L’appel interjeté par la Française Aurore Gros-Coissy pour contester la condamnation que lui a infligé la Cour d’assises le 30 janvier pour trafic de drogue a été entendu hier par le Full Bench de la Cour Suprême. Son homme de loi, Me Rama Valayden, a soulevé plusieurs points pour démontrer que le juge Bobby Madhub a fait erreur dans ses observations. La décision de la Cour a été mise en délibéré.
Si la Française avait le choix d’être présente en Cour hier pour écouter son appel, sur le conseil de son homme de loi, elle a préféré ne pas s’y rendre. Me Rama Valayden devait expliquer que dans le passé, il y a eu des situations où la présence de l’accusé en Cour lors d’un procès en appel a joué contre lui. « Je préfère que l’on se concentre sur le côté factuel et sur les documents. Sa présence en Cour aurait pu inciter les gens à la juger par son apparence et se fier au visuel », dit-il. Lors de sa plaidoirie hier, Me Rama Valayden a contesté en plusieurs points le jugement de culpabilité rendu par le juge Bobby Madhub le 30 janvier dernier. Évoquant plusieurs irrégularités dans le jugement, il soutient que le juge a eu tort de conclure que la jeune fille a été manipulatrice uniquement parce qu’elle a tenu ferme lors de son contre-interrogatoire par l’avocate de la Poursuite Me Asha Ramano-Egan. L’avocat déplore également le fait que le juge n’a pas pris en considération plusieurs éléments de preuves présentés lors du procès, notamment les relevés du compte bancaire de la jeune fille pour démontrer qu’elle avait elle-même payé son billet d’avion afin de pouvoir faire le voyage avec son petit ami Tinsley Cornell. Me Valayden estime que le juge de la Cour d’Assises a fermé les yeux sur plusieurs aspects importants de cette affaire et a été « misled » dans ses conclusions.
Après avoir écouté les plaidoiries des deux avocats, le Full Bench de la Cour suprême composé du Senior Puisne Judge Eddy Balancy et des juges Nirmala Devat et Ah Foon Chui Yew Cheong a mis le jugement en délibéré.
Le 30 janvier le juge Bobby Madhub avait infligé 20 ans de prison à la passeuse française Aurore Gros-Coissy ainsi qu’à Giantee Ramchurn, la mère de son petit ami. Toutes deux avaient été reconnues coupables de trafic de Subutex devant la Cour d’assises en novembre 2014. Le juge avait conclu qu’Aurore Gros-Coissy savait que la drogue se trouvait dans ses bagages et n’était pas ignorante des procédures à l’aéroport pour avoir voyagé à maintes reprises hors de la France. « Accused N° 1 (NDLR : Aurore Gros-Coissy) is no doubt a person with character, education and sufficient experience in life, and certainly not naive nor struck me as someone that will blindly follow another person, be it an ex-boyfriend », dit-il dans son jugement. Le juge avait conclu que la quantité de drogue sécurisée, soit 1 673 tablettes de Subutex, dont la valeur marchande est évaluée à plus d’un million de roupies, et la façon dont la drogue a été dissimulée, « prouvent que l’accusée est une trafiquante ».
Aurore Gros-Coissy a été arrêtée à l’aéroport SSR le 19 août 2011 en possession de 1 673 cachets de Subutex. La jeune Française avait soutenu qu’elle n’était pas au courant de la présence de Subutex dans ses bagages. Elle aurait été « piégée » par un ami de la famille, Tinsley Cornell, qui aurait dissimulé les cachets dans deux paquets de biscuits destinés à sa mère, chez laquelle elle devait séjourner à Maurice. Lors du procès, elle devait soutenir qu’elle n’avait pas mis les paquets de biscuits dans sa valise. Selon elle, ce n’est qu’à la découverte de la drogue dans ses affaires, à l’aéroport, qu’elle avait déduit que Tinsley Cornell avait dû le faire, celui-ci étant la seule personne à avoir eu accès à ses bagages avant son départ pour Maurice.