine d’investisseurs étrangers se sont fait avoir dans ce scandale. M. Bérenger indique même avoir été informé qu’une équipe de télévision britannique s’apprête à consacrer un documentaire à toute l’affaire.
« Comme pour Jinfei »
Autre « scandale » évoqué par SAJ : le projet de nouvelles cartes d’identité nationales pour une valeur contractuelle de Rs 1,2 milliard. Il explique que ce projet est mis en chantier sans qu’il n’y ait eu appel d’offres, « sous prétexte que c’est une initiative de gouvernement à gouvernement entre Maurice et Singapour. » L’ancien Président se demande à ce propos si cette affaire ne s’apparente pas à celle du projet Jinfei. Lequel projet, explique sir Anerood, avait aussi été présenté comme « de gouvernement à gouvernement entre Maurice et la Chine. »
Il rappelle que pour Jinfei, des planteurs avaient été déplacés et que, par la suite, ce sont des intérêts privés chinois qui en ont profité en procédant, selon SAJ, à des spéculations sur ces terres libérées et finalement non destinées aux projets initialement identifiés. « Dans le cas du projet de nouvelles cartes d’identité nationales, nous verrons bien si c’est le gouvernement singapourien qui exécutera le projet ou si ce sont des intérêts privés qui en profiteront. »
L’ancien Président fait remarquer qu’au plan local, c’est à un conseiller auprès du PMO, « agent travailliste très actif lors des dernières élections générales », selon lui, qu’a été confiée la tâche de superviser le projet. « Je laisse aux membres du publictirer leurs propres conclusions », dit-il. Paul Bérenger juge lui aussi « choquant » qu’il n’y ait pas d’appel d’offres pour l’exécution de ce projet de National Identity Smartcard au coût de plus de Rs 1 milliard.
Il rappelle qu’initialement, en 2009, un appel d’offres international avec la participation de plusieurs sociétés internationales et locales avait été lancé et que la State Informatics Corporation avait même attribué le contrat à un soumissionnaire. Toutefois, rappelle le leader de l’opposition, le gouvernement devait bloquer le projet.
À l’Assemblée nationale, le 23 novembre 2010, le ministre des Technologies de l’Information et de la Communication, Tessarajen Pillay, devait indiquer qu’après la visite du Premier ministre à Singapour, le gouvernement avait décidé de nommer la Singapore Enterprise Corporation, un organisme d’État, pour des services-conseils en la matière.
Selon Paul Bérenger, le ministre avait déclaré qu’un appel d’offres serait lancé. Il ajoute que dans le dernier discours du budget, il était aussi question de tender pour ce projet de cartes d’identité nationales. Aussi s’étonne-t-il que le 17 octobre dernier, le gouvernement a décidé d’allouer le contrat à la Singapore Enterprise Corporation sans aucun appel d’offres, « sous prétexte de raisons de sécurité. » Le leader de l’opposition s’interroge quant aux critères ayant déterminé le montant du contrat.
Pour lui, un appel d’offres aurait permis un exercice de comparaison de différentes offres. Ce qui, dit-il, aurait permis d’obtenir « value for money ». « Tous ceux concernés sont au courant que Singapour ne compte pas parmi les pays d’avant-garde en matière de tels produits », selon le leader de l’opposition, qui avance que c’est en Europe que l’on retrouve la meilleure technologie dans ce créneau. Il rappelle que, mardi dernier à l’Assemblée nationale, il a réclamé qu’une copie du contrat liant le PMO à la Singapore Enterprise Corporation soit déposée.
« Qu’y a-t-il à cacher ? »
Alors qu’à ce stade cela n’a pas encore été fait, M. Bérenger s’interroge : « Qu’y a-t-il à cacher ? » Il précise n’avoir rien à dire à l’encontre de la Singapore Enterprise Corporation mais rappelle que, dans ce projet, cette corporation d’État est en partenariat avec une société privée. Le leader de l’opposition insiste que, comme en 2009, il convient de procéder à un appel d’offres international pour l’allocation de ce contrat pour les nouvelles cartes d’identité nationales.
Le récent recrutement controversé d’un étranger à la Mauritius Football Association (MFA) fait par ailleurs l’objet de commentaires de l’ancien président de la République. « Alors que, déclare SAJ, nous savons tous que le football à Maurice est à presque à l’agonie, voilà que l’on ne trouve rien de mieux que de recruter une personne qui a eu des démêlés dans son pays avec la pustice pour, supposément, aider à recueillir de l’argent pour la relance du sport roi ! » Pour lui, cela s’apparente à « dimann lisien veille posson salé ! »
Pour sir Anerood, nul autre que celui qui clame haut et fort qu’il est « le seul maître à bord et celui qui décide de tout » ne peut être tenu responsable de cela. Pour lui, une telle nomination a bien dû se faire par l’intermédiaire d’une personne de confiance à partir de ses connexions. Il cite à ce propos la nomination il y a quelques années d’un ancien CEO d’Air Mauritius qui a dû finalement partir au bout de seulement quelques mois en fonction.
Aussi commenté par SAJ, le « tug-of-war » entre le ministre des Finances, Xavier Duval, et le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rundheersing Bheenick. Pour lui, ce n’est pas le rôle du ministre des Finances d’empiéter sur les droits de la BoM. Alors que, déclare l’ancien Président, le Premier ministre se fait fort de dire que c’est lui qui tranche, Navin Ramgoolam ne souffle pas un mot sur toute cette affaire.
Au sujet des élections régionales, sir Anerood répète que Navin Ramgoolam n’est qu’un « grand bluffeur » quand il affirme être « un grand démocrate. » Il s’étonne que ce n’est que maintenant, à la veille des municipales, que de grands travaux ont cours dans les villes et que des recrutements de main-d’oeuvre ont soudainement lieu. « Tout cela ne s’apparente-t-il pas à des bribes électoraux ? » se demande-t-il. Il critique au passage la MBC/tv qui, selon SAJ, veut en la circonstance présenter ceux au pouvoir sous leurs meilleures coutures et rappelle à qui de droit qu’ils auront « des comptes à rendre » dans la mesure où, selon lui, les élections générales viendront « bien avant 2015. »