Le 26 octobre prochain fera exactement 21 ans depuis le triple assassinat commis, rue Gorah Issac, à Plaine-Verte, durant la campagne municipale, qui avait coûté la vie à Zulfeekar Bheeky, Yousuf Moorad et Babal Joomun. La veuve de ce dernier, Swaleha Joomun, mène toujours le combat pour connaître la vérité sur cette fusillade. « Li bien fasil pou fer mwa aret koze. Donn mwa repons a mo bann kestion », a réclamé mardi cette mère de trois filles, lors d’une rencontre avec la presse devant la New Court House, à Port-Louis.
Swaleha Joomun garde toujours espoir de savoir la vérité sur la mort de son époux et soutient ne pas cesser de se battre « tant que je n’aurai pas de réponses à mes questions ». Elle poursuit : « Beaucoup de personnes m’ont déshumanisée. Pourtant, zame mo’nn amenn rol viktim, utilisant mes filles comme béquilles. Je n’ai jamais demandé la sympathie du public, ou versé de larmes en public. Tout ce que je souhaite, c’est connaître la vérité sur l’affaire Gorah Issac. » Exprimant son ras-le-bol sur « des mises en scène » ou encore « des histoires sans fin » entourant cette affaire, Swaleha Joomun souhaite que la police retrace le(s) propriétaire(s) des armes à feu qui ont été utilisées lors de cette fusillade en 1996. « Kan ena krim, lapolis retras lorizinn bann zarm pou kone ki sannla ki proprieter. Lapolis pa pe kapav donn mwa bann repons koumsa. Mo vremen desu », déclare-t-elle. Et de préciser que les armes à feu « ne sont pas vendues au coin de la rue » et se demande qui les a importés.
La veuve de Babal Joomun a rappelé qu’à l’époque, il y avait des cas de braquage à main armée. Elle demande aux Casernes centrales d’explorer cette piste comme un possible lien avec le triple assassinat de Gorah Issac. Profitant de l’occasion, elle lance un appel à ceux qui détiennent des informations sur cette affaire de venir de l’avant pour aider la police. Elle est ensuite revenue sur l’arrestation du député Shakeel Mohamed en novembre 2015 à la suite d’une enquête du CCID, dont les charges retenues contre le parlementaire ont été rayées en cour quelques mois plus tard. « Ce n’est pas moi qui ai demandé de l’arrêter, et ce n’est certainement pas à moi de juger s’il est coupable ou pas. Je suis apolitique et je n’ai aucun agenda caché », avance-t-elle.
Cependant, elle indique « ne pas avoir apprécié » certains propos utilisés contre elle après cette arrestation. « An tan ki viktim, ki mo drwa dan sa pei-la ? », s’interroge-t-elle. Swaleha Joomun a cité le cas de deux accusés qui ont été condamnés vendredi par le tribunal de Rodrigues à trois mois de prison pour avoir tué un chien. « Babal so lavi vo komie ? » Swaleha Joomun était en vacances en famille à Maurice et reprend l’avion mercredi pour l’Angleterre. Toutefois, elle soutient être en contact avec son avocat, Me Vikash Teeluckdharry, pour tout développement au niveau de l’enquête.
Le triple assassinat de la rue Gorah Issac
Dans la nuit du vendredi 25 au samedi 26 octobre 1996, trois voitures occupées par des activistes de l’alliance PTr-MMM parcourent les rues de Port-Louis pour coller les dernières affiches en vue des élections municipales du dimanche 27 octobre. Sur la plage publique de Flic-en-Flac, au même moment, deux étrangers se font agresser et leur 4×4 rouge est volé par cinq hommes masqués et armés. À 3h du matin, après avoir terminé le collage des affiches, les trois voitures empruntent la rue Gorah Issac, à Plaine-Verte, quand un 4×4 rouge a surgi derrière la dernière voiture. Celle-ci se rabat sur la gauche pour le laisser passer. Les occupants du 4×4 tirent sur la dernière voiture, sur la deuxième, puis sur la première, avant de prendre la fuite. Le bilan de la fusillade : huit des occupants des trois voitures ont été touchés et sont couverts de sang.
Quelques minutes plus tard, les blessés sont emmenés à l’hôpital Jeetoo dans leurs voitures criblées de balles. Quand le cortège arrive au service des urgences, Zulfeekar Bheeky a déjà rendu l’âme. Babal Joomun mourra quelques minutes plus tard. Alertée, la police ne se rendra sur les lieux de l’assassinat qu’une demi-heure plus tard.
Entre-temps, les nouvelles commencent à circuler. Les députés de Port-Louis et plusieurs ministres arrivent sur les lieux. Ils sont rejoints par une foule grandissante. Les corps des victimes sont ramenés à leurs domiciles respectifs par des parents, des amis et des voisins en colère, après que ces derniers ont enfoncé les portes de la morgue.
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, arrive à l’hôpital et discute avec Paul Bérenger de la tenue d’une réunion à l’hôtel du gouvernement, au cours de laquelle est décidé le renvoi au 17 novembre des élections municipales dans les arrondissements 3, 4 et 5 de Port-Louis. Pendant ce temps, c’est la tristesse, la consternation et la colère qui envahissent tout Vallée-Pitot, endroit où résidaient les deux victimes. Le samedi 26 octobre, Zulfeekar Bheeky est enterré au cimetière de Riche-Terre à 13h et Babal Joomun au cimetière de Bains-des-Dames après 16h.