L’affaire Gros Dereck, avec la mise au jour d’un réseau de trafic de drogue ayant des ramifications aussi vastes que l’implication d’un imam, entre autres, et la valeur de la cargaison d’héroïne, a sorti du silence les travailleurs sociaux du Mouvement Anti-Drogue. Cadress Rungen, Imran Dhannoo et Danny Philippe réclament ainsi « l’institution d’une commission d’enquête et que le Premier ministre et le président de la République fassent le nécessaire pour en finir avec ce fléau ! » Pour eux, « cette affaire n’est que la partie émergée de l’iceberg ». Ils tiennent aussi à « féliciter la police et la prison, particulièrement l’équipe de l’ADSU, qui ont mis leur vie en péril, malgré leurs très faibles moyens, dans cette enquête ».
« Notre silence est éloquent ! », déclarent d’une même voix, Cadress Rungen, Imran Dhannoo et Danny Philippe. « Si ce n’est que maintenant que nous montons au créneau, c’est parce que pendant de longues années, nous avons dit, maintes et maintes fois, que le trafic de drogue est un problème majeur, voire LE problème principal de notre pays. Et il a fallu que cette équipe de l’ADSU mette au grand jour le réseau de Gros Dereck avec tous les autres acteurs concernés pour qu’enfin on se rende compte à quel point le problème est grave et touche toutes les couches de notre société ! », expliquent-ils.
« Combien de fois, n’avons-nous pas été traités d’alarmistes ? D’exagérer nos projections, nos propos ? Hélas, que se passe-t-il aujourd’hui ? Tout ce contre quoi nous avons alerté l’opinion publique s’est avéré… », poursuivent les trois travailleurs sociaux. Et de souligner : « La première grande constatation est : ce cargo de 12 kilos était-il destiné au marché mauricien ou est-ce que le pays n’est pas, au final, une plaque tournante par laquelle transite cette héroïne avant d’atteindre d’autres marchés étrangers ? »
Les trois travailleurs sociaux arrivent à cette conclusion du fait que « ces dernières années, avec la mise en place des mesures de réduction de risques, nommément le traitement à base de méthadone et le programme d’échanges de seringues, le nombre de toxicomanes, Usagers de drogues injectables (UDI), a diminué considérablement. Une aussi grosse cargaison d’héroïne est pourtant arrivée à Maurice… Ce qui nous amène à penser que, s’il n’y a pas autant de consommateurs chez nous, c’est que cette drogue est destinée à un autre marché ! Peut-être l’Europe ou ailleurs… »
Autre élément qui amène à cette conclusion : « La qualité de l’héroïne saisie. Elle est d’une pureté que l’on ne trouve pas à Maurice. » Le Brown Sugar disponible sur le marché local, ajoutent nos interlocuteurs, « est une héroïne qui n’est pas d’aussi bonne qualité et qui est “coupée” et mélangée à plusieurs adulterants avant de se retrouver sur le marché ».
Par ailleurs, explique le MAD, « plusieurs éléments, dont le fait que l’un ou l’autre des protagonistes dans cette affaire n’est pas le coursier d’un unique trafiquant, nous prouvent qu’il existe un véritable cartel de  drogue ! Les agencements sont faits exactement comme dans les pays où la mafia a prise et où il existe des réseaux très structurés abritant ces affaires… »