Ameena Rojoa, un des principaux témoins dans le procès qu’intente la Independent Commission Against Corruption (ICAC) à la MCB, a soutenu en Cour hier que le National Pension Fund (NPF) n’a pas perdu le moindre sou dans l’affaire de détournement d’une somme de Rs 880 millions que le fonds avait dans l’établissement bancaire.
L’interrogatoire par la poursuite d’Ameena Rojoa, ancienne Principal Accounting Officer du ministère de la Sécurité sociale, qui a débuté lors de l’audience de mercredi dernier, a pris fin hier. Mme Rojoa sera contre-interrogée par la défense lors de la prochaine audience, fixée au 8 juin.
Le procès en Cour criminelle intermédiaire est présidé par le magistrat Raj Seebaluck. La MCB est représentée dans le box des accusés par Clifford Allet, le Fraud Auditor. Elle est défendue par Mes Éric Ribot et Maxime Sauzier, tous deux Senior Counsel. L’ICAC est représentée par Me Rashid Ahmine, assisté de Me Yorgesh Bhookun.
Au début de l’interrogatoire, l’ancienne Principal Accountant du NPF a indiqué qu’elle avait demandé à Robert Lesage, ex-Chief Manager, qui était le Desk Officer de la MCB responsable du dépôt du fonds dans cette banque, une lettre de celle-ci, sous la forme de garantie que les fonds étaient en sécurité à la banque. M. Lesage, qui entre-temps était parti à la retraite, lui a fait comprendre qu’il fallait attendre le retour au pays de Steeve Leung, autre cadre de la banque, pour l’avoir. Ce dernier se trouvait alors en Afrique du Sud.
Le témoin dit qu’elle a rencontré M. Lesage à deux reprises à l’immeuble Emmanuel Anquetil. Lors de la première rencontre, il lui a assuré que les Rs 800 millions du NPF étaient en sécurité à la banque. Toutefois, lors de leur rencontre subséquente, il lui a fait savoir que les fonds avaient été transférés à la Barclays Bank de Londres, suivant des instructions émanant de Dev Manraj, qui était le Financial Secretary du ministère des Finances d’alors.
Continuant son récit, Ameena Rojoa fait ressortir qu’elle a décidé de rencontrer le Premier ministre d’alors, sir Anerood Jugnauth. « I was in the dark. I decided to react. I decided see the then Prime Minister. He accepted to meet me. I related to him all the matter. He then talked to my minister (Ndlr : Sam Lauthan). » Cette rencontre avec le PM a eu lieu en janvier-février. Elle s’en est sortie plus ou moins rassurée, d’autant plus que sir Anerood Jugnauth lui a dit de ne pas s’inquiéter, ajoutant qu’il allait prendre les mesures qui s’imposaient.
Par la suite, poursuit Ameena Rojoa, Robert Lesage l’a contactée, pour l’assurer qu’elle recevrait sous peu une lettre lui garantissant que les fonds du NPF sont toujours en banque à la MCB. Mais si le ministère a bel et bien reçu une telle lettre, elle ne comportait ni l’en-tête de la banque, ni la date, ni une quelconque signature. Elle précise que Reshad Hoseny, qui était alors chef de cabinet au ministère de la Sécurité sociale, a refusé d’accepter cette lettre.
À d’autres questions de l’avocat, Mme Rojoa affirme que le fonds avait en fait deux comptes à la MCB. Elle explique également qu’il fut décidé, avec un compte de Rs 200 millions qui était arrivé à maturité, de consacrer une partie à l’achat de bons du trésor et que le reste a été replacé à la MCB, parce que cet établissement offrait le meilleur taux d’intérêt. Elle assure que quoi qu’il en soit, le NPF « did not suffer one cent loss. They have reimbursed every cent ».